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Nolwen Berthier et le 9a+ : Grimper au-delà de la performance, à la recherche du bonheur

« La cotation, c’est comme l’euro. Mais on oublie de compter le bonheur ». Cette phrase, simple et percutante, résume à elle seule la vision de Nolwen Berthier. Loin de se limiter à la performance pure, la grimpeuse française nous invite à redécouvrir l’escalade pour ce qu’elle est vraiment : une aventure personnelle, une connexion à la nature et, surtout, une immense source de joie.

Le 19 avril 2022, un nom a résonné avec force dans le monde de l’escalade. Celui de Nolwen Berthier, devenue la deuxième Française de l’histoire à conquérir une voie cotée 9a+. Son terrain de jeu : la falaise de Saint-Léger du Ventoux. La voie : la mythique « Supercrackinette ». Mais derrière cet exploit sportif se cache une athlète et une penseuse qui interroge le sens même de la performance.

De la résine à la roche : le virage d’une compétitrice

Pour comprendre le parcours de Nolwen, il faut remonter le temps. Pendant près de dix ans, cette Lyonnaise d’origine a usé ses chaussons sur les murs artificiels des compétitions internationales. Membre de l’équipe de France jusqu’en 2019, elle a consacré une grande partie de sa vie à la discipline exigeante du haut niveau, avec ses règles strictes et son calendrier millimétré.

Puis, la pandémie de Covid-19 a tout arrêté. Pour Nolwen, cette pause forcée a été une révélation. Loin du circuit mondial, elle redécouvre le plaisir simple de grimper en extérieur, pour elle-même. « Ça n’avait plus vraiment de sens de s’entraîner pour les compétitions dans ce contexte », explique-t-elle. Ce tournant marque la fin de sa carrière de compétitrice et le début d’une nouvelle aventure, entièrement tournée vers la falaise.

Une nouvelle approche de la performance

Ce changement de cap ne signifie pas pour autant un abandon de l’exigence. Au contraire. Nolwen transpose la rigueur et la discipline de la compétition dans ses projets en extérieur. Elle choisit simplement ses propres règles du jeu.

« Ma façon de vivre la falaise aujourd’hui, c’est en quelque sorte la même approche : je grimpe toujours avec la même assiduité, mais avec des règles et un cadre que je choisis. » Une quête de dépassement personnel, libérée de la pression du classement et du jugement extérieur.

« Supercrackinette » : l’aboutissement d’un travail de longue haleine

C’est dans cet état d’esprit que Nolwen Berthier s’est attaquée à « Supercrackinette ». Cette voie, bien que courte avec ses trente mouvements, est un concentré de puissance et de technicité. Équipée en 2016, elle est devenue une référence mondiale, notamment après avoir été gravie « à vue » (sans travail préalable) par le prodige Adam Ondra en 2018.

Un défi physique et mental

Pendant deux ans, Nolwen a consacré ses hivers à déchiffrer les énigmes de la voie. Elle a analysé chaque mouvement, chaque prise, pour surmonter les deux passages clés :

  • Un premier crux en force pure, exigeant de tenir une prise minuscule avec un seul doigt.
  • Un second crux plus dynamique, sur des prises fuyantes appelées « crimps », son style de prédilection.

Pour y parvenir, elle a suivi un entraînement sur mesure, axé sur la force et le bloc. Elle n’a pas hésité à innover, utilisant même une ceinture lestée de 3 kg pour simuler une difficulté supérieure. Un investissement total qui a fini par payer, faisant d’elle la première femme à répéter la voie après Julia Chanourdie en 2020.

Au-delà de la cotation : la quête du bonheur

Si la réussite de « Supercrackinette » est une performance sportive de premier plan, elle n’est pour Nolwen qu’une partie de l’équation. Le plus important se trouve ailleurs, dans ce qu’elle résume par sa fameuse phrase : « La cotation, c’est comme l’euro. Mais on oublie de compter le bonheur ».

Que signifie cette philosophie ?

Pour la grimpeuse, la cotation (le système qui évalue la difficulté d’une voie, comme 8a, 9a+, etc.) est un outil pratique. C’est un langage universel qui permet aux grimpeurs de se situer et de choisir leurs défis. Mais, tout comme l’argent ne fait pas le bonheur, la cotation ne mesure pas la richesse d’une expérience.

Le « bonheur » en escalade, selon Nolwen, c’est :

  • Le processus : les heures passées à travailler une voie, les échecs, les doutes et les petites victoires.
  • Le partage : les moments passés en bas des falaises avec des amis, l’entraide et l’encouragement.
  • La connexion : le sentiment de ne faire qu’un avec le rocher et l’environnement naturel.

Ingénieure en environnement dans la vie, Nolwen voit aussi l’escalade comme un moyen de sensibiliser à la protection de ces terrains de jeu exceptionnels. Une approche holistique qui replace le sport dans un contexte plus large, celui de notre relation au monde.

Une inspiration pour tous les grimpeurs

Le parcours de Nolwen Berthier est bien plus qu’une simple liste de performances. C’est une invitation à repenser notre propre pratique, quel que soit notre niveau. Elle nous rappelle que la valeur d’une ascension ne se lit pas seulement dans un topo, mais se ressent au plus profond de soi.

En réalisant des croix majeures comme « La Ligne Claire » (9a) ou en réussissant des voies difficiles à vue aux États-Unis, Nolwen prouve que l’on peut allier très haute performance et une approche de l’escalade centrée sur le plaisir et le sens.

Son message est universel : que l’on vise son premier 5c ou un projet en 9a+, l’essentiel est de ne jamais oublier de « compter le bonheur ». Car c’est bien là que se trouve la plus belle des victoires.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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