Un Hiver Noir qui Doit Nous Interpeller
Ce vendredi 20 février 2026, le manteau neigeux est particulièrement instable. Le risque d’avalanche atteint le niveau 5, son maximum, sur une grande partie des Alpes. Le bilan est déjà lourd : 28 personnes ont perdu la vie cette saison. Et l’hiver est loin d’être terminé. Face à ce décompte macabre, une question s’impose : est-ce une fatalité ? Pas si l’on en croit les chiffres. Des études montrent que 90 % des avalanches impliquant des skieurs ou randonneurs sont déclenchées par la victime elle-même ou son groupe. Cette statistique change tout. Elle déplace le problème du hasard vers la responsabilité, et la solution de l’équipement vers l’éducation. Le freerider de légende Dominique Perret lance un cri d’alarme : il est temps de changer radicalement notre approche du risque.
Le Vrai Problème : Notre Culture de la Sécurité
Au-delà des « Soyez Prudents »
Après chaque drame, les mêmes messages fleurissent sur les réseaux sociaux : « Soyez prudents ». Une formule bienveillante, mais terriblement creuse. Comme le souligne Dominique Perret, « sans éducation derrière, ‘soyez prudents’ ne veut rien dire. C’est une formule confortable pour celui qui la prononce, pas un outil pour celui qui écoute. » La prudence ne s’invoque pas, elle s’apprend. Elle se construit sur des connaissances solides du terrain, de la nivologie et, surtout, des facteurs humains.
L’Illusion du Matériel de Secours
L’autre réflexe est de vanter les mérites de l’équipement. Bien sûr, le triptyque DVA, pelle, sonde est indispensable pour quiconque s’aventure hors des pistes balisées. L’airbag peut augmenter les chances de survie. Mais l’industrie a semé la confusion en présentant ces outils comme du matériel de sécurité. Or, il s’agit de matériel de secours.
« On ne sort ce matos que quand ça a déjà mal tourné. La différence est gigantesque. La prévention, ce n’est pas sortir une pelle plus légère, c’est faire en sorte de ne pas se retrouver enseveli ! » – Dominique Perret
La véritable prévention avalanche ne consiste pas à s’équiper pour survivre à un accident, mais à prendre les bonnes décisions pour ne jamais en être victime.
La Formation : Le Seul Levier Efficace Contre les Avalanches
90% des Accidents Sont Liés à Nos Décisions
Si nous sommes le déclencheur dans 9 cas sur 10, cela signifie que nous avons un pouvoir immense pour éviter le drame. Ce chiffre n’est pas une accusation, mais une source d’espoir. Il prouve que la formation à la sécurité avalanche est le levier le plus puissant à notre disposition. Il ne s’agit pas de suivre un tutoriel de 45 minutes sur l’utilisation d’un DVA. Il s’agit d’investir dans une éducation profonde et structurée, qui aborde la gestion du risque dans sa globalité.
Qu’est-ce qu’une Vraie Formation ?
Les formations sérieuses, comme les cursus de l’ANENA ou les stages spécialisés, offrent un cadre pour apprendre à :
- Lire un bulletin de risque d’avalanche (BERA).
- Analyser le manteau neigeux et identifier les couches fragiles.
- Choisir un itinéraire sûr en fonction du terrain.
- Comprendre les facteurs humains : l’effet de groupe, l’excès de confiance, la fatigue.
- Maîtriser les techniques de secours pour être efficace si le pire arrive.
Il est temps que les passionnés, les fédérations et l’industrie collaborent pour faire de cette éducation la base de notre pratique, et non une simple option.
Les 3 Piliers d’une Pratique Responsable selon Dominique Perret
Fort de ses trente ans d’expérience, Dominique Perret propose trois principes fondamentaux pour naviguer le risque en montagne.
1. L’Humilité et la Curiosité comme Boussole
Les habitudes sont des pièges. Ce n’est pas parce qu’une pente « passe toujours » qu’elle passera aujourd’hui. La montagne change constamment. Il faut savoir questionner ses automatismes, rester humble face à l’immensité des lieux et écouter les signaux faibles, qu’ils viennent du terrain ou du groupe. Une personne qui exprime un doute ou sa fatigue est une alliée précieuse, pas un frein.
2. Accepter que la Montagne Décide
Le sommet que vous visiez hier n’est plus le même aujourd’hui après une chute de neige et un coup de vent. Accepter cette instabilité est la clé. Cela signifie être prêt à revoir ses objectifs, à changer de plan, voire à renoncer. Le véritable succès d’une sortie n’est pas d’atteindre le sommet à tout prix, mais de rentrer chez soi.
3. Le Pouvoir de Dire « Non »
La meilleure façon de prendre une décision lucide est de la préparer à froid. Avant même de chausser les skis, définissez vos critères d’annulation. Par exemple : « Si le risque passe à 4 » ou « Si le vent forme des plaques visibles », nous renonçons à cette face. Ces règles, basées sur des facteurs rationnels, permettent de court-circuiter l’ego, la pression du groupe et l’envie irrépressible d’y aller. Dire « stop » n’est plus un échec, mais l’application logique d’un plan de sécurité intelligent.
Conclusion : Agir Maintenant, Pas Après le Prochain Drame
Le lourd bilan de cet hiver 2026 ne doit pas être une fatalité de plus. Il doit être l’électrochoc qui nous pousse à changer. La sécurité en montagne ne s’achète pas avec le dernier airbag à la mode. Elle se construit par la connaissance, le partage et l’humilité. Investir dans sa formation, c’est investir dans sa propre vie et celle de ses compagnons de cordée. Pour que la montagne reste un espace de liberté et de joie, nous devons devenir les premiers acteurs de notre sécurité. Le moment d’agir, c’est maintenant.
Parce qu’en montagne, se former, c’est la base : bénéficiez de 20 % de réduction sur les formations en ligne WEMountain avec le code SAFEWITHOUTSIDE.
