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La cotation à ski, c’est quoi ?

Comme pour toute pratique outdoor (escalade, alpinisme…), le ski possède sa propre échelle de cotation. Elle a pour but de hiérarchiser les itinéraires en fonction de leur difficulté. En effet, les difficultés à ski sont étroitement liées à la pente (inclinaison maximale, inclinaison moyenne, hauteur) mais pas uniquement. D’autres paramètres entrent en compte.

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Vous l’avez peut-être déjà expérimenté : d’un jour à l’autre, sur le même itinéraire, on ne skie pas toujours aussi bien (ou aussi mal). Rien de plus normal !

Neige et relief

Le premier paramètre pour évaluer la difficulté d’une course reste la qualité de la neige. Plus la neige est profonde, plus il est facile de tourner quand la pente est raide. La neige profonde a donc la faculté de réduire la difficulté d’une pente raide. De même qu’une pente glacée à 30° pourra être très dangereuse en cas de glissade. Toutefois, ce paramètre est impossible à prendre en compte dans la cotation globale d’un itinéraire, car les conditions varient tout au long de la saison. Il faut donc hiérarchiser sur une neige standard qui augmente la difficulté proportionnellement à la raideur de la pente (neige transformée à point ou neige froide douce avec faible enfoncement).

Par ailleurs, il y a des pentes qui possèdent la faculté de favoriser les bonnes conditions et d’autres où celles-ci sont beaucoup plus rares (pentes rocheuses d’altitude). La « rareté » influencera donc la cotation, notamment pour les pentes raides parfois capricieuses en termes d’enneigement.

L’exposition est également à prendre en compte : évolue-t-on sur une pente large dominant un replat ou sur une face rocheuse dominant une falaise aussi haute que la tour Montparnasse ? Enfin, l’ascension doit aussi intervenir. Parfois, un passage mixte retors s’impose alors que la descente sera une formalité.

La cotation Toponeige

Ces critères étaient autrefois retranscrits par la cotation à skis. Plusieurs formules ont été utilisées, dont l’échelle Blachère et sa hiérarchisation par niveau du skieur (SM, BS, TBS…), l’échelle globale (de F à ED) ou encore l’échelle par passage (les S1, S2, etc.). L’échelle globale et l’échelle par passage étaient parfois regroupées, au même titre qu’en escalade on a encore l’échelle globale assortie de la cotation du passage le plus difficile (ex : TD+/6b). Ces systèmes sont aujourd’hui délaissés au bénéfice de la cotation Toponeige, proposée par Volodia Shahshahani en 1996 lors de la parution du premier volume de la collection consacré au massif de Belledonne. Elle est désormais adoptée (moyennant parfois quelques erreurs d’interprétation) par les sites communautaires (camptocamp, Gulliver, Skitour…), d’autres topos français et même au-delà des frontières (Ripido).

Cette cotation se découpe en trois parties. La première est une cotation ski comprenant un niveau (5 niveaux en tout) et 3 subdivisions (sauf pour le dernier niveau où l’échelle est ouverte. Actuellement, jusqu’à 5 subdivisions dans les Alpes : 5.1, 5.2, 5.3…). La deuxième est un facteur exposition qui identifie les dangers en cas de glissade (barres rocheuses ou falaises à percuter) sur 4 niveaux (E1, E2; E3…). Enfin, la troisième est une cotation alpine utilisant l’échelle classique (R : randonnée) puis de F à ED (généralement jusqu’à D pour les courses skiées).

La cotation ski

Niveau 1. Courses d’initiation. La pente ne dépasse pas les 30° et encore, de manière pas soutenue. Les dangers sont limités, à commencer par le danger d’avalanche mais aussi le risque de corniches, etc. L’exposition est limitée (pas de barres rocheuses etc.). Enfin, le dénivelé est plafonné à 800 m.

Niveau 2. On retrouve les mêmes critères que le niveau 1 mais avec des pentes pouvant ponctuellement aller jusqu’à 35° et surtout, un dénivelé non limité. Enfin, les dangers peuvent être importants.

Niveau 3. La pente se raidit. La moyenne est au-delà des 30° et peut dépasser les 35°. Ponctuellement, un passage à 40° (ou un peu plus) est tout à fait possible. Les dangers sont généralement importants et en neige dure, la chute pourra avoir de graves conséquences. Le ski peut également être technique en forêt.

Niveau 4. Entrée dans la pente raide. La pente moyenne de la partie clé oscille entre 40 et 45° sur au moins 200 m.

Niveau 5. Pentes raides. La pente moyenne dépasse les 45° et même 50° sur des passages significatifs. Même lorsque l’exposition est faible, la chute reste à proscrire.

L’exposition

E1. La pente n’est pas dans l’axe d’obstacles (arbres, rochers…) et ne domine pas de falaises.

E2. Ski forestier ou pouvant dominer de petites falaises. Ce niveau s’applique aussi aux pentes très raides sans obstacle où le simple fait de glisser jusqu’en bas est déjà dangereux.

E3. Le risque est important en cas de chute : percussion de falaises dans une pente raide ou barres rocheuses importantes.

E4. Exposition extrême (ski au-dessus et proche de barres rocheuses très hautes).

La cotation marche

Il s’agit de la cotation alpinisme de l’ensemble de la course. Attention, ce n’est pas une cotation montée car y compris lors d’une course en boucle (montée à peaux, descente à skis sur un autre versant dans un couloir), il est intéressant d’avoir la cotation montée de la portion skiée, notamment pour les alpinistes désirant réaliser la course à pied (pour lesquels la cotation Toponeige aura donc son utilité). En outre, une incohérence entre la cotation montée et la cotation ski (exemple : 3.3/AD) sous-entend la présence d’un rappel et d’une difficulté technique qu’on pourra avoir à remonter, y compris dans une course en boucle, en cas de demi-tour suite à de mauvaises conditions nivo, etc.

Quelques exemples de courses

Niveau 1. Col du Sabot, versant sud-ouest (Grandes Rousses). Ski : 1.2/E1/R. Au-dessus de Vaujany, des pentes douces déboisées mènent au col.

Niveau 2. Petit Arc, versant sud-est (Lauzière). Ski 2.2/E1/R. Au départ de Tioulevé, cette course est une étape avant le Grand Arc, plus long et plus raide.

Niveau 3. Côte-Belle, face ouest (Grandes Rousses). Ski 3.2/E1/F. Dominant le facile col du Sabot, la face ouest de Côte-Belle et ses 35° sont à pratiquer par conditions sûres (plaques fréquentes en neige froide).

Niveau 4. Pelvas, couloirs sud (Queyras). Ski 4.3/E3/PD+ pour le couloir de droite et 5.1/E3/AD- pour le couloir de gauche. Des pentes déjà raides et surtout exposées au-dessus de barres rocheuses importantes.

Niveau 5. Courtes, pente nord-est (Mont-Blanc). Ski 5.2/E2/AD. Une grande classique de la pente raide, longue (800 m si on part du sommet) et à 45° de moyenne. Elle a tendance à se creuser et à faire apparaître des rochers avec la déglaciation.

Niveau max (dans les Alpes). Aiguille Verte, Nant Blanc (Mont-Blanc). Ski 5.5/E4/D. Exposition, hauteur, engagement. L’ascension de la face elle-même est déjà un beau morceau.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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