Connor Herson : à 22 ans, il dompte « Bon Voyage », le monstre 9a trad d’Annot
Un nom circule avec insistance dans le monde de l’escalade traditionnelle : Connor Herson. À seulement 22 ans, le grimpeur américain vient de marquer les esprits en ajoutant à son palmarès l’une des lignes les plus convoitées du moment : « Bon Voyage » (9a/E12) à Annot, en France. Une performance qui le propulse non seulement dans le cercle très fermé des répétiteurs de cette voie mythique, mais qui fait aussi de lui le plus jeune à l’avoir jamais gravie.
Cette ascension, réalisée en décembre 2025 mais révélée récemment via une vidéo de Black Diamond, confirme le statut de Herson comme l’un des talents les plus brillants et complets de sa génération. Retour sur un exploit qui mêle technique, engagement mental et une maturité déconcertante.
« Bon Voyage », une ligne d’exception devenue culte
Pour comprendre la portée de cet exploit, il faut d’abord parler de la voie elle-même. Ouverte en février 2023 par la légende britannique James Pearson, « Bon Voyage » s’est immédiatement imposée comme une référence mondiale de l’escalade traditionnelle, ou « trad ».
Mais qu’est-ce que l’escalade trad ? Contrairement à l’escalade sportive où les points d’assurage (les dégaines) sont déjà en place, le grimpeur trad doit poser ses propres protections (coinceurs, friends) au fur et à mesure de son ascension. L’engagement est donc total, car une chute peut être bien plus conséquente si les protections sont mal placées ou espacées.
« Bon Voyage » est l’incarnation parfaite de cette exigence. Située sur les magnifiques grès d’Annot, dans le sud de la France, la ligne est un véritable défi :
- Une difficulté technique extrême : Cotée 9a, la voie propose des mouvements de bloc sur des prises minuscules et fuyantes, demandant une précision et une force hors du commun.
- Un engagement psychologique intense : Le crux (la section la plus dure) se situe bien au-dessus du dernier point de protection. La chute est donc interdite, ou du moins, très effrayante.
- Une esthétique pure : Tous ceux qui l’ont gravie sont unanimes : la ligne est d’une beauté à couper le souffle, une arête pure et technique qui a de quoi faire rêver.
Avant Connor Herson, seuls cinq géants de la discipline avaient réussi à enchaîner « Bon Voyage » : Adam Ondra, Sébastien Berthe, Jacopo Larcher et Esteban Daligault. Un casting de luxe qui situe le niveau d’exigence.
Connor Herson, le prodige discret au palmarès explosif
Si son nom n’est pas encore aussi connu du grand public que celui d’un Adam Ondra, Connor Herson n’est pas un inconnu pour les spécialistes. Cet étudiant en génie électrique à la prestigieuse université de Stanford mène une double vie, partageant son temps entre les équations complexes et les parois les plus exigeantes du globe.
L’année 2025 a été particulièrement prolifique pour lui. Avant de s’attaquer à « Bon Voyage », il a signé une performance historique en réalisant la première ascension de « Drifter’s Escape » (9a+) à Squamish, au Canada. Beaucoup considèrent cette voie comme la plus difficile jamais réalisée en escalade traditionnelle. Rien que ça. Dans la foulée, il s’est offert une visite en Norvège pour répéter deux autres monuments du genre, « Crown Royale » (8c+/E11) et « The Recovery Drink » (8c+/E10). Un véritable tour de force qui démontre sa polyvalence et sa domination sur le style.
Huit jours pour un voyage avant tout mental
Arrivé à Annot fin 2025, Connor Herson a consacré deux semaines à son projet. Il a pu compter sur le soutien et les conseils précieux de Jacopo Larcher, l’un de ses prédécesseurs sur la voie. « Partager le processus, voyager, grimper et simplement passer du temps avec Jacopo a été l’un des moments forts de mon année », a confié l’Américain.
Il lui faudra huit sessions pour venir à bout de la ligne. Si les mouvements ont été rapidement déchiffrés, un détail physique l’a longtemps freiné : un passage sur un mono-doigt particulièrement agressif pour la peau. Mais le véritable déclic fut psychologique. Herson a réalisé qu’il ne grimpait pas pour réussir, mais pour ne pas échouer.
« Je grimpais pour ne pas tomber. J’étais focalisé sur les erreurs à éviter. Du coup, je serrais trop, je grimpais de manière timide. »
Ce n’est qu’en changeant radicalement son état d’esprit, en acceptant la possibilité de la chute pour se concentrer uniquement sur le plaisir du mouvement, qu’il a trouvé la fluidité nécessaire. Un relâchement mental qui a tout changé. « Ce dont je suis le plus fier, ce n’est pas d’avoir réussi la voie, mais ce changement d’état d’esprit », explique-t-il. Pour sécuriser l’ascension, il a également fait preuve d’une grande intelligence tactique, en ajoutant une protection supplémentaire et en positionnant un crash-pad pour parer une chute potentiellement dangereuse sur un bloc.
Le futur de l’escalade traditionnelle
À seulement 22 ans, Connor Herson incarne le futur de l’escalade traditionnelle. Sa capacité à combiner une préparation méthodique, une force physique phénoménale et une maturité mentale impressionnante le place déjà au sommet de son art. En devenant le plus jeune grimpeur à enchaîner « Bon Voyage », il ne fait pas que cocher une croix de plus à son carnet de courses ; il repousse les limites de ce qui est possible et inspire toute une nouvelle génération. Une chose est sûre : nous n’avons pas fini d’entendre parler de lui.
