Un véritable séisme secoue le monde de la montagne. Le principe quasi-sacré de la gratuité des secours, en place depuis près de 300 ans, pourrait bientôt n’être qu’un lointain souvenir. Un rapport choc de la Cour des comptes, publié le 11 février 2026, met les pieds dans le plat et propose une solution radicale pour faire face à l’explosion des coûts : rendre les interventions payantes. Pour les passionnés de sports outdoor, des randonneurs aux alpinistes, cette annonce change radicalement la donne.
Une facture qui ne cesse de grimper
Le constat de la Cour des comptes est sans appel. Dans son rapport présenté au Sénat, elle révèle que le coût des secours en montagne a atteint 107 millions d’euros en 2024. C’est une augmentation spectaculaire de 54,5 % depuis 2012.
Pour être plus concret, chaque intervention coûte en moyenne 10 780 euros au contribuable. Une somme colossale qui s’explique par deux facteurs principaux :
- Une fréquentation en hausse constante : Les massifs attirent de plus en plus de monde, des néophytes aux experts, été comme hiver.
- L’essor des pratiques sportives : Trail, VTT, ski de randonnée, escalade… La diversification des sports outdoor multiplie les risques d’accidents.
Face à cette inflation, les magistrats financiers estiment que le modèle actuel n’est plus tenable. Il faut trouver de nouvelles solutions pour assurer la pérennité financière du système.
La fin d’un tabou : vers une facturation des secours
C’est la proposition la plus explosive du rapport. La Cour des comptes brise un tabou, comme le titre Alpine Mag, en préconisant une facturation partielle ou totale des secours d’ici 2028. L’idée n’est pas entièrement nouvelle, puisque les secours sont déjà payants sur les domaines skiables depuis 1985. Mais l’étendre à l’ensemble du territoire montagnard serait une véritable révolution.
Cette mesure, détaillée par Le Dauphiné Libéré, vise à responsabiliser les pratiquants. L’objectif serait de faire participer financièrement les personnes secourues, notamment en cas de négligence ou d’imprudence manifeste. La question qui se pose est immense : un randonneur égaré par le brouillard devra-t-il payer son hélitreuillage ? Un alpiniste en difficulté devra-t-il sortir sa carte de crédit ? Le débat est ouvert et promet d’être houleux.
Qui pour secourir (et facturer) ?
Au-delà de l’aspect financier, le rapport suggère une profonde réorganisation des acteurs du secours. Actuellement, plusieurs corps interviennent : le Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne (PGHM), les CRS Montagne et les Services Départementaux d’Incendie et de Secours (SDIS).
Pour plus d’efficacité, la Cour propose de rationaliser le dispositif. Comme l’explique La Gazette des Communes, l’idée serait de confier les opérations exclusivement aux forces spécialisées de l’État (PGHM et CRS), écartant ainsi les pompiers de ce champ d’action spécifique. L’objectif est de clarifier les rôles et d’optimiser la coordination, un point crucial lorsque chaque minute compte.
La prévention : votre meilleure assurance
Le rapport insiste sur un point fondamental : la meilleure intervention est celle qui n’a pas lieu. Le renforcement de la prévention est donc une priorité absolue. Pour les pratiquants de sports de montagne, cette nouvelle donne doit inciter à encore plus de rigueur et de préparation. La performance en montagne, c’est aussi savoir ne pas se mettre en danger.
Alors, comment minimiser les risques et éviter de devoir, peut-être un jour, payer une lourde facture ?
Conseils pratiques pour une montagne plus sûre
- Préparez votre sortie : Ne partez jamais sur un coup de tête. Étudiez l’itinéraire, évaluez sa difficulté et sa durée. Consultez plusieurs sources fiables.
- Consultez la météo : La météo en montagne change à une vitesse fulgurante. Regardez les bulletins spécialisés juste avant de partir et sachez renoncer si les conditions sont mauvaises.
- Équipez-vous correctement : Chaussures adaptées, vêtements chauds et imperméables, carte, boussole ou GPS, téléphone chargé, trousse de premiers secours, couverture de survie… Votre matériel est votre première ligne de défense.
- Ne partez jamais seul : Ou, si vous le faites, prévenez toujours un proche de votre itinéraire précis et de l’heure estimée de votre retour.
- Connaissez vos limites : La fatigue est souvent la cause principale des accidents. Soyez honnête avec votre condition physique et ne visez pas des objectifs trop ambitieux.
- Pensez à l’assurance : Vérifiez les garanties de vos assurances (habitation, carte bancaire…). Des assurances complémentaires spécifiques aux sports de montagne existent et pourraient devenir indispensables.
Un débat national est lancé
La publication de ce rapport n’est qu’une première étape. Comme le rapporte le Sénat, une table ronde avec des experts a déjà eu lieu pour discuter de ces recommandations. Le chemin législatif sera long et complexe.
Une question demeure : la fin de la gratuité ne risque-t-elle pas de dissuader certaines personnes en difficulté de donner l’alerte, de peur de la facture ? C’est le principal risque pointé par les détracteurs de cette mesure. L’équilibre entre la responsabilité individuelle et le principe de solidarité sera au cœur des discussions.
Pour tous les amoureux de la montagne, une chose est sûre : une page est en train de se tourner. Le rapport de la Cour des comptes nous oblige à repenser notre rapport à la montagne, au risque et à la sécurité. Le débat ne fait que commencer.
