dimanche, mars 22, 2026
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Solo hivernal aux Tre Cime : Simon Gietl signe un exploit historique

Un exploit monumental dans le cœur des Dolomites

Les Tre Cime di Lavaredo, joyaux des Dolomites, sont un théâtre d’exploits alpins depuis des décennies. Mais ce que vient de réaliser Simon Gietl relève de l’exceptionnel. Les 5 et 6 mars derniers, cet alpiniste sud-tyrolien de 41 ans a gravé son nom dans l’histoire en réalisant la première ascension en solo hivernal de la voie ‘Das Phantom der Zinne’. Une performance qui repousse les limites de l’alpinisme moderne.

Cette voie mythique, située sur l’imposante face nord de la Cima Grande, est un véritable défi. Imaginez un mur de 550 mètres, avec des difficultés techniques extrêmes (cotées jusqu’à 7c+). La réaliser en hiver, seul, relève d’un engagement physique et mental hors du commun. Retour sur un exploit qui marquera les esprits.

‘Das Phantom der Zinne’ : un vieux rêve devenu réalité

Pour Simon Gietl, cette ascension n’est pas un coup de tête, mais l’aboutissement d’un long processus. Ce projet, il le portait en lui depuis plus de dix ans. La voie, ouverte en 1995 par les légendes locales Kurt Astner et Christoph Hainz, est réputée pour sa beauté et son exigence. Gietl la décrit lui-même comme l’une des plus difficiles et des plus belles de la région.

Les tentatives passées, fondations du succès

La persévérance est souvent la clé en alpinisme. Simon Gietl en est la preuve vivante. Il avait déjà tenté sa chance à deux reprises par le passé :

  • En 2010, une première tentative avec son partenaire de cordée Marc Artesi.
  • En 2015, un premier essai en solitaire, qui n’avait pas abouti.

Ces échecs, loin de le décourager, lui ont permis d’acquérir une connaissance intime de la paroi et de mieux préparer cette nouvelle tentative. Fin février, il a commencé à déposer son matériel au pied de la face, attendant patiemment la bonne fenêtre météo.

Récit d’une ascension en solitaire face aux éléments

La météo en montagne, surtout en hiver, est un facteur décisif. Début mars, une courte période de temps stable s’annonce. C’est le signal que Simon attendait. L’aventure pouvait commencer.

Jour 1 : La concentration et le froid

Le 5 mars à 10 heures du matin, Simon Gietl s’élance dans la paroi. Les conditions sont purement hivernales : une dizaine de centimètres de neige fraîche recouvre le rocher et la température avoisine les -5°C. Chaque mouvement doit être précis, chaque prise de décision mûrement réfléchie. En solo hivernal, l’erreur n’est pas permise.

Après des heures d’une escalade intense et concentrée, il atteint une petite vire où la voie croise la célèbre ‘Hasse-Brandler’. C’est là, suspendu entre ciel et terre, qu’il installe sa tente de bivouac pour passer la nuit. Une nuit seul, face à l’immensité des Dolomites.

Jour 2 : L’assaut final vers le sommet

Le lendemain, l’ascension reprend. La partie supérieure de la voie est la plus technique. Le rocher y est plus instable, recouvert de plaques de neige. Progressant en solo auto-assuré, Simon doit gérer son sac à dos, placer lui-même ses protections mobiles (friends, coinceurs) et rester lucide malgré la fatigue et le froid.

Finalement, le 6 mars à 16 heures, il atteint le sommet de la Cima Grande. Un moment de soulagement et de joie intense, seul au sommet du monde. Il a vaincu le ‘Fantôme de la Zinne’.

Simon Gietl, l’homme des Tre Cime

Cet exploit n’est pas le fruit du hasard. Simon Gietl, guide de haute montagne, est un véritable spécialiste des Tre Cime di Lavaredo, son terrain de jeu favori. Ses réalisations passées témoignent de son expertise et de son amour pour ce massif :

  • 2017 : La trilogie hivernale des faces nord des Tre Cime avec Vittorio Messini.
  • 2020 : La traversée intégrale des Tre Cime, déjà en solo hivernal.
  • Plusieurs ouvertures de voies et premières hivernales, comme ‘ISO 2000’ ou ‘Pressknödel’.

Cette connaissance parfaite du terrain a été un atout majeur pour réussir une ascension aussi engagée que celle de ‘Das Phantom der Zinne’.

Un exploit qui inspire

La performance de Simon Gietl est bien plus qu’une simple ligne ajoutée à un palmarès. Elle est une source d’inspiration. Elle nous rappelle que la détermination, la patience et une préparation méticuleuse permettent de réaliser des rêves que l’on croyait inaccessibles.

Dans un monde où tout va très vite, cet alpinisme d’engagement et de solitude nous reconnecte à l’essentiel : le dépassement de soi, le respect de la montagne et la beauté d’un effort pur. Un exploit qui restera sans aucun doute dans les annales de l’histoire de l’alpinisme dans les Dolomites.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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