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Laura Pineau et le « Wet Lycra Nightmare » : récit d’une ascension de rêve au Yosemite

De la blessure au sommet : Laura Pineau dompte son “cauchemar” au Yosemite

Certaines histoires de sport se mesurent en mètres, d’autres en résilience. Celle de Laura Pineau appartient aux deux. Le 8 décembre 2025, la grimpeuse française est devenue la première femme à vaincre “Wet Lycra Nightmare”, une voie monumentale de 270 mètres sur la paroi la plus raide du Yosemite, Leaning Tower. Un exploit forgé dans la douleur d’une blessure, six semaines d’efforts acharnés et un combat mental de tous les instants.

Un nom pareil, “Wet Lycra Nightmare” (le cauchemar du lycra mouillé), a de quoi glacer le sang. Pourtant, pour Laura Pineau, ce fut un rêve éveillé. Un projet né en 2023, en regardant un film sur cette ligne mythique. “Un vrai coup de cœur : je me suis dit ‘un jour, j’aimerais la faire’”, confie-t-elle. Mais entre le rêve et la réalité se sont dressés des obstacles bien plus grands que la paroi elle-même.

Un rêve suspendu par une chute

L’été 2024 aurait pu marquer la fin du projet avant même qu’il ne commence. Une violente chute à vélo laisse Laura avec une épaule en miettes. Impossible de lever le bras, l’entraînement pour le Yosemite est à l’arrêt. Loin de se laisser abattre, elle canalise son énergie dans un autre défi hors-norme : un triathlon de 24 heures. Une épreuve d’endurance qui a renforcé son mental et maintenu sa condition physique, malgré l’impossibilité de grimper.

De retour en France pour soigner son épaule, la douleur persiste. “Je n’ai pas pu m’entraîner comme il aurait fallu”, explique-t-elle. C’est donc avec une préparation tronquée et une épaule fragile qu’elle arrive au pied de son “cauchemar” californien fin 2025.

Quand la paroi devient votre salle de sport

Face à l’incertitude, Laura adopte une stratégie audacieuse : son entraînement se fera directement dans la voie. Pendant six semaines, elle consacre 17 jours à déchiffrer chaque mouvement, chaque prise de cette ascension classée 8b.

Son quotidien est réglé comme du papier à musique :
* Réveil à 2h du matin pour une approche de deux heures.
* Escalade de 6h à midi pour profiter de la fraîcheur de l’ombre.
* Des nuits passées en paroi sur une vire à 150 mètres du sol pour optimiser le temps et l’énergie.

Miraculeusement, après dix jours de cette routine intense, la douleur à l’épaule disparaît complètement. “J’ai fait l’entraînement dans la voie, en même temps que l’ascension… ce qui n’est pas optimal, mais quand t’es blessée, tu t’adaptes”, raconte-t-elle. Elle apprivoise chaque section, notamment la quatrième longueur, le crux en 8b, et la cinquième, une dalle technique et exposée qui lui a donné du fil à retordre.

Le mental, clé de la réussite

Consciente que la bataille se jouerait aussi dans sa tête, Laura travaille depuis plusieurs mois avec une coach mentale. Un accompagnement crucial pour gérer la pression et les émotions. “On a fait plusieurs méditations centrées sur l’objectif : que vais-je ressentir au sommet, qui j’ai envie d’appeler en premier”, détaille la grimpeuse. Ce travail de fond s’est avéré décisif lors de la tentative finale.

L’ascension finale : trois jours au bout de soi-même

L’assaut final est un véritable thriller vertical qui s’est déroulé sur trois jours.

Jour 1 : L’usure. Laura bute sur la longueur clé en 8b. Après cinq essais et 4700 calories brûlées, elle prend la sage décision de redescendre sur la vire pour la nuit.

Jour 2 : Le gouffre et la lumière. Le combat reprend. Au septième essai de la journée, elle passe le mouvement le plus dur mais chute juste après, victime de “pensées parasites”. C’est le coup de massue. “Pour moi, ça a été le moment le plus difficile mentalement, un vrai gouffre noir”, avoue-t-elle. Le rêve semble s’évanouir. C’est alors que la musique vient à sa rescousse. Une playlist décalée – Macarena, ABBA – partagée avec son équipe, et la pression retombe. L’essai suivant est le bon. Elle enchaîne, libérée, trouvant un “flow de fou”.

Jour 3 : La délivrance. Épuisée mais portée par l’élan de la veille, elle gravit les dernières longueurs, dont un ultime 7c+, et se bat dans une cheminée finale tendue. Au sommet, l’émotion explose. “J’ai crié dans toute la vallée ! Beaucoup de fierté, une fierté de persistance : on n’a rien lâché pendant deux mois.”

Un “cauchemar” qui était un rêve

Derrière l’exploit sportif se cache une logistique millimétrée. Pour s’alléger lors de la tentative finale, Laura et son équipe avaient préalablement hissé le matériel et plus de 70 litres d’eau sur la paroi. Une stratégie payante qui lui a permis de se concentrer uniquement sur l’escalade.

Finalement, comme elle le dit en riant, ce “Wet Lycra Nightmare” fut “plutôt un dream qu’un nightmare !”. Une aventure humaine et sportive hors-norme qui prouve que la volonté et un mental d’acier peuvent transformer les plus grands cauchemars en plus beaux rêves. Après cette performance majuscule, Laura Pineau tourne désormais son regard vers de nouveaux projets en Europe.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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