Quand une émission culte comme Saturday Night Live (SNL) s’empare d’une légende de l’escalade, le résultat est forcément un moment de télévision mémorable. Mais entre la parodie et la réalité, où se situe la vérité ? Le 18 janvier, SNL a diffusé un sketch humoristique sur Alex Honnold, quelques jours avant son ascension en direct du gratte-ciel Taipei 101. Si la satire a visé juste sur certains points, elle a aussi complètement manqué sa cible sur d’autres aspects cruciaux.
Pour les passionnés d’escalade comme pour les néophytes, décortiquons ce que cette parodie a bien compris, et ce qu’elle a totalement déformé.
Ce que le sketch SNL a parfaitement saisi
Il faut rendre à César ce qui est à César. L’équipe de SNL a montré une attention surprenante à certains détails techniques propres à l’escalade, ce qui a certainement fait sourire les connaisseurs.
Les détails qui ne trompent pas : gants et magnésie
Deux éléments ont particulièrement retenu l’attention. D’abord, la représentation des « tape gloves » (des gants faits de ruban adhésif) était remarquablement précise. Ces protections, que les grimpeurs confectionnent pour protéger leurs mains dans les fissures larges, étaient parfaitement imitées.
Ensuite, le fameux « nuage de magnésie ». Ce geste iconique, où le grimpeur frappe ses mains l’une contre l’autre pour enlever l’excédent de poudre et se préparer mentalement, a été parfaitement reproduit. C’est un cliché, certes, mais un cliché réaliste de la culture de l’escalade.
Les grosses erreurs de la parodie
Malheureusement, au-delà de ces quelques détails techniques, le sketch a pris de grandes libertés avec la réalité, brossant un portrait souvent faux d’Alex Honnold, de son entourage et de son exploit.
Un portrait caricatural d’Alex Honnold
Le plus grand échec du sketch réside dans son interprétation d’Alex Honnold lui-même. L’acteur Mikey Day le dépeint comme un personnage détaché, presque endormi, à la voix monotone. Cette image correspond peut-être au stéréotype du grimpeur hippie et nonchalant, mais elle est à l’opposé du véritable Honnold.
En réalité, que ce soit dans ses podcasts ou lors d’interviews, Alex Honnold est connu pour être un interlocuteur animé, passionné et très réfléchi. Sa capacité à analyser les risques avec une précision chirurgicale et à parler de sa passion avec intelligence est l’une de ses marques de fabrique. Le sketch est passé à côté de la véritable personnalité de « No Big Deal », un homme bien plus complexe et intéressant que la caricature présentée.
Un événement « unique » ? L’histoire dit le contraire
Le sketch présente l’ascension du Taipei 101 comme un « événement unique en son genre ». C’est historiquement faux. L’escalade de gratte-ciel en solo intégral a une longue histoire télévisée. Comme le rappelle une analyse détaillée du site Climbing.com, des grimpeurs comme George Willig ou Henry Barber réalisaient déjà de telles prouesses devant les caméras dans les années 1970.
Plus ironique encore, le grimpeur français Alain Robert, surnommé « l’homme-araignée », a lui-même déjà escaladé le Taipei 101 il y a plus de vingt ans. L’événement de Honnold était spécial par sa diffusion en direct sur une plateforme comme Netflix, mais loin d’être une première dans l’absolu.
Le « rêve d’une vie » : une motivation inventée
Une autre affirmation erronée du sketch est que cette ascension serait « le rêve de toute une vie » pour Honnold. Pour un athlète qui a gravi El Capitan en solo intégral (un exploit documenté dans le film oscarisé Free Solo), escalader un gratte-ciel est plus une opportunité amusante qu’un objectif ultime.
Les motivations réelles de Honnold étaient bien plus pragmatiques :
- La légalité : Grimper des bâtiments est généralement illégal. Avoir une autorisation officielle et une production Netflix derrière soi est une occasion rare.
- Le plaisir : Il s’agissait d’un défi différent et ludique.
- La rémunération : Il ne fait aucun doute que l’événement était également une opération lucrative pour le grimpeur professionnel.
La représentation réductrice de Sanni McCandless
Peut-être l’une des erreurs les plus regrettables du sketch est la manière dont il dépeint Sanni McCandless, l’épouse d’Alex Honnold. Réduite à un rôle anonyme de « femme de », elle est présentée comme peu éloquente et passive.
C’est une vision totalement faussée. Sanni McCandless est elle-même une grimpeuse accomplie et une entrepreneure à la tête d’Outwild, une organisation qui propose des événements pour reconnecter les gens à la nature. La réduire à un simple personnage de soutien est une injustice qui reflète malheureusement des préjugés encore présents dans le milieu sportif.
Conclusion : entre rire et désinformation
Le sketch de Saturday Night Live sur Alex Honnold a réussi son pari principal : faire rire un large public en utilisant les codes de l’escalade. Il a permis de placer ce sport sous les feux des projecteurs, ce qui est en soi une bonne chose. Vous pouvez visionner le sketch complet sur la chaîne YouTube de SNL pour vous faire votre propre idée.
Cependant, en sacrifiant la vérité pour l’humour, la parodie a renforcé des stéréotypes et manqué l’occasion de montrer la richesse et la complexité des personnalités qui, comme Alex Honnold et Sanni McCandless, font vivre ce sport. Au final, le sketch nous rappelle que si la caricature peut être drôle, elle ne remplacera jamais la profondeur de la réalité. Pour en savoir plus sur la carrière de l’athlète, sa biographie Wikipédia offre un bon point de départ.
