Une rivalité au sommet du monde
Imaginez un face-à-face qui ne se déroule pas sur un stade, mais sur les pentes glacées des plus hauts sommets de la planète. C’est le théâtre du duel exceptionnel que se livrent deux compatriotes polonais, Bartek Ziemski et Andrzej Bargiel. Leur objectif commun ? Devenir le premier homme à descendre à ski les quatorze montagnes de plus de 8 000 mètres. Une quête vertigineuse qui repousse les limites du ski-alpinisme. Aujourd’hui, le score est d’une égalité parfaite : sept sommets chacun. Alors que la saison himalayenne bat son plein, la course est plus que jamais relancée.
Le défi ultime : skier les 14 géants de la Terre
Gravir les quatorze « 8000 » est déjà un exploit réservé à une élite de l’alpinisme. Mais les redescendre intégralement à ski, sans oxygène, relève d’une autre dimension. Ce projet combine l’endurance extrême de l’alpinisme de haute altitude, l’engagement technique du ski de pente raide et une résistance mentale hors du commun. Chaque descente est une première potentielle, un combat contre le froid, le manque d’oxygène, la fatigue et le risque permanent d’avalanche ou de chute. C’est dans cette arène que s’affrontent nos deux protagonistes, héritiers de la grande tradition de l’himalayisme polonais.
Bartek Ziemski, la montée en puissance du challenger
À seulement 30 ans, Bartek Ziemski incarne la nouvelle vague. Moins médiatisé que son aîné, il avance avec une détermination et une efficacité redoutables. Son projet a pris une ampleur considérable en seulement quelques saisons.
Un rythme effréné vers les sommets
Tout commence en 2022, où il coche coup sur coup le Broad Peak et le Gasherbrum II. L’année 2023 confirme son talent avec deux descentes majeures au Népal : l’Annapurna et le Dhaulagiri. Mais c’est en 2024 qu’il frappe un grand coup. Après une descente partielle du Makalu, il réalise l’impensable : la toute première descente à ski intégrale du Kangchenjunga (8 586 m), le troisième plus haut sommet du monde, qui restait le dernier 8000 invaincu à ski. Avec le Manaslu skié l’année précédente, son compteur affiche désormais sept unités. Actuellement, tous les regards sont tournés vers le Lhotse (8 516 m), où il est en phase finale d’acclimatation. Une réussite le placerait seul en tête de cette course folle.
Andrzej Bargiel, le pionnier au palmarès légendaire
Face à la jeunesse de Ziemski se dresse l’expérience et l’aura d’Andrzej Bargiel, 37 ans. Il n’est pas seulement un compétiteur dans cette course ; il en est l’un des principaux inspirateurs.
L’homme qui a skié l’impossible : le K2
Le nom de Bargiel est à jamais associé à un exploit qui a marqué l’histoire de l’alpinisme. En 2018, il est devenu le premier et unique homme à réaliser la descente intégrale à ski du K2 (8 611 m), la « montagne sauvage », réputée pour sa difficulté et sa dangerosité extrêmes. Cette performance, réalisée sans oxygène, l’a propulsé au rang de légende vivante. Son palmarès, construit depuis 2013, est tout aussi impressionnant : Shishapangma, Manaslu, Broad Peak, les deux Gasherbrum (I et II) et, plus récemment, le toit du monde, l’Everest.
Le face-à-face des titans : état des lieux
À ce jour, la situation est incroyablement serrée. Les deux athlètes sont à mi-parcours de leur quête ultime. Voici un aperçu de leur progression :
- Bartek Ziemski (7/14) : Broad Peak, Gasherbrum II, Annapurna, Dhaulagiri, Manaslu, Makalu (partiel), Kangchenjunga.
- Andrzej Bargiel (7/14) : Shishapangma, Manaslu, Broad Peak, K2, Gasherbrum I, Gasherbrum II, Everest.
Il reste donc sept sommets à chacun. Pour Ziemski, les défis majeurs se nomment Everest, K2 ou encore Nanga Parbat. De son côté, Bargiel doit encore se frotter à des montagnes déjà skiées par son rival, comme l’Annapurna, le Dhaulagiri et le redoutable Kangchenjunga. La stratégie et le choix des prochains objectifs seront déterminants.
Une course ouverte et pleine d’incertitudes
Si la tentative actuelle de Bartek Ziemski sur le Lhotse aboutit, il prendra un avantage psychologique certain. Mais dans ce jeu à très haute altitude, rien n’est jamais acquis. La météo, les conditions de neige et la forme physique sont des variables imprévisibles. Cette compétition est avant tout une bataille contre la montagne elle-même. La suite de ce duel polonais promet de nous tenir en haleine, nous rappelant que les plus grandes aventures sportives s’écrivent encore sur les pentes les plus hostiles de notre planète.
