Escalade Artificielle : L’ENAM Ouvre Deux Nouvelles Grandes Voies dans le Vercors
Le massif du Vercors, véritable forteresse de calcaire, vient de s’enrichir de deux nouveaux itinéraires d’envergure. L’Équipe Nationale d’Alpinisme Masculine (ENAM) de la FFME a une fois de plus démontré son dynamisme en ouvrant deux grandes voies en escalade artificielle sur l’imposante paroi de la Sure. Une performance remarquable qui confirme le potentiel infini de ce terrain de jeu vertical et l’engagement de la nouvelle génération d’alpinistes.
Le Vercors, un sanctuaire pour l’escalade de paroi
Entre l’Isère et la Drôme, le Vercors est bien plus qu’un simple massif montagneux. C’est une terre de légendes pour les grimpeurs, réputée pour ses falaises vertigineuses et son rocher calcaire exigeant. Des sites comme Presles sont connus de tous, mais la paroi de la Sure reste un spot de choix pour les amateurs de grandes voies et d’aventures verticales. C’est dans ce décor spectaculaire que les jeunes talents de l’ENAM ont décidé de laisser leur trace, ajoutant leur signature à l’histoire de l’escalade locale.
Une ouverture menée à un rythme effréné
L’alpinisme est souvent une course contre la montre, et cette ouverture n’a pas fait exception. Face à des prévisions météo incertaines, les équipes ont dû redoubler d’efforts pour boucler leurs projets. En seulement trois jours intenses, deux lignes majeures ont vu le jour. Cette rapidité d’exécution témoigne non seulement de la préparation physique et mentale des grimpeurs, mais aussi de leur cohésion et de l’excellente supervision de leurs encadrants.
Zoom sur les deux nouvelles voies
Ces deux itinéraires, bien que voisins, proposent des styles et des défis bien distincts. Ils sont le reflet de la polyvalence des membres de l’ENAM et de leur capacité à lire et interpréter la paroi.
« Le Pilier du Pêcheur » (310m, 9 longueurs, A3 max)
Ouverte par le duo Antonin et Éric, sous l’œil expert de Laurent Thevenot, cette voie est un véritable monument d’escalade artificielle. Sur 310 mètres, elle suit une ligne de fissure quasi parfaite qui fend la paroi. La difficulté, cotée jusqu’à A3, promet un engagement constant.
La voie se caractérise par son homogénéité et ses nombreux surplombs qui testent la résistance et la technique des grimpeurs. Deux longueurs se démarquent particulièrement :
- La deuxième longueur (L2) : elle remonte une fissure fine et délicate avant de buter sous un toit impressionnant, où il faut faire preuve d’ingéniosité pour installer le relais.
- La huitième longueur (L8) : un passage clé qui enchaîne deux dévers successifs, demandant une gestion parfaite de l’effort et du matériel.
« Le Pilier du Pêcheur » est sans aucun doute une voie sérieuse, destinée aux grimpeurs expérimentés en « artif » à la recherche d’une ligne logique et exigeante.
« Sure Shepherd » (320m, 8 longueurs, A2+ max)
La seconde cordée, composée de Kelig, Yann et Ryan et encadrée par Jonathan Crison, a signé une ouverture au caractère bien différent. « Sure Shepherd » est une voie de 320 mètres qui explore un système de cheminées. Son originalité réside dans l’alternance entre des sections en escalade traditionnelle (où le grimpeur place ses propres protections) et des passages en progression artificielle.
La difficulté maximale est annoncée à A2+, mais la voie réserve son lot de surprises. Les grimpeurs devront maîtriser les techniques de « renfougne » (progression en opposition dans des fissures larges ou des cheminées), des passages souvent physiques et parfois déroutants. L’équipe a même laissé une touche d’humour sur la paroi : un petit poisson dessiné près du septième relais (R7), un clin d’œil qui saura amuser les futurs répétiteurs.
L’escalade artificielle, une discipline d’engagement et de créativité
Pour les non-initiés, l’escalade artificielle peut sembler mystérieuse. Contrairement à l’escalade libre où l’on progresse uniquement avec ses mains et ses pieds sur le rocher, l' »artif » consiste à utiliser le matériel (pitons, coinceurs, crochets, étriers) pour avancer. Les cotations comme A2+ ou A3 n’indiquent pas seulement une difficulté technique, mais aussi l’engagement et la solidité des points placés. Un A3 signifie que plusieurs points successifs peuvent être précaires, avec un risque de chute potentiellement long mais généralement sans danger grave.
Cette discipline demande une patience infinie, une grande force mentale et une connaissance parfaite de son matériel. C’est l’art de passer là où le rocher semble impossible.
Une dynamique qui ne faiblit pas
Ces deux ouvertures s’inscrivent dans une série d’activités prolifiques pour l’ENAM dans le Vercors. On se souvient notamment de « L’Épreuve de l’harmonie et de l’invention » (350m/A3/6b), ouverte récemment sur la même paroi. Cela démontre l’attachement de l’équipe à ce massif et sa volonté de développer de nouveaux terrains d’aventure pour la communauté.
Le prochain rendez-vous pour ces jeunes alpinistes est déjà fixé : un stage estival en haute montagne les attend, avec pour objectif de réaliser de grandes courses alpines. Une nouvelle étape pour parfaire leur formation et continuer à repousser leurs limites. Le Vercors, quant à lui, attend patiemment les premiers grimpeurs qui viendront se mesurer à ces deux nouvelles lignes de caractère.
