Une page se tourne pour le roi du slalom géant
Ce dimanche 21 décembre 2025, le monde du ski alpin a retenu son souffle. Sur la piste mythique de la Gran Risa à Alta Badia, un événement que l’on pensait presque impossible s’est produit. Marco Odermatt, le maître incontesté du slalom géant, n’est pas monté sur le podium. Une sixième place qui, pour tout autre athlète, serait un excellent résultat, mais qui pour lui, marque la fin d’une série tout simplement phénoménale.
Depuis mars 2021, le champion suisse était une machine à podiums. Course après course, il défiait la concurrence et la logique avec une régularité déconcertante. Mais toutes les belles choses ont une fin. Plutôt que de sombrer dans la déception, la réaction du principal intéressé a surpris et forcé l’admiration. Elle révèle la mentalité d’un champion hors norme, dont la force ne réside pas seulement dans ses jambes, mais aussi dans sa tête.
“C’est complètement fou” : la fierté plus forte que la déception
Loin de montrer de la frustration, Marco Odermatt a accueilli ce résultat avec une perspective étonnante. Quelques heures après la course, il s’est exprimé sur les réseaux sociaux avec des mots qui en disent long sur son état d’esprit.
“1731 jours depuis la dernière fois que j’ai terminé un slalom géant de Coupe du monde sans monter sur le podium? C’est complètement fou et ça me rend plus fier que déçu”, a-t-il partagé sur son compte Instagram.
Cette déclaration met en lumière l’exploit monumental que représente une telle série. Tenir à ce niveau de performance pendant près de cinq ans est un exploit qui semblait presque irréel. Pour Odermatt, la fin de cette série n’est pas un échec, mais plutôt la confirmation de l’excellence de son parcours. Il préfère célébrer la longévité de son succès plutôt que de regretter une seule course.
Une analyse lucide de sa course
Dans son interview juste après l’épreuve, le skieur nidwaldien a fait preuve de la même lucidité. Classé 11ème après une première manche compliquée, il a su réagir pour remonter à la sixième place.
“J’ai montré une bonne réaction après la première manche, j’ai adapté le matériel comme il fallait. Malheureusement, j’ai commis une erreur sur l’avant-dernière vague, sinon la lutte pour le podium aurait été à nouveau serrée”, a-t-il analysé pour la SRF.
Cette capacité à décortiquer sa performance, à reconnaître ses erreurs sans se chercher d’excuses, est la marque des plus grands. Il sait exactement où les centièmes de seconde lui ont échappé, transformant une potentielle frustration en une leçon pour l’avenir.
Les raisons d’une “contre-performance” attendue
Si la sixième place d’Odermatt a fait les gros titres, elle n’est pas le fruit du hasard. Plusieurs facteurs expliquent pourquoi même le plus grand champion peut parfois laisser entrevoir une faille.
Un marathon de courses éreintant
Le slalom géant d’Alta Badia était la quatrième course en quatre jours pour le Suisse. Un véritable marathon. Avant de s’attaquer aux virages serrés de la Gran Risa, il a enchaîné trois épreuves de vitesse à Val Gardena. Un programme dantesque qui a porté ses fruits, avec une victoire et deux deuxièmes places.
Cependant, cet enchaînement a inévitablement laissé des traces. La fatigue physique et, surtout, mentale s’est accumulée. Alors que ses rivaux spécialistes du géant préparaient spécifiquement ce rendez-vous, Odermatt est arrivé au dernier moment, avec des batteries déjà bien entamées.
“L’envie absolue de gagner la course a un peu manqué”, a-t-il humblement reconnu, comme le rapporte Eurosport. Après une semaine aussi réussie, un léger relâchement mental est tout à fait humain.
Des défis techniques et matériels
Au-delà de la fatigue, des éléments purement techniques ont joué un rôle. Selon une analyse du journal Blick, plusieurs facteurs expliquent ce résultat :
- Un mauvais choix de matériel : Le matin, l’équipe a opté pour un réglage trop agressif, anticipant des conditions de neige différentes.
- Un tracé défavorable : Le dessin du parcours, très tournant, avantageait les purs techniciens et contrastait fortement avec les lignes droites des épreuves de vitesse des jours précédents.
- Une erreur cruciale : Une petite faute dans le dernier secteur de la seconde manche lui a coûté le temps nécessaire pour accrocher le podium.
Un champion reste un champion
La fin de cette série historique ne remet absolument rien en question. Marco Odermatt reste le leader incontesté du ski mondial et un athlète à la mentalité exemplaire. Sa réaction, pleine de fierté et de philosophie, est peut-être sa plus belle victoire du week-end.
Il a prouvé qu’il préférait assurer une solide sixième place plutôt que de tout risquer pour un podium, une maturité qui lui servira dans la course au classement général. Si l’Autrichien Stefan Brennsteiner prend temporairement la tête du classement du slalom géant, la bataille ne fait que commencer.
Cette course à Alta Badia restera dans les annales non pas comme la défaite d’Odermatt, mais comme le jour où sa série inhumaine a pris fin, le rendant, peut-être, un peu plus humain aux yeux du public. Et c’est sans doute ce qui le rend encore plus grand.
