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Ski de pente raide : L’exploit « pire qu’extrême » d’Akhourfi et Poindefert à l’Obiou

Une ligne d’audace et d’imagination dans le Dévoluy

Dans le monde du ski de pente raide, certaines montagnes sont des mythes, des forteresses minérales qui semblent défier les skieurs les plus audacieux. L’Obiou, sommet emblématique du massif du Dévoluy, en fait partie. Le 19 mars dernier, cette citadelle a pourtant cédé face à la vision et au talent de deux alpinistes d’exception : Morgan Akhourfi et Arthur Poindefert. Ensemble, ils ont réalisé la toute première descente à ski de la face nord-ouest, un itinéraire historique ouvert à la montée en 1927. Un exploit si majeur qu’il les a poussés à inventer une nouvelle cotation : « pire qu’extrême ».

Cette performance redéfinit ce que l’on pensait possible sur des skis et illustre parfaitement comment la créativité reste le moteur de l’alpinisme moderne. Retour sur une journée qui restera gravée dans l’histoire de la montagne.

L’Obiou, un géant qui se mérite

Un massif sauvage et exigeant

Le Dévoluy n’est pas un massif comme les autres. Loin de l’agitation des grandes stations, il offre un terrain de jeu sauvage, calcaire et souvent austère. Ses sommets, comme le Grand Ferrand ou l’Obiou, demandent un engagement total. L’Obiou, avec ses 2 789 mètres, domine le paysage. Sa face nord-ouest est une muraille impressionnante, un enchevêtrement de couloirs et de barres rocheuses qui attire le regard depuis la vallée. Si les alpinistes la parcourent à la montée depuis près d’un siècle, l’idée de la descendre à ski relevait du fantasme. Il fallait non seulement des conditions de neige rarissimes, mais aussi une bonne dose d’imagination pour y tracer une ligne skiable.

Une vision partagée par deux talents complémentaires

Pour transformer ce rêve en réalité, il fallait une cordée parfaitement assortie. D’un côté, Morgan Akhourfi, un nom qui résonne dans le milieu du ski-alpinisme. Skieur puissant et expérimenté, il est connu pour ses réalisations majeures, notamment une trilogie de descentes extrêmes au Mont-Blanc (couloir Saudan, arête de Peuterey, Sentinelle Rouge). Sa maîtrise technique et son sang-froid dans les pentes les plus vertigineuses sont légendaires.

De l’autre, Arthur Poindefert, alpiniste et musicien, membre du prestigieux Groupe Excellence Alpinisme National (GEAN). Arthur incarne une approche poétique et créative de la montagne. Connu pour un projet où il a mêlé escalade et violoncelle sur l’aiguille des Cosmiques, il apporte une vision artistique, une capacité à voir des lignes là où d’autres ne voient que des obstacles. Leur association était une évidence : la puissance et l’expérience de Morgan alliées à la créativité et l’audace d’Arthur.

Le récit d’une journée « extraordinaire »

Le 19 mars, les planètes s’alignent enfin. La météo est stable et, surtout, la neige est présente en quantité et qualité suffisantes pour envisager la descente. Une fenêtre de tir extrêmement courte pour un projet d’une telle envergure. Pour Arthur, c’était une première dans le Dévoluy, une découverte qui s’annonçait mémorable. Sur ses réseaux sociaux, il confiait :

« Je me souviendrai sûrement longtemps de cette première journée dans le Dévoluy, accompagné de Morgan. »

La journée commence par une approche exigeante, suivie d’une longue ascension pour atteindre le sommet de la face. Chaque pas est une confirmation : les conditions sont bonnes, mais la pente est terrifiante de raideur. Une fois au sommet, la concentration est maximale. Il ne s’agit plus seulement de skier, mais de lire le terrain, de naviguer entre les pièges d’une face qui n’a jamais été skiée.

La descente est un exercice de haute voltige. Chaque virage est calculé, chaque mouvement précis. La pente, qui flirte avec les 55 degrés sur de longues sections, ne pardonne aucune erreur. L’exposition est constante. C’est un dialogue permanent entre les deux skieurs, où la confiance mutuelle est la clé de la réussite. Ils progressent lentement, sécurisant les passages les plus délicats, jusqu’à finalement rejoindre le bas de la face, épuisés mais euphoriques.

« Pire qu’extrême » : Faut-il réinventer l’échelle de cotation ?

Quand le système atteint ses limites

En ski de pente raide, la difficulté est évaluée par un système de cotation, allant généralement de 1 à 5, chaque niveau étant subdivisé (par exemple, 5.1, 5.2, etc.). Le niveau 5 correspond au ski dit « extrême ». Mais que faire quand une descente semble dépasser tout ce qui a été fait auparavant ? C’est la question que se sont posée Akhourfi et Poindefert.

Face à la raideur soutenue, à l’exposition permanente et à la complexité de l’itinéraire, ils ont estimé que la cotation 5.5, la plus haute habituellement utilisée, ne suffisait pas à décrire l’engagement requis. Leur proposition, « pire qu’extrême », est plus qu’une boutade. C’est une véritable réflexion sur l’évolution de la discipline. Elle souligne que leur exploit ne se résume pas à une performance technique, mais intègre des dimensions d’imagination et d’audace qui repoussent les frontières du sport.

L’imagination comme moteur de l’alpinisme

Cette première à l’Obiou est une magnifique illustration de la vitalité de l’alpinisme et du ski de montagne. Elle prouve que même sur des sommets parcourus depuis des décennies, il reste des lignes à inventer. L’exploit de Morgan Akhourfi et Arthur Poindefert n’est pas seulement une réussite sportive ; c’est un message inspirant. Il nous rappelle que la montagne est un espace de liberté et de créativité, où les seules limites sont celles de notre imagination. Une performance qui, sans aucun doute, inspirera une nouvelle génération d’alpinistes à rêver et à oser.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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