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Stefano Ghisolfi en 4 essais : la révolution d’un 9a qui change tout

Un 9a en quatre essais : quand Stefano Ghisolfi banalise l’exceptionnel

Imaginez un champion du monde de Formule 1 qui, après des années de victoires, remporterait sa toute première course de karting. Surprenant, n’est-ce pas ? C’est un peu le sentiment qui a parcouru le monde de l’escalade en apprenant la dernière performance de Stefano Ghisolfi. L’athlète italien, habitué à dompter les voies les plus extrêmes de la planète cotées 9b+, vient de réaliser une grande première personnelle : enchaîner un 9a en une seule journée. Un exploit qui, paradoxalement, en dit long sur son incroyable évolution.

La scène se déroule à Arco, le temple de l’escalade en Italie. La voie en question ? « Mascella Serrata », un 9a fraîchement équipé par Gabriele Moroni. Pour un grimpeur du calibre de Ghisolfi, un 9a est une formalité, pourrait-on penser. Et pourtant, cette ascension marque un tournant dans sa carrière, non pas par sa difficulté brute, mais par la manière dont elle a été réalisée : avec une rapidité et une efficacité déconcertantes.

« Mascella Serrata » : un 9a plié en quatre petits essais

Pour comprendre la portée de cet événement, il faut détailler le déroulé de cette journée hors norme. Loin des sièges interminables et des semaines de travail acharné qui caractérisent ses projets habituels, Stefano Ghisolfi a abordé « Mascella Serrata » avec une approche de sprinteur. Tout s’est joué en quelques heures à peine.

Le processus a été d’une limpidité impressionnante :

  • Premier essai : Une montée de reconnaissance pour découvrir les prises, sentir les mouvements et visualiser les séquences.
  • Deuxième essai : Un travail plus ciblé sur les sections clés pour affiner les méthodes et optimiser chaque geste.
  • Troisième essai : La première vraie tentative depuis le bas. Un run prometteur, brutalement interrompu par la casse d’une prise cruciale. Un imprévu qui aurait pu entamer le moral de n’importe qui.
  • Quatrième essai : La consécration. Avec une concentration parfaite, l’Italien a déroulé sa partition sans fausse note, clippant le relais de la voie.

Entre chaque tentative, l’athlète précise n’avoir pris que « 30 à 45 minutes de repos ». Une gestion de l’effort qui témoigne d’une confiance et d’une forme physique exceptionnelles. Cette performance en escalade, réalisée « à la séance », est une première pour lui à ce niveau, et elle vient bousculer l’image du grimpeur que l’on connaissait.

Une première qui bouscule les habitudes du champion

De l’art de prendre son temps

Jusqu’à présent, Stefano Ghisolfi était reconnu comme le perfectionniste par excellence. Un stratège de la verticale, capable de passer des semaines, voire des mois, à décortiquer une voie pour en maîtriser chaque détail avant de réussir l’enchaînement. Son palmarès parle pour lui : il a coché plus de vingt voies en 9a+ et une dizaine en 9b et au-delà. Des monstres de difficulté comme « Perfecto Mundo » (9b+), « Change » (9b+), ou encore le projet titanesque « Excalibur » (estimé à 9b+).

Chacune de ces croix a été le fruit d’un investissement colossal, d’une patience et d’une abnégation sans faille. Il était le marathonien des projets extrêmes, pas le Lucky Luke des ascensions rapides. Ce premier 9a à la journée vient donc casser une dynamique profondément ancrée dans son profil de grimpeur.

Le déclic inattendu

Alors, que s’est-il passé ? Comment expliquer ce changement radical d’approche ? La réponse se trouve peut-être loin des falaises, sur des blocs de quelques mètres de haut. Ces derniers mois, le grimpeur italien a délaissé la corde pour se consacrer quasi exclusivement au bloc, une discipline qui exige puissance, explosivité et une lecture instinctive des mouvements.

Quand la puissance du bloc réinvente l’escalade en falaise

Cette incursion dans le monde du bloc n’a pas été un simple intermède. Ghisolfi y a brillé avec une progression fulgurante. Il a rapidement validé des passages d’une difficulté extrême, enchaînant des blocs mythiques comme « Gioia » (son premier 8C+), « Dreamtime » (8C), ou encore « The Story of Two Worlds » (8C). Pour le grand public, ces cotations représentent le summum de ce qui se fait en bloc, un effort très court mais d’une intensité maximale.

Ce travail spécifique semble avoir totalement infusé dans sa pratique de l’escalade en falaise. Sur « Mascella Serrata », il a appliqué une approche plus directe, plus instinctive. Moins de calcul, plus de sensations. Une méthode que l’on pourrait qualifier d’approche « bloc » sur une voie : lire, comprendre et exécuter les mouvements avec un maximum de puissance et d’efficacité, sans se perdre dans une planification excessive. Le transfert de compétences entre les deux disciplines est évident et spectaculaire.

Quel avenir pour Stefano Ghisolfi après cette performance ?

Cette nouvelle corde à son arc ouvre des perspectives fascinantes. Cette capacité à performer rapidement pourrait-elle l’aider sur ses projets les plus ambitieux ? On pense notamment à ses essais dans « Silence » (9c) à Flatanger, la voie la plus dure du monde, ou dans le bloc « Burden of Dreams » (9A), qui requièrent une compréhension et une exécution parfaites de mouvements quasi impossibles.

Cette performance à Arco montre surtout une évolution mentale. Ghisolfi prouve qu’il n’est plus seulement le grimpeur qui a besoin de conditions parfaites et d’un alignement des planètes pour réussir. Il est aussi devenu un athlète capable de s’adapter, d’improviser et de conclure un projet en quelques heures. Cette polyvalence le rend encore plus redoutable.

Plus qu’un 9a, une véritable évolution

En conclusion, l’enchaînement de « Mascella Serrata » est bien plus qu’une ligne supplémentaire sur un carnet de croix déjà exceptionnel. C’est la démonstration d’une transformation profonde. En intégrant la puissance et l’instinct du bloc à sa science des projets au long cours, Stefano Ghisolfi a ajouté une nouvelle dimension à son art. Il ne se contente plus de repousser les limites de la difficulté ; il réinvente sa propre manière de grimper. Et c’est peut-être là que se trouve sa plus grande force : cette capacité à évoluer sans cesse, prouvant qu’à 31 ans, il est encore loin d’avoir atteint son plein potentiel.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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