Sécurité en Escalade : 3 Leçons Cruciales Apprises Après l’Évanouissement d’un Client
“Je vais m’évanouir !” haleta mon client, que nous appellerons “Chad”. Avant même que je puisse réagir, ses yeux se sont révulsés. Il a ensuite vomi violemment avant de s’effondrer sur le relais, complètement inconscient. Mon cœur s’est mis à battre la chamade. Cette journée, qui avait commencé comme tant d’autres, venait de basculer dans l’urgence.
Cette expérience intense m’a profondément marqué en tant que jeune guide. Elle m’a forcé à réévaluer mon approche de la sécurité, de la préparation et de la gestion du risque en montagne. Au-delà de la technique, j’en ai tiré trois leçons fondamentales, trois règles non négociables qui s’appliquent autant aux professionnels qu’aux grimpeurs amateurs passionnés.
Récit d’un Incident Marquant en Falaise
Chad avait fourni un effort considérable dans la longueur précédente, grimpant en plein soleil. Pourtant, la chaleur ne semblait pas assez accablante pour provoquer un tel malaise. Après quelques secondes qui ont paru une éternité, il a commencé à reprendre conscience, marmonnant des paroles confuses.
J’ai pris une grande inspiration pour calmer le flot d’adrénaline. C’était exactement le genre de situation pour laquelle je m’étais entraîné. Grâce à des années de formation et aux conseils de mentors expérimentés, j’avais les compétences pour gérer la situation. Il fallait juste que je reste calme et que je prenne les bonnes décisions, une par une.
D’abord, j’ai sécurisé le système d’assurage. Ensuite, j’ai fait descendre mon second client, qui était encore en pleine ascension, jusqu’au sol. Enfin, j’ai organisé un rappel en tandem avec Chad, désormais conscient mais encore très faible, pour nous ramener tous les deux en sécurité.
Le verdict à l’hôpital fut sans appel : déshydratation sévère. Chad a eu besoin de deux litres de solution saline en intraveineuse pour se remettre. La cause ? Un cocktail dangereux : une longue sortie à vélo la veille, une soirée festive bien arrosée, et une session d’escalade le lendemain sans une hydratation adéquate.
Cet événement, bien que simple à gérer d’un point de vue technique de sauvetage, a été un puissant catalyseur de réflexion. Voici les trois règles d’or que j’en ai tirées.
Les 3 Règles d’Or que Chaque Grimpeur Devrait Adopter
Règle n°1 : Le stress paralyse, la maîtrise doit être un réflexe
Personne n’est au sommet de ses capacités dans une situation de stress intense. Au mieux, notre performance atteint le niveau de notre entraînement. Face à l’imprévu, nos gestes deviennent moins précis, notre jugement s’altère. C’est pourquoi nos compétences doivent devenir une seconde nature.
Il ne suffit pas d’apprendre une technique une seule fois. Il faut la répéter encore et encore, jusqu’à ce qu’elle devienne automatique. L’objectif est de pouvoir l’exécuter sans réfléchir, même lorsque la pression est à son comble. C’est cette maîtrise instinctive des transitions de cordes qui m’a permis de ramener mes deux clients au sol en moins de dix minutes.
Votre entraînement doit toujours aller au-delà des exigences de la situation que vous anticipez.
Règle n°2 : La base avant tout : la puissance des fondamentaux
Les techniques avancées et les “astuces” spectaculaires sont séduisantes, mais elles ne sont que la cerise sur le gâteau. La véritable expertise réside dans la capacité à appliquer des concepts simples de manière avancée et nuancée.
Un grimpeur solide est avant tout quelqu’un qui a une parfaite maîtrise des fondamentaux.
- Savoir faire des nœuds essentiels (huit, cabestan, munter) les yeux fermés.
- Maîtriser les différents types de relais et d’assurage.
- Comprendre les transferts de poids sur une corde.
Ces compétences de base sont le socle sur lequel tout le reste est construit. Sans elles, toute votre pratique devient instable et peu fiable. Avant de vouloir apprendre des techniques de secours complexes, assurez-vous que vos fondamentaux sont absolument irréprochables.
Règle n°3 : L’erreur est humaine, la parade est systémique
Peu importe notre niveau d’expérience, nous sommes tous humains. Et les humains font des erreurs. La fatigue, la complaisance, les distractions ou l’excès de confiance peuvent tous nous conduire à la faute, même dans des situations routinières.
L’expérience ne nous empêche pas de faire des erreurs ; elle change simplement la nature des erreurs que nous sommes susceptibles de commettre. Puisque l’erreur est inévitable, notre objectif ne doit pas être la perfection, mais la mise en place de systèmes pour anticiper et rattraper ces erreurs.
- Le “partner check” : La vérification mutuelle de l’équipement (nœud, baudrier, système d’assurage) avant chaque départ est non négociable.
- La communication standardisée : Utiliser des termes clairs et convenus avec son partenaire pour éviter toute confusion.
- Fermer le système : Toujours faire un nœud en bout de corde pour éviter une descente accidentelle.
Ces habitudes simples sont des filets de sécurité qui peuvent transformer une erreur potentiellement catastrophique en un simple contretemps. Le but est la résilience : accepter que des erreurs se produiront et s’y préparer.
Au-delà des Règles : L’Hydratation, Pilier de la Sécurité
L’incident avec Chad a mis en lumière un point souvent sous-estimé : l’importance cruciale de l’hydratation. Une perte de seulement 2% du poids corporel en eau peut entraîner une baisse de performance de 20%. Cela se traduit par des crampes, une baisse de la vigilance et un risque de surchauffe.
En escalade, où la concentration et la force sont primordiales, la déshydratation est un ennemi silencieux mais redoutable. Comme le souligne une publication de Outwild.fr, une hydratation proactive est essentielle. Il ne faut pas attendre d’avoir soif pour boire.
Pour une gestion optimale, le site Grimper.com recommande de boire régulièrement, environ 200 ml toutes les 20 minutes. Lors d’efforts longs ou par forte chaleur, il peut être judicieux d’opter pour des boissons électrolytiques pour compenser les pertes en sels minéraux.
Conclusion : Vers une Pratique Durable de l’Escalade
Cette expérience a été un rappel brutal mais nécessaire. Elle a renforcé ma conviction que la sécurité en escalade ne repose pas sur des exploits héroïques, mais sur une discipline rigoureuse, des fondamentaux solides et des habitudes intelligentes.
En intégrant ces trois règles et en accordant une attention particulière à des facteurs comme l’hydratation, chaque grimpeur peut augmenter considérablement sa marge de sécurité. L’objectif est de construire une pratique durable qui nous permettra de profiter de ce sport que nous aimons pendant de très nombreuses années, en toute sérénité.
