mercredi, février 25, 2026
AccueilEscaladeSalles d'escalade : Après le boom, la crise ? Le secteur en...

Salles d’escalade : Après le boom, la crise ? Le secteur en perte d’équilibre

L’escalade indoor a-t-elle atteint son sommet ?

Pendant quinze ans, le monde de l’escalade a vécu un véritable âge d’or. Les salles ont poussé comme des champignons partout en France, leur nombre étant multiplié par quinze pour atteindre près de 300 structures privées. Un succès fulgurant qui a démocratisé la pratique et attiré des milliers de nouveaux grimpeurs. Mais aujourd’hui, le ciel s’assombrit. Depuis début 2025, le secteur traverse une zone de turbulences inédite. Entre fermetures, baisse de rentabilité et stratégies revues à la baisse, une question se pose : le modèle économique des salles d’escalade est-il en perte d’équilibre ?

Un coup de frein brutal après des années d’euphorie

Les chiffres sont sans appel. Pour la première fois, le marché de l’escalade indoor marque une pause. Les salles ont perdu en moyenne 10 % de leur chiffre d’affaires entre le premier semestre 2024 et 2025. Si la fréquentation reste stable, les revenus, eux, sont en chute libre, impactant non seulement les entrées mais aussi les services annexes comme la restauration ou les boutiques.

Cette tendance se traduit par des décisions difficiles. La salle Vertical’Art à Saint-Priest a dû baisser le rideau en avril 2025, tandis qu’une autre près de Lille a été reprise par le groupe Arkose avant de fermer également. Même les leaders du secteur ne sont pas épargnés. Steve Guillou, directeur d’Arkose, le confirme sans détour : « Aujourd’hui, Arkose n’est pas rentable. Au global, on perd de l’argent […]. On est en plein dans la période compliquée, on doit tous faire le dos rond et aller chercher un modèle rentable. »

Les raisons d’un modèle économique sous tension

Comment en est-on arrivé là ? Plusieurs facteurs expliquent cette situation délicate, qui met en lumière la fragilité d’un modèle que l’on pensait infaillible.

Une expansion trop rapide et une concurrence féroce

Avant la crise sanitaire, la croissance était le maître-mot. « Avant le Covid, c’était une guerre économique », analyse le sociologue Augustin Rogeaux. « Tous les groupes annonçaient le plus d’ouvertures possibles, le plus vite possible. » Cet élan, porté par l’arrivée d’investisseurs parfois extérieurs au monde de la grimpe, a conduit à une saturation dans certaines zones et à une course à l’investissement qui s’avère aujourd’hui difficile à soutenir.

L’explosion des coûts de fonctionnement

La crise a rebattu les cartes. La pandémie a d’abord fragilisé les trésoreries, puis la guerre en Ukraine a provoqué une flambée des coûts de construction et de l’énergie. À cela s’ajoute une masse salariale importante, bien plus élevée que dans une salle de fitness classique. Une salle d’escalade a besoin d’un personnel qualifié et nombreux : accueil, moniteurs diplômés, et surtout les ouvreurs, ces artisans qui renouvellent les voies et les blocs pour garantir une expérience de qualité. Ces coûts salariaux représentent près de 39% du chiffre d’affaires.

Une rentabilité plus faible qu’il n’y paraît

Le mythe de la poule aux œufs d’or s’est effondré. « La marge nette d’une salle d’escalade, c’est maximum 8 % du chiffre d’affaires, et encore, sans compter les amortissements », explique Gilles Fuentes, qui a piloté le redressement de Block’Out en 2023. Ce réseau a d’ailleurs accumulé une dette de 11 millions d’euros. Même les services de restauration, souvent perçus comme une source de revenus stable, peinent à être rentables, comme le souligne le dirigeant d’Arkose, qui a dû arrêter sa propre brasserie fin 2024.

S’adapter pour survivre : les nouvelles stratégies du secteur

Face à ce nouveau paradigme, l’heure n’est plus à l’expansion à tout prix, mais à l’optimisation et à la prudence. Les grands acteurs de l’escalade indoor révisent leurs stratégies pour assurer leur pérennité.

De la croissance à la rationalisation

Climb Up, qui visait 100 salles en 2030, a repoussé son objectif et prépare une nouvelle levée de fonds pour 2027-2028. Chez Arkose, la stratégie est claire : réduire les coûts. Cela passe par une adaptation des effectifs au trafic, une standardisation des menus dans les restaurants et une renégociation des contrats avec les fournisseurs et les bailleurs. L’objectif est de consolider l’existant avant de penser à de nouvelles ouvertures massives.

La franchise comme relais de croissance

Pour continuer à se développer sans supporter tout le poids de l’investissement, Arkose se tourne désormais vers la franchise. Ce modèle permet de s’implanter dans des villes de taille moyenne, comme Niort et Cholet prévues pour 2026, où un investissement direct ne serait pas jugé rentable. C’est une manière plus agile de mailler le territoire.

Innover pour fidéliser la clientèle

Le véritable enjeu est de conserver les grimpeurs, notamment la clientèle occasionnelle, la plus touchée par la baisse du pouvoir d’achat. Pour cela, les salles misent sur l’innovation. Climb Up développe des outils digitaux comme l’application de fidélisation Oblyk, tandis qu’Arkose met l’accent sur l’éco-responsabilité avec des filières de recyclage pour les chaussons et les matelas. L’idée est de créer une communauté forte et d’offrir plus qu’une simple séance de sport.

Quel avenir pour l’escalade en salle ?

Le secteur de l’escalade n’est pas en train de s’effondrer, mais il entre dans une phase de maturité. La croissance explosive a laissé place à une nécessaire stabilisation. Le nombre de pratiquants reste élevé, avec environ 1,1 million de personnes en salle, dont 400 000 réguliers, et la Fédération Française de la Montagne et de l’Escalade (FFME) continue de voir son nombre de licenciés augmenter. Le défi est désormais de concilier un modèle économique viable avec la volonté de rendre ce sport plus populaire et accessible. L’équilibre est précaire, mais la passion pour la grimpe, elle, reste intacte. Les prochaines années seront décisives pour savoir si l’escalade indoor saura trouver un second souffle et consolider sa place dans le paysage sportif français.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
RELATED ARTICLES

Most Popular