Un exploit symbolique pour Simon Lorenzi
Le calendrier a parfois des clins d’œil savoureux. Le 27 décembre 2023, Simon Lorenzi entrait dans la légende en devenant le premier répétiteur de « Burden of Dreams », le tout premier 9A bloc de l’histoire. Deux ans plus tard, jour pour jour, le 27 décembre 2025, le grimpeur belge de 28 ans a remis le couvert. Cette fois, c’est sur les rochers de grès rouge de Red Rocks, aux États-Unis, qu’il a écrit une nouvelle page de sa carrière en venant à bout de « Shaolin », un autre monstre coté 9A (V17).
Avec cette ascension, Simon Lorenzi ne s’est pas contenté d’ajouter une ligne d’exception à son tableau de chasse. Il a surtout rejoint le Britannique Will Bosi au sommet d’un panthéon très exclusif : celui des grimpeurs ayant réalisé le plus de blocs dans le neuvième degré. Ils sont désormais les deux seuls au monde à en compter cinq.
Red Rocks : Un objectif nommé Shaolin
L’histoire entre Simon et « Shaolin » n’a pas commencé cette année. Ouvert par l’Américain Sean Bailey en novembre 2024, ce bloc était resté dans un coin de la tête du Belge après un premier voyage. Déterminé, il est revenu à Red Rocks mi-novembre, cette fois avec un objectif clair et une préparation spécifique. Accompagné de ses amis et partenaires de grimpe, les talentueux Mejdi Schalck et Jules Marchaland, il a pu compter sur une ambiance positive et une émulation de tous les instants.
« Shaolin était mon objectif principal du voyage », a-t-il confié. « J’avais déjà un peu essayé l’an dernier et je me suis entraîné spécifiquement pour être prêt et en forme cette année. » Il devient ainsi le quatrième grimpeur à réaliser cette ligne, après Sean Bailey, Noah Wheeler et Zach Galla.
Décryptage d’un monstre de grès
Qu’est-ce qu’un bloc 9A ?
Pour le grand public, la cotation « 9A » peut sembler abstraite. Il s’agit tout simplement du niveau de difficulté maximal actuellement réalisé en escalade de bloc. C’est une combinaison extrême de force pure, de puissance, de technique et de résilience mentale. Chaque mouvement est un défi en soi, et enchaîner la séquence complète relève de l’exploit. Seule une vingtaine de grimpeurs dans le monde ont réussi au moins un bloc de ce niveau.
La séquence de « Shaolin »
« Shaolin » est un véritable test de force. Le bloc se décompose en plusieurs parties clés :
- Un départ extrêmement physique, estimé à lui seul autour de 8B, une cotation déjà très élevée.
- Un mouvement crucial (le « crux »), où le grimpeur doit se lancer de manière dynamique pour atteindre une toute petite prise pour la main gauche (un « crimpe »).
- Une section finale très exigeante qui demande de conserver sa lucidité et son énergie jusqu’au tout dernier mouvement.
La force tranquille : une ascension tout en maîtrise
Contrairement à de nombreux projets de haut niveau qui s’apparentent à de longues batailles psychologiques, Simon Lorenzi décrit une progression étonnamment sereine sur « Shaolin ». Loin de la frustration et du doute, il a su construire sa réussite séance après séance, avec patience et méthode.
« Tout s’est déroulé de manière super fluide », explique-t-il. « C’est la première fois qu’un 9A fonctionne comme ça pour moi : à chaque séance, je progressais, sans me presser, en restant patient jusqu’à ce que tout s’aligne. » Cette approche témoigne d’une maturité et d’une confiance en soi exceptionnelles, des qualités indispensables pour performer à ce niveau.
Dans le cercle très fermé des collectionneurs de 9A
À 28 ans, Simon Lorenzi s’installe définitivement comme l’un des meilleurs bloqueurs de la planète. Sa liste de réalisations en 9A est un véritable tour du monde de l’escalade extrême et témoigne de sa polyvalence. Comme le rapporte Gripped Magazine, il s’agit bien de son cinquième V17 (la notation américaine pour le 9A).
Le palmarès 9A de Simon Lorenzi :
- 2021 – « Soudain Seul » (Fontainebleau, France) – Première ascension
- 2022 – « Burden of Dreams » (Lappnor, Finlande)
- 2023 – « Alphane » (Chironico, Suisse)
- 2024 – « Return of the Sleepwalker » (Red Rocks, USA)
- 2025 – « Shaolin » (Red Rocks, USA)
Il partage désormais le record avec Will Bosi, dont la liste inclut également « Alphane » et « Burden of Dreams ». Cette saine compétition entre les athlètes de pointe continue de pousser le sport vers de nouveaux sommets. La prochaine étape ? Peut-être le 9A+, un grade atteint une seule fois avec « Exodia », ouvert par Elias Iagnemma après 211 jours de travail acharné.
Avec cette nouvelle performance historique, confirmée par des médias de référence comme Planet Mountain, Simon Lorenzi ne se contente pas de collectionner les croix. Il inspire toute une génération de grimpeurs et prouve que les limites sont faites pour être repoussées. La question n’est plus de savoir s’il est l’un des meilleurs, mais jusqu’où il pourra encore grimper.
