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Rell Lennox : à 20 ans, elle devient la plus jeune femme à gravir The Nose en solitaire

Rell Lennox : à 20 ans, elle devient la plus jeune femme à gravir The Nose en solitaire

Novembre 2025. Tandis que la vallée du Yosemite s’emplit du tumulte automnal, une jeune femme s’est discrètement engagée dans le silence vertical d’El Capitan. Seule face à l’immense paroi de granit, Rell Lennox, 20 ans, vient d’écrire une page de l’histoire de l’escalade. En trois jours et demi, elle a atteint le sommet de la voie la plus célèbre du monde, The Nose, devenant ainsi la plus jeune femme à réaliser cette ascension en solitaire. Un exploit qui résonne avec une force particulière, non seulement par sa difficulté, mais aussi par l’inspiration qu’il porte, quelques temps après la disparition tragique du jeune Balin Miller sur cette même face.

Une ascension fulgurante qui marque l’histoire

Lorsqu’on évoque El Capitan, on pense à des décennies d’exploits, à des noms légendaires et à un engagement total. Rell Lennox vient d’inscrire le sien avec une audace et une maturité déconcertantes. Réaliser le Nose en « rope-solo » est une épreuve monumentale. Contrairement à l’escalade en cordée, le grimpeur solitaire doit gérer seul chaque étape : il grimpe une longueur, se fixe, redescend pour récupérer son matériel, puis remonte le long de la corde avec son lourd sac de hissage. Chaque mètre de paroi est ainsi parcouru trois fois. C’est un marathon vertical, une danse épuisante avec la corde et le vide.

Pour Rell, cette performance est d’autant plus impressionnante qu’elle survient seulement six mois après sa première expérience en big wall. Au printemps dernier, elle avait déjà gravi The Nose en deux jours et demi avec sa partenaire Isabella Ayala. Une première ascension rapide qui laissait déjà entrevoir un potentiel exceptionnel. Passer de cette première expérience en cordée à une ascension en solitaire en si peu de temps témoigne d’une détermination et d’une capacité d’adaptation hors du commun, qui la place parmi les grands noms de la discipline.

De l’université à la vie verticale

Le parcours de Rell Lennox est loin des schémas classiques. Alors qu’elle était étudiante à l’université, elle a découvert l’escalade traditionnelle, cette pratique où le grimpeur place lui-même ses protections dans le rocher. La passion a été immédiate et dévorante. Très vite, les salles de cours ont semblé bien fades face à l’appel du caillou. La décision fut radicale : elle ne retournera pas à la fac.

Rell a tout quitté, son État de Washington natal et ses études, pour une vie nomade à bord de son petit camion aménagé. Une vie simple, dédiée à sa passion, loin des standards de performance et des circuits de compétition. C’est cet esprit « dirtbag », cet engagement total dans un mode de vie centré sur la montagne, qui a forgé le caractère nécessaire pour s’attaquer à un tel projet. Elle a choisi la liberté brute des grands espaces plutôt que le confort d’un parcours balisé.

L’esprit « Bail Up » : la seule issue est le sommet

S’engager seule sur une paroi de 1000 mètres comme El Capitan demande un état d’esprit à toute épreuve. Une fois que vous quittez le sol, le doute n’est plus permis. C’est ce que les grimpeurs du Yosemite appellent la mentalité du « bail up ». Littéralement, cela signifie que la seule façon d’abandonner, de s’échapper du mur, est de continuer à grimper jusqu’en haut.

Cette approche mentale est à la fois terrifiante et essentielle. Elle force le grimpeur à puiser dans des ressources insoupçonnées, à repousser la fatigue et la peur. Redescendre en rappel sur une paroi aussi immense et déversante est une option si complexe et dangereuse qu’elle est mentalement écartée. Pour Rell, cette philosophie était claire : « je n’ai jamais vraiment douté, je savais depuis le début que si je voulais arriver au sommet, je pouvais. C’était juste une question de jusqu’où j’étais prête à puiser dans mes ressources et à persévérer. » C’est cette confiance inébranlable qui lui a permis de surmonter les inévitables moments difficiles.

L’inspiration au creux d’un livre

Mais d’où vient une idée aussi audacieuse ? Si les rencontres avec d’autres solistes du Nose comme Soline et Rhaude ont certainement joué un rôle, le véritable déclic est venu d’ailleurs. Dans la communauté des grimpeuses du Yosemite, un livre circule, presque sous le manteau : ‘Valley of Giants’.

Ce recueil de témoignages historiques met en lumière le rôle, souvent méconnu, des femmes dans l’histoire de l’escalade dans la vallée. Il redonne une voix à des pionnières et crée une lignée inspirante. Parmi ces récits, celui de la grimpeuse italienne Silvia Vidale a particulièrement marqué les esprits. Elle y raconte sa première ascension en solitaire dans la voie Zodiac, sur El Capitan, avec une approche discrète et engagée. Ce texte a été un catalyseur.

Rell Lennox raconte elle-même l’impact de cette lecture :

« Je venais de terminer Valley of Giants et j’avais lu l’histoire de Silvia et de son ascension en solo. Entendre toutes ces histoires d’aventures d’autres femmes sur El Cap m’a incroyablement inspirée. […] Le lendemain matin, je suis allée voir Rhaude et lui ai posé quelques questions logistiques supplémentaires sur la voie et sur le rope-solo. Le jour même, je faisais mon sac. Le sur-lendemain matin, vers cinq heures, je me lance sur un coup de tête. »

Fidèle à l’esprit de Silvia Vidale, Rell a gardé son projet secret, n’en parlant qu’à une poignée d’amis proches pour s’affranchir de toute pression extérieure. Une preuve de plus, s’il en fallait, de la puissance des récits et de la transmission dans le monde de la montagne. Cet exploit est une performance record en escalade solo, non seulement pour son âge, mais aussi pour le style dans lequel elle a été réalisée.

Une vision créative et libre de l’escalade

L’ascension de Rell Lennox est bien plus qu’un simple record de jeunesse. Elle incarne un retour aux sources, à un esprit d’aventure pur, loin des projecteurs et du sponsoring à outrance. Son courage et sa vision créative de la montagne sont une source d’inspiration immense, particulièrement pour une nouvelle génération de grimpeuses et de grimpeurs.

En s’élançant seule sur ce géant de granit, elle a non seulement repoussé ses propres limites, mais elle a aussi montré que l’escalade est avant tout une histoire personnelle, une quête intérieure. Une aventure où la détermination, l’inspiration et un certain grain de folie permettent de réaliser l’impensable. Son ascension s’inscrit dans la lignée des grands explorateurs verticaux du Yosemite et confirme, comme le disait la légende Lynn Hill, que « le rocher, lui, ne discrimine pas ».

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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