Une ascension hors norme : 4 ans et plus de 100 séances pour vaincre un 9A
C’est une histoire de détermination qui force le respect. Début 2026, après une lutte acharnée de quatre longues années, le grimpeur américain Nathan Williams est finalement venu à bout de “Return of the Sleepwalker”, un bloc coté 9A, le plus haut niveau de difficulté actuellement reconnu en escalade. Située dans le chaos rocheux de Red Rock, au Nevada, cette ligne est devenue le théâtre d’un des sièges les plus longs et les plus intenses de l’histoire de la discipline.
Plus qu’une simple performance physique, cette ascension est une véritable leçon de persévérance. Imaginez : plus de 100 jours de travail, répartis sur quatre saisons, à essayer, tomber et recommencer les mêmes mouvements, encore et encore. Une ténacité qui a fini par payer et qui redéfinit ce que signifie s’investir dans un projet.
Un combat mental et physique contre un monstre de grès
Lorsque Nathan Williams, 27 ans, pose ses mains sur les prises de “Return of the Sleepwalker” pour la première fois en 2022, il sait que le défi est immense. Il n’est d’ailleurs pas un inconnu sur ce rocher : fin 2020, il avait déjà réalisé la version “debout” du bloc, “Sleepwalker”, une performance déjà exceptionnelle cotée 8C+. Mais la version assise, qui rajoute plusieurs mouvements extrêmement durs au départ, est une tout autre affaire.
Ce projet s’est rapidement transformé en une “bataille épique”, comme il le décrit lui-même sur ses réseaux sociaux. “Je ne voulais pas que le bloc gagne”, confie-t-il. Cette phrase, simple mais puissante, résume parfaitement l’état d’esprit nécessaire pour affronter un tel challenge. Chaque séance infructueuse, chaque échec à quelques mouvements de la fin, aurait pu le décourager. Pourtant, il est revenu, inlassablement, poussé par une volonté de fer.
Cet investissement colossal, même parmi l’élite mondiale de l’escalade, est rarement vu. Il témoigne d’une force mentale hors du commun, capable de surmonter la frustration et le doute qui accompagnent inévitablement un projet d’une telle envergure.
Le choix audacieux de la méthode originelle
L’histoire de cette ascension est aussi marquée par un choix technique et éthique fort. Au fil des ans, d’autres grimpeurs ayant répété le bloc ont découvert de nouvelles méthodes, notamment pour la section de départ, jugées plus efficaces.
Pourtant, Nathan Williams a délibérément choisi de s’en tenir à la méthode originale, celle utilisée par Daniel Woods lors de la toute première ascension en 2021. Cette méthode, plus physique et exigeante, correspondait mieux à la vision que Williams se faisait du défi. “La nouvelle méthode rendait le bas plus rapide, mais je ne m’y retrouvais pas”, explique-t-il. “C’était dur pour mon poignet et ne correspondait pas à l’idée que je me faisais de ce bloc.”
Ce choix de la difficulté ajoute une dimension supplémentaire à sa performance, soulignant son désir de réussir le bloc de la manière la plus authentique et personnelle possible.
“Return of the Sleepwalker”, le 9A le plus célèbre du monde
Depuis sa première ascension par Daniel Woods, qui avait alors établi le premier 9A des États-Unis, “Return of the Sleepwalker” est devenu une référence. Avec l’ascension de Nathan Williams, le bloc compte désormais huit réalisations, ce qui en fait le 9A le plus répété au monde.
Parmi les légendes de la grimpe qui ont réussi cette ligne, on compte Will Bosi, Simon Lorenzi ou encore Ryuichi Murai. À titre de comparaison, d’autres blocs de même niveau comme “Alphane” (6 ascensions) ou les mythiques “Burden of Dreams” et “Soudain Seul” (5 ascensions chacun) ont été moins souvent conquis. Vous pouvez retrouver l’historique complet des ascensions sur des sites de référence comme Climbing-History.org.
Avant de se lancer dans cette quête, Nathan Williams s’était déjà illustré en réalisant plusieurs blocs en 8C+, notamment “Creature from the Black Lagoon” en 2024. Cette nouvelle croix en 9A le propulse définitivement au sommet de son sport.
Au-delà de la cotation, une ode à la persévérance
Si le niveau de 9A fait parfois l’objet de débats au sein de la communauté, la performance de Nathan Williams transcende la simple question de la cotation. Elle met en lumière l’ingrédient essentiel de toute grande réussite sportive : l’engagement total.
Consacrer plus de 100 séances à un unique projet, sans jamais baisser les bras, est un message puissant. C’est la preuve que la détermination et la capacité à endurer l’échec sont des qualités aussi importantes que la force physique pure. Comme le rapportent des médias spécialisés tels que Gripped Magazine, cette ascension est avant tout une histoire de résilience.
En restant fidèle à sa vision et en repoussant ses limites mentales et physiques, Nathan Williams n’a pas seulement gravi un rocher. Il a montré à tous qu’avec le temps, la patience et une volonté inébranlable, même les défis les plus intimidants peuvent être surmontés.
