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Laura Pineau : Récit d’un exploit historique sur « Wet Lycra Nightmare » au Yosemite

Certains projets naissent d’une simple étincelle, d’une image qui s’imprime dans l’esprit et refuse de partir. Pour la grimpeuse française Laura Pineau, cette étincelle a jailli en 2023, sur l’écran d’un festival de films à Squamish. Un an plus tard, elle vient de marquer l’histoire de l’escalade en signant la première ascension féminine de « Wet Lycra Nightmare » (8b, 270 m), une voie mythique sur le mur le plus raide du Yosemite.

Un rêve né au cinéma

Tout commence par un film. En regardant « Free Rider » de Samuel Crossley, Laura Pineau est captivée par l’ascension de cette voie sur la Leaning Tower. Une ligne l’attire, un mouvement la fascine.

« Le film était magnifique, il m’a profondément marquée. Je me suis dit qu’un jour, moi aussi j’irai dans cette voie, pour aller faire ce mouvement de “chicken wing” à 600 mètres du sol, les pieds dans le vide. »

Cette voie, « Wet Lycra Nightmare », n’est pas n’importe laquelle. C’est un monstre de 270 mètres en huit longueurs, avec une cotation maximale de 8b. Située sur la Leaning Tower, la paroi la plus déversante du Yosemite, elle représente un défi immense, mêlant endurance, technique et force mentale. Pour Laura, c’était l’occasion de se tester.

« Je voulais voir si j’avais assez de bagage sur granite pour réussir une voie à mon niveau max. »

Une préparation semée d’embûches

Le chemin vers ce rêve a été brutalement interrompu. Deux mois avant son départ pour les États-Unis, une grave chute de vélo blesse son épaule. L’entraînement est stoppé net. Elle arrive dans la vallée du Yosemite plus faible physiquement, mais avec une volonté de fer.

« Mentalement, j’avais une vraie envie : me lancer dans un gros projet et voir si j’étais capable d’y arriver ! »

Pendant six semaines, Laura se consacre entièrement à la voie. Elle y passera dix-sept jours au total, à déchiffrer chaque mouvement, à apprivoiser le granite californien, à tomber et à remonter. La persévérance paie : lors de sa huitième séance, elle réussit enfin à enchaîner la longueur clé en 8b. La machine est lancée. Le rêve est à portée de main.

Trois jours de combat sur la paroi

L’ascension finale s’est déroulée sur trois jours, une véritable épopée physique et mentale où chaque détail compte.

Jour 1 : L’épreuve physique

Laura commence à grimper à 6h du matin pour profiter de la fraîcheur. Les premières longueurs s’enchaînent. Elle atteint le pied de la longueur en 8b, le cœur du défi. Cinq tentatives épuisantes ne suffisent pas. La fatigue est immense. Sa montre connectée affiche 4 700 calories brûlées. Elle s’installe pour la nuit sur une vire, forçant son corps à reprendre de l’énergie pour le combat du lendemain.

« Le crux du 8b est très intense (autour de 7C bloc environ). Il faut tenir une mauvaise pince main droite, descendre la main gauche en paume, et monter dessus en perdant les pieds. Et ce n’est pas tout : une fois ce mouvement réussi, il reste un jeté à faire à la fin de la longueur. »

Jour 2 : La bataille mentale

Cette deuxième journée est celle de la guerre des nerfs. Laura se lance dix fois dans la longueur clé. La tension est à son comble.

« J’ai mis dix essais dans le 8b. Au septième, je passe enfin le réta… puis je zippe dans un passage où je n’étais jamais tombée. J’ai vu mon ascension partir en fumée. »

Le doute s’installe, menaçant de tout anéantir. Dans un geste simple, elle sort son téléphone et lance une playlist entraînante. La musique la libère, la tension retombe. Au dixième essai, c’est la bonne. Le crux est vaincu. Galvanisée, elle enchaîne la longueur suivante dans la foulée. À cet instant, elle sait qu’elle va y arriver.

Jour 3 : La délivrance au sommet

Le dernier jour est une libération. Malgré la fatigue extrême, Laura est en contrôle. La longueur en 7c+ passe au premier essai. Il ne reste que la cheminée finale, la section la plus exposée de toute la voie. Après une première tentative, elle se bloque, tétanisée par le vide.

« J’ai cru que j’allais vomir tellement tout mon corps était en tension ! »

Pendant une minute interminable, elle reste figée. Mais l’abandon n’est pas une option. Puisant dans ses dernières ressources, elle débloque le mouvement et progresse, centimètre par centimètre, jusqu’au relais final. Le sommet est là. L’exploit est accompli.

Une performance historique

En atteignant le sommet, Laura Pineau ne réalise pas seulement un rêve personnel. Elle devient la première femme à gravir « Wet Lycra Nightmare » en libre, et seulement la cinquième personne à le faire depuis sa première ascension en 2004. C’est une performance majeure dans le monde de l’escalade.

« Cette ascension est très spéciale pour moi parce que c’est le premier big wall que j’enchaîne seule. Même si j’avais un super partenaire, sur le plan mental j’étais seule face à ces neuf longueurs et à mon objectif. »

Cette réussite vient couronner ce qu’elle appelle son « année Yosemite », sept mois passés à vivre au rythme du granite. Après cette immersion américaine, Laura tourne son regard vers l’Europe.

« Bye bye les US, bonjour l’Europe ! Mes projets à venir sont surtout en France et en Italie. J’ai vraiment hâte de retrouver la bonne nourriture et de continuer à grimper dans le sud de la France, qui m’est tellement cher. »

Avec cette ascension, Laura Pineau prouve que la détermination et la passion peuvent surmonter les blessures et repousser les limites du possible. Une inspiration pour tous les passionnés de montagne et de performance.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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