L’escalade en salle a longtemps été la coqueluche des sports urbains. Une croissance fulgurante, des ouvertures de salles aux quatre coins de la France, et une communauté de grimpeurs toujours plus grande. Mais après l’euphorie, le secteur semble marquer le pas. Telle une histoire d’amour qui s’essouffle, les salles doivent aujourd’hui se réinventer pour reconquérir le cœur de leurs pratiquants. Alors, comment faire pour que la flamme reprenne ?
Après des années de croissance à deux chiffres, le marché de l’escalade en salle entre dans une nouvelle ère : celle de la maturité. Si la fréquentation reste stable, avec une légère hausse de 2% en 2025, les signaux économiques, eux, sont passés à l’orange. Le chiffre d’affaires moyen des salles accuse une baisse de 5%, un chiffre qui interpelle les gestionnaires et investisseurs.
Cette situation, loin d’être catastrophique, marque la fin d’une période d’expansion effrénée et le début d’une phase de consolidation nécessaire.
La fin de l’âge d’or : quand les chiffres parlent
Le ralentissement ne se limite pas aux seules entrées. Ce sont tous les revenus annexes, autrefois moteurs de la rentabilité, qui sont touchés. Selon des études croisées de VO2 Digital & Planet Grimpe, la restauration et les boutiques sur place voient leur chiffre d’affaires chuter de 11% à 12%. Même les activités de team building, très prisées des entreprises, connaissent un recul de 12%.
Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène :
- La conjoncture économique : La baisse du pouvoir d’achat incite les grimpeurs à se concentrer sur l’essentiel : la grimpe. La bière d’après-séance ou l’achat de matériel deviennent moins systématiques.
- Une concurrence accrue : L’escalade n’est plus la seule activité tendance. Des sports comme le padel, perçus comme plus accessibles et conviviaux, attirent une partie de la clientèle loisir.
- Une certaine saturation : Avec près de 300 salles privées en France, la densité est forte dans les grandes métropoles, créant une concurrence frontale entre les établissements.
Pourtant, la passion pour la grimpe est loin d’être éteinte. La France compte entre 2 et 3 millions de grimpeurs réguliers, et la FFME affichait fièrement 124 958 licenciés au 30 juin 2025, un chiffre en hausse de 38,5% depuis 2018. Le potentiel est donc toujours là, mais il faut aller le chercher différemment.
Opération reconquête : les nouvelles stratégies des salles
Face à ce marché qui se transforme, les acteurs du secteur ne restent pas les bras croisés. L’heure n’est plus à l’expansion à tout prix, mais à l’optimisation et à l’innovation pour fidéliser une clientèle plus volatile et exigeante.
Améliorer l’expérience au cœur de la pratique
Le produit principal d’une salle, ce sont ses voies et ses blocs. Pour beaucoup, le levier principal se situe ici. Il s’agit de trouver le juste équilibre pour les débutants : leur proposer des défis stimulants pour les faire progresser, tout en garantissant une expérience réussie qui leur donnera envie de revenir. Car, comme le glisse un observateur, « à 16 euros l’entrée, ça fait cher l’échelle ».
Cela passe par un travail plus soigné sur les ouvertures, avec des profils variés et des niveaux de difficulté bien calibrés. La qualité de l’accueil et des conseils prodigués joue également un rôle crucial pour ne pas laisser les néophytes livrés à eux-mêmes.
S’ouvrir à de nouveaux publics
Si les grimpeurs experts représentent un noyau dur, ils ne suffisent plus à garantir la rentabilité. Les salles cherchent donc à élargir leur horizon en ciblant de nouveaux profils :
- Les femmes : La féminisation de la pratique est une tendance de fond et une véritable opportunité de croissance.
- Les seniors : En proposant des créneaux adaptés le matin ou en début d’après-midi, les salles peuvent toucher une clientèle disponible sur des heures creuses.
- Le « Sport Santé » : L’un des axes les plus prometteurs est de changer la communication. Plutôt que de mettre uniquement en avant la performance, il s’agit de valoriser les bienfaits de l’escalade pour la santé physique et mentale. Une approche moins intimidante et plus inclusive.
Repenser le modèle économique
L’ère des projets pharaoniques financés par d’importantes levées de fonds semble révolue. La tendance est à la rationalisation des coûts et à la recherche de modèles plus agiles et résilients.
La franchise est devenue le modèle privilégié pour les nouvelles ouvertures, car elle permet de partager les risques avec des porteurs de projet locaux. On observe aussi une stratégie de mutualisation : de plus en plus de salles d’escalade s’intègrent dans des complexes multisports plus vastes. En partageant les locaux avec des terrains de padel, des salles de fitness ou des piscines, elles réduisent leurs frais fixes et bénéficient d’un flux de clients croisé.
Un amour à réinventer
En définitive, le marché des salles d’escalade ne vit pas une crise, mais une profonde mutation. Après la passion fusionnelle des débuts, la relation entre les salles et les grimpeurs entre dans une phase plus mature, qui demande plus d’efforts et d’attention.
Les établissements qui réussiront seront ceux qui sauront écouter leur communauté, soigner leur offre principale, et innover pour rendre la pratique plus accessible et bienveillante. En misant sur une croissance plus sobre mais durable, et en se recentrant sur ce qui fait l’essence de ce sport – le plaisir du mouvement et le dépassement de soi – les salles d’escalade ont toutes les cartes en main pour que les grimpeurs leur disent à nouveau, et pour longtemps : « je t’aime ».
