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Tommy Caldwell et Siebe Vanhee : L’exploit d’une ascension libre en 24h en Patagonie

Un exploit monumental en Patagonie : 1200 mètres en 24 heures

Imaginez une paroi de 1200 mètres, balayée par les vents imprévisibles de la Patagonie. C’est sur ce terrain de jeu extrême que la légende américaine Tommy Caldwell et le solide grimpeur belge Siebe Vanhee viennent d’écrire une nouvelle page de l’histoire de l’alpinisme. Le 14 février 2026, après 24 heures d’effort continu, ils ont atteint le sommet de la Tour Centrale des Torres del Paine, réalisant la première ascension libre en une seule journée de la mythique South African Route (7b+). Un exploit qui redéfinit les limites du possible sur les big walls les plus exigeants du monde.

Partis le 13 février à 3h20 du matin, ils ont touché le sommet exactement 24 heures plus tard. Cette performance, réalisée en style « one-push », c’est-à-dire sans cordes fixes ni campements intermédiaires, contraste radicalement avec les expéditions précédentes. Pour rappel, la première ascension libre de cette voie en 2009 avait nécessité 13 jours.

La « South African Route », un monument de l’escalade

Ouverte entre 1973 et 1974 par une équipe sud-africaine, cette voie est une véritable épreuve de caractère. Sur une trentaine de longueurs, elle serpente sur la face Est de la Tour Centrale, un environnement connu pour ses conditions redoutables :

  • Météo instable : le temps peut basculer en quelques minutes, transformant une journée calme en tempête de vent et de neige.
  • Conditions de la paroi : les fissures sont souvent obstruées par la glace, le rocher peut être instable et l’orientation complexe.
  • Engagement total : sans portaledge ni cordes fixes, la retraite est une option périlleuse.

Comme le souligne Siebe Vanhee, s’attaquer à ce mur en une journée est un engagement bien plus sérieux. « Quand la tempête frappe, vous n’avez pas l’abri d’un portaledge ou le confort des cordes fixes pour descendre le plus vite possible », explique-t-il. C’est une approche minimaliste, de style Yosemite, appliquée à l’un des massifs les plus sauvages de la planète.

Récit d’une ascension contre-la-montre

Après deux tentatives infructueuses stoppées par la météo, le duo a saisi une fenêtre météo courte et incertaine. La réussite de leur projet tenait à une exécution parfaite et une gestion millimétrée du temps et de l’énergie.

Les passages clés et la gestion de l’effort

L’ascension a été une succession de défis. Tommy Caldwell a pris les devants dans les premières longueurs, mais a chuté dans le premier crux (7b+), un passage qu’il avait pourtant réussi lors de leur tentative précédente. Sans se démonter, il l’a enchaîné à son deuxième essai. Chaque minute comptait. Siebe a ensuite pris le relais pour le deuxième crux, puis s’est attaqué au passage le plus intimidant : une fissure « offwidth » (très large) de 60 mètres. « Même si j’avais peur de craquer et de perdre beaucoup de temps, je sentais que je devais y aller », raconte Siebe. Il a vaincu la longueur en 1h10, un moment décisif qui leur a fait gagner un temps précieux.

Une pause stratégique à 1000 mètres du sol

Après 19 heures d’escalade non-stop, à 22 heures, l’équipe a fait une pause cruciale. Ils ont troqué leurs chaussons d’escalade contre des chaussures d’alpinisme, enfilé des vêtements imperméables et, surtout, fait chauffer de l’eau. « Ces moments font partie de mes préférés de l’ascension… mais le clou du spectacle, c’était les boissons chaudes », confie Siebe. Un litre d’électrolytes et un demi-litre de café pour se réhydrater et combattre le froid avant d’attaquer la partie finale.

Le sommet dans l’obscurité et une descente épique

La dernière section, plus alpine, s’est déroulée dans l’obscurité totale. Naviguant entre les blocs, la neige et la glace, ils ont atteint le sommet à 3h20 du matin. Un instant surréaliste, immortalisé par un selfie, juste avant que la météo ne se déchaîne. La descente de huit heures s’est transformée en calvaire : épuisés, dans le noir, avec la neige qui remontait vers eux à cause du vent, trouver les relais de rappel est devenu une épreuve. Ce n’est qu’au lever du jour qu’ils ont pu retrouver un rythme sécuritaire pour enfin rejoindre le pied de la paroi.

Un partenariat fondé sur la confiance

Cet exploit n’est pas seulement une performance physique, c’est aussi l’histoire d’un partenariat exceptionnel. Siebe Vanhee ne tarit pas d’éloges sur son compagnon de cordée, qu’il décrit dans un article pour Climbing.com : « Tommy a été une force incroyable. Il est stable et digne de confiance. Il est positif sur le passé et optimiste pour l’avenir. » Cette confiance mutuelle et cette communication claire ont été essentielles pour prendre les bonnes décisions dans un environnement aussi hostile. C’est cette alchimie qui leur a permis de transformer un rêve audacieux en une réalité historique, repoussant une fois de plus les frontières de l’escalade en Patagonie.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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