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Yannick Flohé conquiert Excalibur (9b+) : récit d’un combat de 19 jours sur la voie la plus dure d’Italie

19 jours de combat : Yannick Flohé terrasse “Excalibur” 9b+, la voie la plus dure d’Italie !

Le grimpeur allemand Yannick Flohé a commencé l’année 2026 de la plus spectaculaire des manières. Au terme d’un siège de 19 jours, il a réussi l’ascension d’“Excalibur”, une voie cotée 9b+ à Arco, en Italie. Il rejoint ainsi le cercle très fermé des grimpeurs ayant vaincu cette ligne légendaire, considérée comme la plus difficile du pays.

Après une année 2025 stratosphérique, où il a repoussé les limites du possible en bloc et en falaise, on se demandait ce que Yannick Flohé pouvait encore accomplir. La réponse est arrivée depuis le nord de l’Italie : une performance de force, de technique, mais surtout de résilience mentale.

“Excalibur” : une légende forgée dans la roche

Avant de parler de l’exploit de Yannick, il faut comprendre ce que représente “Excalibur”. Imaginez un mur de calcaire déversant à 40 degrés, haut de 12 mètres. Sur cette paroi, les prises sont si petites et acérées qu’on les surnomme des “rasoirs”. C’est le défi proposé par cette voie, située dans le secteur “Open Air Gallery” près d’Arco.

Équipée et libérée par l’Italien Stefano Ghisolfi le 5 février 2023, “Excalibur” est rapidement devenue une référence mondiale. Ghisolfi lui-même a passé deux ans à travailler ses mouvements avant de réussir l’enchaînement. La difficulté est telle qu’il a longuement hésité à la proposer à 9c, un niveau quasi mythique, avant de confirmer une cotation de 9b+ [1].

Pour faire simple, la voie est un concentré d’efforts explosifs :
1. Un premier bloc d’une difficulté de 8B pour commencer.
2. Une section de repos très précaire.
3. Un second bloc encore plus dur, estimé à 8C, pour finir.

Le cimetière des meilleurs grimpeurs

La réputation d’“Excalibur” s’est aussi construite sur ses échecs. Des légendes de la discipline s’y sont cassé les doigts. Adam Ondra, souvent considéré comme le meilleur grimpeur de tous les temps, a abandonné le projet, jugeant les prises trop dangereuses pour ses tendons. Jakob Schubert, un autre titan de l’escalade, s’y est essayé sans succès.

Seuls deux grimpeurs avaient réussi à répéter la voie avant Flohé : l’Écossais William Bosi en 2025 et l’Américaine Brooke Raboutou, qui a marqué l’histoire en devenant la première femme à enchaîner un 9b+ [4].

Le long siège de Yannick Flohé

C’est dans ce contexte que Yannick Flohé a jeté son dévolu sur “Excalibur”. Connu pour sa puissance phénoménale, l’Allemand semblait taillé pour le défi. Dès ses premiers essais en mars 2025, il montre des signes très prometteurs, manquant de peu d’atteindre le dernier mouvement difficile. On aurait pu croire à une victoire rapide.

Mais la voie est une épreuve de patience. Un mouvement en particulier, sur un bidoigt minuscule où seuls l’index et le majeur peuvent se loger, va devenir son cauchemar. « J’ai dû tomber au moins vingt fois sur ce bidoigt… et plus d’une douzaine de fois juste après », confie-t-il.

Un combat avant tout mental

Au-delà de la difficulté physique, “Excalibur” a livré une véritable guerre psychologique à Yannick. La roche abrasive attaquait sa peau à chaque tentative, l’obligeant à prendre des jours de repos forcés et frustrants.

L’enchaînement des voyages, des échecs répétés et des conditions météo capricieuses ont transformé le projet en obsession. « À la fin, je ne savais même plus si j’avais encore envie de l’enchaîner. Je revenais, je tentais deux ou trois runs, et je repartais », explique le grimpeur.

Pour son dernier voyage, il change de tactique : un jour d’escalade suivi de trois jours de repos complets. Cette stratégie lui permet d’arriver avec une peau en parfait état et une énergie renouvelée. Et cette fois, la magie opère. Après 19 jours de travail acharné, il clippe enfin le relais, presque surpris de sa propre réussite.

Une performance qui couronne une année de records

Cette ascension d’“Excalibur” est la cerise sur le gâteau d’une année 2025 exceptionnelle pour Yannick Flohé. Sa liste de performances donne le vertige :
“Story of Three Worlds” (8C+) en bloc.
“Foundation’s Edge” (8C) flashé, une première historique.
– Première répétition de “Rastaman Vibrations” (9b/+) en falaise.
– Vainqueur du prestigieux Rock Master.
– Une 6ème place au classement général de la Coupe du Monde de difficulté.

Et maintenant ? Cap sur de nouveaux horizons

Après l’intensité d’“Excalibur”, Yannick Flohé aspire à un peu de changement pour 2026. Il compte bien sûr participer aux Coupes du Monde de difficulté en Europe, mais son grand projet est ailleurs. « Une voie longue, avec des prises confortables », plaisante-t-il.

Quant au bloc, sa discipline de prédilection, il le met en pause pour le moment. L’heure est à la récupération et à la préparation pour de nouvelles aventures, loin des prises coupantes d’Arco. Avec cette nouvelle croix, Yannick Flohé ne fait pas que gravir un échelon de plus dans sa carrière ; il inscrit son nom aux côtés des plus grands, sur l’une des voies les plus exigeantes de la planète.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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