Ski Alpin : Comment les rivaux de Marco Odermatt tentent de contrer sa domination
Le ski alpin masculin connaît une ère de domination rarement vue. Un nom est sur toutes les lèvres : Marco Odermatt. Le Suisse, par sa polyvalence et sa constance, semble intouchable. Face à ce roi, ses adversaires n’ont d’autre choix que de changer de stratégie. Plutôt que de l’affronter sur tous les fronts, ils choisissent leurs batailles, se spécialisant pour tenter de le faire vaciller, ne serait-ce que sur une course.
Marco Odermatt, le roi incontesté du Cirque Blanc
Pour comprendre la situation actuelle, il faut prendre la mesure de la performance d’Odermatt. Depuis 2021, il règne sans partage sur le classement général de la Coupe du monde.
Une avalanche de chiffres
Les statistiques parlent d’elles-mêmes. Le skieur nidwaldien a remporté les quatre derniers gros globes de cristal, et ce, avec une marge déconcertante sur ses poursuivants. Imaginez des avances de 467, 702, 874 et 605 points. C’est un gouffre. Cette saison 2025-26 ne fait pas exception, puisqu’il caracole déjà en tête avec une avance confortable.
Mais sa domination ne s’arrête pas au classement général. Ces deux dernières années, il a également raflé les petits globes de la descente, du super-G et du géant. Sa polyvalence est son arme maîtresse. Il est capable de gagner dans les disciplines de vitesse comme dans les épreuves techniques. Une performance rare qui décourage la concurrence. Comme le souligne NBC Olympics, Odermatt, c’est “4 globes généraux consécutifs, 46 victoires WC, domination vitesse/technique.”
La polyvalence comme arme absolue
Là où la plupart des skieurs excellent dans une ou deux disciplines, Odermatt brille dans trois. Cette capacité à enchaîner les podiums en descente, super-G et géant lui assure un flux constant de points, le rendant mathématiquement quasi imbattable pour le classement général. Il a ainsi remporté 13 des 15 globes disponibles au cours des quatre dernières années. Une véritable hégémonie.
La stratégie de la riposte : la spécialisation
Face à un tel phénomène, comment lutter ? Ses adversaires ont compris qu’un affrontement direct sur l’ensemble de la saison était voué à l’échec. La seule solution viable est de se concentrer sur des objectifs plus ciblés.
Choisir ses batailles
L’idée est simple : puisqu’il est impossible de battre Odermatt partout, autant essayer de le battre quelque part. De nombreux athlètes délaissent ainsi la course au classement général pour se transformer en spécialistes.
Leur objectif n’est plus le gros globe, mais :
– Des victoires d’étape en Coupe du monde.
– Le petit globe d’une discipline spécifique.
– Des médailles lors des grands rendez-vous (Championnats du Monde, Jeux Olympiques).
Cette approche permet de concentrer l’entraînement, le matériel et la préparation mentale sur un ou deux types d’épreuves, augmentant ainsi les chances de succès ponctuel.
Qui sont ces nouveaux spécialistes ?
Plusieurs profils se dessinent parmi ceux qui tentent de défier le maître suisse sur leurs terrains de prédilection.
La menace suisse : Franjo von Allmen
L’un des rivaux les plus sérieux vient de son propre camp. Le Suisse Franjo von Allmen a fait des disciplines de vitesse son domaine réservé. Il est devenu un concurrent redoutable pour Odermatt en descente et se rapproche dangereusement en super-G.
Leur duel au sommet a atteint son paroxysme lors du super-G de Kitzbuhel, où, comme le montre cette vidéo de la course, “Odermatt gagne super-G devant von Allmen” pour quelques centièmes seulement. Cette rivalité interne pimente la saison et prouve que même le leader n’est pas à l’abri d’une concurrence féroce.
La vague norvégienne et les géantistes
En slalom géant, la résistance s’organise également. Une armada de skieurs talentueux cherche à contester la suprématie d’Odermatt. Le Norvégien-Brésilien Lucas Pinheiro Braathen, actuel dauphin au classement général, mène la charge.
Mais il n’est pas seul. Comme le rapporte le Straits Times, les “rivaux en géant : Braathen, Meillard, Brennsteiner, Radamus, Kristoffersen, McGrath, Haugan” sont nombreux. Cette densité d’experts en géant rend chaque course de la discipline particulièrement disputée et incertaine.
Une machine peut-elle se gripper ? La charge de travail d’Odermatt
Cette polyvalence exceptionnelle a cependant un coût : un calendrier démentiel. En courant sur trois fronts, Odermatt soumet son corps et son esprit à une pression immense.
Depuis le 10 janvier, il a cumulé pas moins de 19 jours de course, en comptant les entraînements officiels. Il est souvent le seul athlète à enchaîner des épreuves techniques et de vitesse à quelques jours d’intervalle, comme lorsqu’il a participé au géant de Schladming quatre jours avant la descente de Crans-Montana.
Cette charge de travail herculéenne est peut-être la seule faille dans l’armure du champion. La fatigue peut s’accumuler, le risque de blessure augmente, et une légère baisse de régime peut suffire à ses rivaux spécialisés pour s’engouffrer dans la brèche.
Conclusion : Un règne solide, mais des batailles passionnantes
En conclusion, si le trône de roi du ski alpin semble solidement occupé par Marco Odermatt pour les années à venir, la stratégie de spécialisation de ses adversaires redessine les contours de la compétition. Le suspense pour le gros globe de cristal est peut-être limité, mais chaque course devient un événement en soi, un duel entre le polyvalent ultime et un expert affûté.
Cette dynamique rend le sport plus passionnant que jamais. Alors que les Jeux Olympiques de Milan-Cortina 2026 se profilent, Odermatt sera le favori dans presque toutes les disciplines. Mais il sait que pour chaque médaille d’or, il devra affronter un spécialiste qui a consacré sa saison à ne penser qu’à ce jour-là. Le roi est puissant, mais la garde des prétendants est plus affûtée que jamais.
