L’année 2026 commence à peine, et déjà, le monde de l’escalade retient son souffle. La raison ? Une performance majuscule signée par l’un des grimpeurs les plus talentueux de sa génération, l’Écossais William Bosi. Au cœur des forêts de granit de Sintra, au Portugal, il vient de réaliser la toute première ascension d’un projet qui repousse les limites de la discipline : « Pôr do Sol », un bloc qu’il propose au grade exceptionnel de 8C+.
Cette ascension n’est pas seulement une ligne de plus à son palmarès déjà impressionnant. Elle établit tout simplement le nouveau bloc le plus difficile du Portugal et confirme le statut de Bosi comme un acteur incontournable de l’escalade de très haut niveau.
Un projet de longue haleine
L’histoire entre William Bosi et « Pôr do Sol » (qui signifie “coucher de soleil” en portugais) n’est pas une simple romance de passage. C’est une véritable quête qui s’est étendue sur près de deux ans. Le grimpeur de 27 ans a dû s’y reprendre à trois fois, avec des séjours étalés entre le printemps 2024 et le début de l’année 2026, pour venir à bout de ce défi.
Le bloc en lui-même est une véritable œuvre d’art naturelle. Il s’agit d’un mur de granit massif, légèrement déversant, qui de loin semble presque totalement lisse. C’est en s’approchant que l’on distingue les infimes préhensions qui rendent l’ascension tout juste possible. Mais la clé du problème résidait dans un mouvement bien particulier.
Le crux “style compétition” qui a tout changé
Dès son premier voyage, Bosi a réussi à décortiquer et à réaliser la plupart des mouvements du bloc. Tous, sauf un. Un mouvement d’une complexité folle, un “double clutch” de type compétition, où le grimpeur doit coordonner un mouvement dynamique des deux mains simultanément. Ce passage est devenu son obsession.
Malgré un deuxième voyage en mars 2025, le mouvement clé lui résistait encore. La persévérance a finalement payé lors de son troisième séjour. En décembre, il réussit enfin le fameux mouvement pour la première fois. La porte était ouverte. Il ne restait plus qu’à assembler toutes les pièces du puzzle depuis le départ. C’est finalement début janvier 2026 que l’exploit a eu lieu, après plusieurs jours d’essais prometteurs. « Pôr do Sol » 8C+ était né.
“C’est probablement le meilleur bloc que j’aie jamais essayé !”, a-t-il déclaré, soulignant l’importance de cette réalisation pour lui. (Source: Gripped)
Pourquoi « Pôr do Sol » est-il si spécial ?
Pour un grimpeur du calibre de William Bosi, qui compte déjà cinq voies en 9A à son actif, il en faut beaucoup pour être impressionné. Pourtant, il ne tarit pas d’éloges sur cette ligne.
“Ce bloc fait clairement partie de mes trois préférés de tous les temps. De prime abord, le caillou semble énorme et totalement vierge… Puis on réalise qu’il y a pile poil le nombre parfait de prises pour rendre la ligne possible. Les mouvements sont fous”, explique-t-il. (Source: PlanetMountain)
Le seul inconvénient ? La nature agressive du granit de Sintra. Les prises, très coupantes, limitaient fortement le nombre d’essais possibles par session, rendant le processus de travail encore plus exigeant physiquement et mentalement.
La délicate question de la cotation
Proposer un grade pour une première ascension est toujours un exercice complexe. Pour évaluer « Pôr do Sol », Bosi s’est basé sur son expérience. Il estime que le bloc est nettement plus difficile que tout ce qu’il a pu grimper dans la région, y compris « El Dorado Sit », un autre bloc extrême qu’il avait lui-même coté à 8C l’année précédente.
“8C+ me semble juste”, affirme-t-il. “Le style très particulier et le faible dévers rendent la cotation difficile, mais c’est clairement plus dur que n’importe quel autre bloc que j’ai fait dans le pays”. Cette proposition place donc officiellement « Pôr do Sol » comme la nouvelle référence de l’escalade de bloc au Portugal.
Un séjour portugais plus que productif
Comme si la réalisation de ce projet majeur ne suffisait pas, William Bosi a profité de sa forme exceptionnelle pour ouvrir plusieurs autres passages de haut niveau à Sintra :
- « T-Rex » (8B/V14)
- « The Navigator » (8B/V14), qu’il a réussi en “flash” (à son tout premier essai)
- « Tornado » (8A+)
- « Relampato » (8A+)
Cette liste témoigne de l’incroyable niveau de performance du grimpeur écossais et de sa capacité à s’adapter rapidement à différents styles de rocher.
Et maintenant ? Objectif 9c !
À peine descendu de son bloc le plus dur, William Bosi a déjà les yeux tournés vers l’avenir. Son ambition principale pour 2026 est monumentale : s’attaquer à « Silence », la première voie au monde cotée 9c, située à Flatanger en Norvège et libérée par Adam Ondra.
Il prévoit de retourner en Norvège dès que les conditions météorologiques le permettront. D’ici là, il compte affûter sa préparation sur des projets encore secrets dans son Écosse natale. Un détour par la République Tchèque pour se mesurer à « Terranova », un autre bloc de légende, n’est pas non plus à exclure.
Une chose est sûre : avec cette première ascension de « Pôr do Sol », William Bosi ne fait que nous donner un avant-goût de ce dont il est capable. L’année 2026 promet d’être spectaculaire.
Photos : © Teresa Coimbra
