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Secours en Montagne : Le Vrai Coût de 10 780 € par Intervention et la Fin Annoncée de la Gratuité

10 780 € par intervention : le vrai coût des secours en montagne

Imaginez : une cheville tordue en trail, une météo qui tourne en alpinisme, une erreur d’itinéraire en ski de randonnée… L’appel au secours est un réflexe vital, un filet de sécurité essentiel pour tous les passionnés de montagne. Mais avez-vous une idée de son coût réel pour la collectivité ? Un chiffre vient de tomber, et il fait l’effet d’une bombe : 10 780 €. C’est le coût moyen d’une seule intervention de secours en montagne en 2024. Ce montant, révélé par un rapport de la Cour des comptes, ne se contente pas de nous interpeller ; il remet en question un principe que l’on pensait acquis : la gratuité des secours. Alors, que cache ce chiffre vertigineux et devons-nous nous préparer à payer pour notre sécurité en montagne ?

Un coût qui flambe : les chiffres chocs du rapport

Le document de 158 pages, présenté au Sénat le 11 février 2026, est sans appel. Le dispositif global de secours en montagne a coûté entre 107 et 110 millions d’euros en 2024. Rapporté au nombre d’opérations, on arrive à ce fameux coût moyen de 10 780 € par sortie. Plus inquiétant encore, ce chiffre est en forte hausse. En 2012, lors du précédent rapport, une intervention coûtait en moyenne 8 600 €. En douze ans, les dépenses ont donc bondi de 54,5 %, une augmentation bien supérieure à l’inflation, alors même que le nombre d’interventions a quasiment doublé sur la même période.

Les raisons d’une telle envolée

Comment expliquer cette explosion des coûts ? Plusieurs facteurs se combinent pour alourdir la facture.

La démocratisation des sports outdoor

Ce n’est un secret pour personne : la montagne attire de plus en plus de monde. Le trail, le ski de randonnée, l’escalade ou encore l’alpinisme connaissent un succès grandissant. Cette fréquentation accrue entraîne mathématiquement une augmentation du nombre d’accidents et donc d’interventions. Des pratiquants parfois moins expérimentés ou moins bien préparés peuvent se retrouver plus facilement en difficulté, nécessitant l’aide des secours.

Le poids des moyens aériens

Le principal poste de dépense reste les moyens aériens. L’hélicoptère est l’outil indispensable du secours en montagne, permettant une intervention rapide et efficace dans des zones difficiles d’accès. Mais son coût est exorbitant. Selon la Cour des comptes, les moyens aériens représentent 43 % du coût total du dispositif. Pour la seule Gendarmerie Nationale, les heures de vol ont été facturées 23,72 millions d’euros en 2024, comme le précise le rapport détaillé.

La gratuité : une exception française menacée ?

En France, le principe de solidarité nationale prévaut : les secours sont gratuits pour la victime, sauf en cas d’imprudence caractérisée ou sur les domaines skiables payants. Mais cette exception française pourrait bien toucher à sa fin. La Cour des comptes juge le système actuel « plus efficace qu’efficient ». Autrement dit, il sauve des vies, mais à un coût jugé trop élevé.

Comment ça se passe chez nos voisins ?

La France fait figure d’exception en Europe. En Italie, en Suisse, en Autriche ou en Allemagne, la facturation des secours est la norme. Le coût peut rapidement atteindre plusieurs milliers d’euros, d’où l’importance pour les pratiquants de ces pays d’avoir une assurance spécifique.

Vers une facturation partielle ou totale ?

Face à ce constat, les magistrats financiers préconisent une « transformation profonde du dispositif » et envisagent clairement une facturation partielle ou totale des interventions. L’objectif serait double : maîtriser les dépenses et responsabiliser les pratiquants.

Quel avenir pour les pratiquants ? Prévention et assurance

Cette perspective soulève de nombreuses questions pour notre communauté de passionnés. Si nous devions payer pour être secourus, quelles en seraient les conséquences ?

L’assurance, un réflexe à adopter

La première conséquence serait de rendre l’assurance recherche et secours quasi obligatoire. Beaucoup de pratiquants sont déjà couverts, parfois sans le savoir, via leur licence (Club Alpin Français, FFME) ou des assurances spécifiques (carte du Vieux Campeur, assurances de cartes bancaires…). Il deviendrait crucial de vérifier ses contrats et, si besoin, de souscrire une couverture adaptée pour éviter une facture potentiellement très lourde.

La prévention, meilleure des protections

Plus que jamais, la prévention devient la clé. Un secours qui n’a pas lieu est un secours qui ne coûte rien. Cela passe par :

  • Une préparation minutieuse : consulter la météo, préparer son itinéraire, ne pas partir seul.
  • Un équipement adapté : avoir le matériel de sécurité nécessaire (DVA, pelle, sonde en hiver) et savoir s’en servir.
  • Une juste évaluation de ses capacités : savoir renoncer est une compétence essentielle en montagne.

Le débat est ouvert : solidarité vs responsabilité

La recommandation de la Cour des comptes relance un débat complexe. D’un côté, le principe de solidarité, qui garantit que personne n’hésitera à appeler les secours par peur de la facture. De l’autre, le besoin de financer un système coûteux et la volonté de responsabiliser chacun face au risque. Le risque majeur d’un système payant serait de voir des personnes en difficulté retarder leur appel, transformant un incident mineur en drame. Le débat ne fait que commencer, et il concerne chacun d’entre nous, du randonneur du dimanche à l’alpiniste chevronné. Le chiffre de 10 780 € n’est pas qu’une statistique ; c’est un miroir tendu à notre communauté, nous forçant à réfléchir à la valeur de la sécurité et à l’avenir de la solidarité en montagne.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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