mercredi, février 4, 2026
AccueilAlpinismePetit Éloge du Dernier de Cordée : La Force Tranquille de la...

Petit Éloge du Dernier de Cordée : La Force Tranquille de la Montagne

Loin d’être un signe de faiblesse, fermer la marche en montagne est une position stratégique, un rôle essentiel qui mêle endurance mentale, sens de l’observation et responsabilité. Plongée dans l’univers de ceux qui assurent la cohésion du groupe, avec le témoignage inspirant de Marie-Charlotte Starck.

En montagne, chaque membre d’un groupe a sa place. Il y a celui qui ouvre la voie, le leader qui donne le rythme. Et puis, il y a le dernier. Celui ou celle que l’on nomme la « lanterne rouge », celui qui ferme la marche. Une position souvent perçue, à tort, comme une tare, un aveu de faiblesse.

Pourtant, cette place est peut-être l’une des plus riches et des plus cruciales. Marie-Charlotte Starck, de retour d’un raid à ski intense en Suisse, a partagé avec nous son expérience. Elle a appris à aimer cette position, à en déceler les avantages insoupçonnés et la force tranquille qu’elle procure. Son témoignage nous invite à changer de regard sur le dernier de cordée.

La place du dernier : plus qu’un rythme, un état d’esprit

Affronter la montagne, c’est d’abord s’affronter soi-même. Pour celui qui se retrouve naturellement à l’arrière, la première bataille est souvent psychologique.

Dépasser le mythe de la « lanterne rouge »

« J’ai longtemps hésité entre me battre pour ne pas l’occuper, et me résigner », confie Marie-Charlotte. Cette lutte interne est familière pour beaucoup. La société valorise la vitesse, la première place. Être derrière est souvent associé à l’échec, à celui qui « traîne la patte » et ralentit le groupe.

Pourtant, la montagne n’est pas une course de vitesse. C’est une épreuve d’endurance, de stratégie et d’humilité. Accepter son propre rythme sans se mettre dans le rouge est une preuve de grande connaissance de soi. Il ne s’agit pas de se résigner, mais d’apprivoiser sa nature pour trouver sa juste place, celle où l’on peut durer.

Une force tranquille : la puissance de l’endurance mentale

Ce qui caractérise souvent le dernier de cordée, ce n’est pas un manque de cardio, mais une immense force mentale. Marie-Charlotte le décrit parfaitement : « J’ai la capacité à tenir bon, à suivre un rythme, un groupe, et à rester moi ».

Pour tenir la distance, heure après heure, le mental est le meilleur allié. La musique intérieure, comme cette chanson composée pour un mariage qu’elle se repasse en tête, devient un moteur. Ce pouvoir salvateur de la musique, ou de toute autre forme de concentration, permet de transformer l’effort en une forme de méditation en mouvement. Le souffle se cale, les gestes deviennent précis, et le corps peut continuer ainsi pendant des heures.

Le gardien du groupe : un rôle stratégique et essentiel

Loin d’être un poids, le dernier de cordée est en réalité un pilier pour la dynamique et la sécurité du groupe. Sa position lui confère des avantages et des responsabilités uniques.

L’œil qui voit tout

Placé à l’arrière, il a une vision d’ensemble sur tout le groupe. Il est le premier à remarquer si quelqu’un faiblit, si un écart se creuse, ou si un problème matériel survient. Il est le garant de la cohésion du groupe.

Cette vue d’ensemble permet aussi d’anticiper. « Je vois que quelques conversions sont difficiles, privilèges de la dernière place, on a vu sur tout », explique Marie-Charlotte. En observant les difficultés rencontrées par les autres, il peut préparer sa propre manœuvre, s’adapter et économiser son énergie. Il n’y a pas de surprise, la trace est déjà faite et ses pièges révélés.

Aux premières loges du spectacle

Et puis, il y a la récompense. Être le dernier, c’est aussi s’offrir une perspective unique sur le paysage. Tandis que les autres ont le regard fixé sur la pente, lui peut lever la tête et embrasser l’immensité.

Marie-Charlotte en a fait l’expérience : « Soudain, en haut, le refuge. “Regardez !” Tout le monde lève la tête mais personne ne peut l’apercevoir. Eux sont trop proches de la paroi. […] Le spectacle est rempli de beauté : je suis dernière du groupe, mais aux premières loges de la nature. »

Sécurité en montagne : pourquoi le dernier de cordée est indispensable

Au-delà de la dynamique de groupe, la position de dernier est fondamentale pour la sécurité, notamment sur glacier ou dans les passages techniques. Les pratiques d’alpinisme et de ski de montagne le confirment.

L’art de l’encordement sur glacier

Sur un glacier, le danger des crevasses est omniprésent. La cordée est une ligne de vie. Selon les experts de la Safety Academy d’Ortovox, une cordée de 3 à 5 personnes est idéale pour optimiser la sécurité. La distance entre chaque membre, généralement de 10 à 15 mètres, est cruciale pour qu’en cas de chute, les autres aient le temps de réagir.

Le dernier de cordée est particulièrement exposé. C’est pourquoi des nœuds de freinage sont souvent ajoutés sur la corde pour augmenter la friction sur la neige et aider à enrayer une chute. Le dernier est littéralement celui qui ferme la porte au danger.

Le matériel qui fait la différence

La corde est bien plus qu’un simple lien. En ski, elle sert de « fil d’Ariane » pour la prévention et le sauvetage, comme le rappellent certains guides de haute montagne. Le choix du matériel est donc primordial.

Pour l’alpinisme et le ski de montagne, les cordes polyvalentes comme les cordes à double sont souvent privilégiées. Des modèles comme l’Alpine Dry 8.0 de Mammut sont conçus pour être légers, résistants à l’eau et performants sur tous les terrains (rocher, glace, neige). Comme le souligne Montagnes Magazine, choisir sa corde, c’est choisir son assurance-vie.

Conseils pour assumer et apprécier sa place

Si vous vous retrouvez souvent à l’arrière, voici quelques conseils pour transformer cette position en une force :

  1. Communiquez : N’hésitez pas à informer le leader si le rythme est trop rapide. Une bonne communication est la clé de la sécurité et du plaisir de tous.
  2. Changez de perspective : Cessez de voir cette place comme un échec. Concentrez-vous sur ses avantages : la vue, le rôle de gardien, la possibilité de gérer votre effort.
  3. Connaissez-vous : Apprenez à connaître votre corps et votre mental. Trouvez votre rythme de croisière, celui que vous pouvez tenir toute la journée.
  4. Soyez fier de votre rôle : Vous êtes essentiel à la cohésion et à la sécurité du groupe. Votre endurance et votre fiabilité sont des atouts précieux.

En conclusion, le dernier de cordée n’est pas le plus faible, mais souvent l’un des plus résilients. C’est une place d’honneur qui demande une grande force mentale, un sens aigu de l’observation et une profonde humilité face à la montagne. Alors, la prochaine fois que vous fermerez la marche, souvenez-vous que vous n’êtes pas à la traîne : vous êtes le gardien de la cordée.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
RELATED ARTICLES

Most Popular