Ski Indoor en Chine : Révolution Glaciale ou Désastre Écologique ?
Imaginez-vous dévaler des pistes enneigées, télésiège et chalets inclus, alors que dehors, la métropole suffoque sous une chaleur humide. Utopie ? Non, bienvenue dans la nouvelle réalité du ski en Chine, un pays qui érige des montagnes de neige artificielle au cœur de ses villes. Loin de nos stations alpines, l’Empire du Milieu est devenu le leader mondial incontesté du ski indoor, poussant le concept dans une démesure qui frôle l’absurde. Entre ambition nationale et aberration écologique, ce phénomène bouscule les codes des sports d’hiver.
La Chine, nouvel empire de la glisse artificielle
Les chiffres donnent le vertige et confirment une tendance de fond. Pour la saison 2024-2025, le pays compte pas moins de 748 stations de ski, dont 66 sont des centres indoor. Selon les données partagées par Alternative Média, cela représente un total de 26,05 millions de journées-skieurs, une augmentation de près de 13 % en un an.
Ce boom spectaculaire, largement stimulé par l’élan des Jeux Olympiques de Pékin en 2022, a un objectif clair : créer une culture du ski et rendre ce sport accessible aux millions de citadins éloignés des massifs montagneux. Les centres indoor jouent un rôle central dans cette stratégie. Ils captent à eux seuls plus de 21 % de la fréquentation nationale, avec 5,63 millions de visites. La Chine ne se contente pas de construire des pistes couvertes ; elle abrite désormais sept des dix plus grandes surfaces skiables indoor de la planète.
L*SNOW Shanghai : le gigantisme à son paroxysme
L’exemple le plus frappant de cette folie des grandeurs est sans doute le L*SNOW Indoor Skiing Theme Resort, inauguré près de Shanghai en septembre 2024. Ce complexe n’est pas une simple piste de ski, c’est une véritable station de sports d’hiver sous un dôme.
Une station certifiée record
Avec ses 90 000 m² de domaine skiable, le L*SNOW a été officiellement certifié par le Guinness World Records comme la plus grande station de ski intérieure au monde. Pour maintenir une neige parfaite toute l’année, 33 canons à neige tournent en permanence. Le décor est complet : chalets, télésièges, hôtels et même un parc aquatique pour varier les plaisirs. Un projet pharaonique dont le coût avoisine les 2 milliards d’euros.
Comme le souligne un rapport de l’Institut International du Froid, ce type de projet vise à démocratiser le ski en s’affranchissant totalement des contraintes saisonnières et géographiques.
Le ski pour tous, mais à quel prix ?
L’ambition chinoise est de mettre des millions de personnes sur les skis. En offrant une pratique “hors-sol”, elle permet à une nouvelle génération de découvrir les joies de la glisse sans avoir à parcourir des milliers de kilomètres. Mais cette accessibilité a un coût, et il est avant tout environnemental.
Une facture énergétique absurde
Maintenir des températures négatives et produire de la neige artificielle dans des dômes immenses, souvent situés dans des régions aux étés caniculaires, représente un défi énergétique colossal. Les systèmes de réfrigération et les canons à neige sont extrêmement gourmands en électricité. L’ouverture de L*SNOW en pleine vague de chaleur a d’ailleurs été qualifiée d’”absurde” par plusieurs observateurs, comme le rapporte Futura-Sciences, soulignant le paradoxe criant avec les enjeux climatiques actuels.
Conscients de cette problématique, les promoteurs mettent en avant des mesures pour limiter l’impact. Le toit du L*SNOW est par exemple couvert à 75 % de panneaux solaires, et des systèmes de récupération de chaleur sont intégrés. Cependant, ces efforts suffisent-ils à compenser une consommation qui reste massive ? La question se pose, surtout pour la Chine, premier émetteur mondial de gaz à effet de serre, qui s’est engagée à atteindre la neutralité carbone d’ici 2060.
Un modèle aux antipodes des montagnes européennes
Pendant que la Chine investit des milliards dans la neige artificielle, les stations de montagne traditionnelles, notamment en Europe, font face à des défis radicalement différents. Le réchauffement climatique, la gestion de l’eau pour la neige de culture, la pression immobilière et la nécessité de se réinventer pour un tourisme quatre saisons sont au cœur de leurs préoccupations.
La démesure chinoise contraste fortement avec les difficultés de certaines stations de moyenne montagne dans les Alpes, qui luttent pour leur survie. Le modèle du ski indoor se développe aussi en Europe, mais à une échelle bien moindre, avec des acteurs comme SnowWorld qui consolident le marché pour optimiser leurs opérations.
En définitive, le boom du ski indoor en Chine est un phénomène à deux visages. D’un côté, il témoigne d’une volonté impressionnante de développer une culture sportive et de créer une nouvelle économie des loisirs. De l’autre, il incarne une forme de fuite en avant technologique qui semble déconnectée des réalités environnementales. Alors que nos montagnes nous rappellent chaque jour leur fragilité, ce modèle de ski sous cloche interroge : est-ce vraiment l’avenir que nous souhaitons pour la glisse ?
