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Burden of Dreams : Nicolai Užnik proche d’une nouvelle ascension du 9A

Un Autrichien à l’assaut du mythe finlandais

La forêt de Lappnor, en Finlande, retient son souffle. Sur un morceau de granit rouge devenu légendaire, le grimpeur autrichien Nicolai Užnik est en train de livrer une bataille acharnée contre Burden of Dreams, le premier bloc coté 9A de l’histoire. Et selon ses dernières publications, une nouvelle ascension n’a jamais semblé aussi proche.

Depuis son arrivée sur place, Užnik a montré une adaptation fulgurante. Il a rapidement déchiffré les mouvements complexes de ce problème extrême, au point de frôler l’enchaînement final. Dans une vidéo partagée sur les réseaux sociaux, il confie : « C’était ma première vraie tentative d’enchaînement. J’ai presque réussi à tenir le dernier mouvement avant que ma main gauche ne zippe… » Un échec de quelques millimètres seulement, qui en dit long sur son potentiel.

Une progression express malgré les difficultés

La confiance était palpable dès ses premières sessions. « J’ai réussi tous les mouvements très vite, j’ai même réussi le premier mouvement dès le deuxième essai », explique-t-il. Cette aisance initiale laissait présager une ascension rapide. Mais Burden of Dreams est un adversaire redoutable, qui ne se laisse pas vaincre uniquement par la force brute. La ligne impose un combat total, où chaque détail compte.

Le principal obstacle pour Nicolai Užnik est rapidement devenu la gestion de sa peau. Les prises de ce bloc sont de minuscules réglettes de granit, aussi tranchantes que des lames de rasoir. Après sa tentative la plus sérieuse, le verdict est tombé : « …et je me suis ouvert un doigt. Ensuite, j’ai strapé et j’ai réessayé, et ça a donné quasiment la même chose… sauf qu’un autre doigt a encore lâché ! » La performance en escalade de bloc de très haut niveau se joue souvent sur cet équilibre précaire entre l’effort et la résistance de l’épiderme.

Burden of Dreams : anatomie d’un bloc légendaire

Pour comprendre l’enjeu, il faut revenir en 2016. C’est à ce moment que le grimpeur finlandais Nalle Hukkataival, après quatre ans d’un travail acharné, réalisait la première ascension de son projet, le baptisant « Burden of Dreams » et proposant la cotation inédite de 9A (V17). Une nouvelle page de l’histoire de l’escalade de bloc était tournée.

Ce bloc est l’incarnation même de la difficulté maximale :

  • Un profil extrême : Un dévers prononcé de 45 degrés qui met le corps en tension permanente.
  • Des prises minimalistes : Des micro-prises qui exigent une force de doigts phénoménale et une précision absolue.
  • Une séquence courte et violente : Quelques mouvements d’une intensité inouïe, culminant par un jeté dynamique final.

Pendant des années, le bloc a repoussé les assauts des meilleurs grimpeurs du monde. Il a fallu attendre avril 2023 pour voir la première répétition par l’Écossais Will Bosi, qui s’était longuement entraîné sur une réplique 3D. Depuis, le club très fermé des ascensionnistes s’est légèrement agrandi, avec les réussites de Simon Lorenzi (décembre 2023), Elias Iagnemma (mars 2024) et plus récemment Sung Su Lee.

La méthode Lorenzi, une clé du succès ?

Un détail technique intéressant est que Nicolai Užnik utilise la méthode en quatre mouvements popularisée par Simon Lorenzi. Cette séquence, ou « beta », permet de sauter un mouvement de main par rapport à la méthode originale en cinq mouvements utilisée par Hukkataival et Bosi. C’est une optimisation qui, si elle demande une force de gainage encore plus importante, semble devenir la nouvelle norme pour les prétendants au sommet de ce bloc.

Le double combat : la grimpe, la météo et la peau

La réussite sur Burden of Dreams ne dépend pas uniquement de la capacité à réaliser les mouvements. L’environnement joue un rôle crucial. Situé en Finlande, le bloc est soumis à des conditions météorologiques souvent capricieuses. L’humidité et la neige peuvent rendre les prises impraticables et anéantir des semaines de préparation.

Pour Užnik, la situation est devenue une véritable course contre la montre. « À cause des mauvaises conditions, de sérieux problèmes de peau et donc d’un nombre d’essais très limité, c’est devenu une vraie bataille… », admet-il. La stratégie est désormais claire : patience et récupération. « Je vais me reposer quelques jours, essayer de soigner ma peau au maximum et attendre que la neige passe. On verra si je peux conclure. »

Le grimpeur autrichien a prouvé qu’il avait la force, la technique et la détermination pour venir à bout du premier 9A du monde. La question n’est plus de savoir s’il peut le faire, mais si toutes les conditions seront enfin réunies pour lui permettre de concrétiser. Le monde de l’escalade attend avec impatience de voir si son nom sera le prochain à être gravé dans la légende de Burden of Dreams.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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