Nicolas Jean en solo dans la face nord de l’Olan : le secret d’un exploit hors norme
Un an. C’est le temps qu’il aura fallu pour que l’un des exploits les plus intimes et exigeants de l’alpinisme français récent soit révélé. Le 20 février 2025, Nicolas Jean, guide de haute montagne et alpiniste d’exception, a gravi en solitaire la voie la plus difficile de la face nord de l’Olan. Une ascension hivernale, réalisée dans le secret, non pas pour la gloire, mais pour une quête purement personnelle : « me confronter à moi-même, et à moi-même seulement »
Une ascension dans l’ombre et le froid
Au cœur de l’hiver, alors que la montagne est la plus hostile, Nicolas Jean s’est lancé un défi de taille. Le 20 février 2025, bien avant les premières lueurs du jour, il se tenait au pied de la mythique face nord de l’Olan (3 564 m), dans le massif des Écrins. Le vent glacial faisait chuter le ressenti à -10°C. Devant lui, un mur de 500 mètres de roche et de glace. Son objectif : la voie “Chauve qui peut” (cotée ED, 7a/A1), un itinéraire extrême qu’il s’apprêtait à gravir seul, en s’auto-assurant.
Cette performance, réalisée à la journée et conclue par une nuit passée au sommet, est un modèle d’engagement et de maîtrise. Mais contrairement à l’ère du tout numérique où chaque exploit est instantanément partagé, Nicolas Jean a choisi le silence. Il a gardé cette aventure pour lui et ses proches, comme un trésor personnel. “Je n’avais pas spécialement envie d’en parler”, confiait-il près d’un an plus tard au magazine Outside.fr. Ce n’est qu’une fois l’expérience “décantée” qu’il s’est senti prêt à la partager.
Pourquoi un tel secret ?
Dans un monde où la visibilité est souvent un moteur, la démarche de Nicolas Jean interpelle. Sa motivation n’était pas la reconnaissance, mais une confrontation purement intérieure. Loin de la pression des sponsors et des réseaux sociaux, il cherchait une expérience authentique, un dialogue silencieux avec la montagne et avec ses propres limites.
Cette ascension en solitaire sur la face nord de l’Olan était aussi un retour aux sources. C’est sur cette même montagne qu’il avait réalisé sa première grande course en 2016 avec son ami Julien Savy. Revenir, seul cette fois, était une manière de boucler une boucle, de mesurer le chemin parcouru.
L’Olan : un entraînement de luxe pour l’Himalaya
Si cette performance est un exploit en soi, elle prend une autre dimension lorsqu’on la replace dans son contexte. Quelques mois plus tard, Nicolas Jean s’envolait pour le Népal avec un projet d’une tout autre envergure : la première ascension de la face nord du Jannu Est (7 468 m).
Cette expédition, menée avec son compagnon de cordée Benjamin Védrines, est entrée dans les annales de l’alpinisme. En octobre 2025, le duo a réussi là où tous les autres avaient échoué. Ils ont gravi les 2 300 mètres de cette paroi vertigineuse en style alpin pur :
* En 4 jours seulement.
* Avec des bivouacs engagés à plus de 6 000 mètres.
* Sans oxygène artificiel ni assistance extérieure.
Un succès retentissant, salué comme une “première historique” par la presse spécialisée (Widermag.com), qui faisait suite à une tentative avortée en 2024.
La force tranquille de l’alpinisme
Avec le recul, l’ascension de l’Olan apparaît comme la préparation mentale et physique parfaite. Elle a permis à Nicolas Jean de se tester dans des conditions extrêmes, de valider sa technique en solo et, surtout, de renforcer une détermination qui s’est avérée cruciale sur les pentes du Jannu.
Cet enchaînement d’exploits confirme le statut de Nicolas Jean comme l’un des alpinistes les plus talentueux et discrets de sa génération. Habitué des grandes réalisations avec Benjamin Védrines, comme sur le couloir nord-est du Chamlang (2019) ou le Broad Peak (2022), il incarne un alpinisme de performance basé sur l’engagement, l’humilité et une profonde quête de sens.
Loin du bruit médiatique, l’ascension secrète de l’Olan nous rappelle l’essence même de la montagne : une aventure personnelle, un face-à-face avec soi-même, où la plus belle des récompenses est souvent le silence du sommet.
