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JO Milan-Cortina 2026 : À Cortina, les Italiens se sentent exclus de la fête

Cortina 2026 : La grande fête olympique, mais sans les Italiens ?

Les Jeux Olympiques de Milan-Cortina 2026 devraient être une célébration nationale. Pourtant, dans les vallées alpines, un sentiment de mise à l’écart grandit. Entre prix exorbitants, galères quotidiennes et promesses écologiques déçues, les habitants se sentent plus spectateurs que participants. Plongée au cœur d’une fête qui a oublié ses hôtes.

Les anneaux olympiques brillent sur les façades, les drapeaux flottent au vent, mais l’ambiance n’est pas tout à fait à la fête. À Cortina d’Ampezzo, et plus encore dans les villages voisins comme Sondalo, les Jeux Olympiques de 2026 ressemblent à un spectacle lointain, une superproduction conçue pour les caméras du monde entier, bien plus que pour les gens d’ici.

Une vallée à deux vitesses

Loin de l’effervescence attendue, la réalité sur le terrain est déconcertante. Un professionnel du tourisme local, habitué à l’affluence de février, nous confie une baisse de fréquentation de 60% sur les pistes. La raison ? Les touristes habituels, ceux qui remplissent les hôtels et les restaurants, ont été dissuadés par la machine olympique.

Commerçants et restaurateurs, les grands oubliés

Les commerçants espéraient des retombées exceptionnelles. La déception est palpable. « Les athlètes et leurs équipes mangent au Village Olympique », soupire le patron d’un restaurant de Livigno. Le soir, les rues sont calmes, les établissements peinent à se remplir. Seuls quelques bars sponsorisés tirent leur épingle du jeu, sans pour autant connaître la cohue.

Le paradoxe est immense : alors que les médias vantent des retombées économiques globales de 5,3 milliards d’euros, comme le rapporte Euronews, le petit commerce local, lui, fait grise mine.

Des Jeux inaccessibles pour les locaux

Le sentiment d’exclusion est aussi une question de portefeuille. Comment imaginer une fête populaire quand les billets s’envolent ? Assister à une finale de Big Air coûte 150 euros. Pour une épreuve de skicross, qualifiée de “forte demande”, le prix grimpe à 250 euros.

Pour un pays où le salaire minimum se situe souvent entre 950 et 1200 euros bruts, ces tarifs sont tout simplement prohibitifs. La fête se regarde à la télévision, pas au pied des pistes. « J’ai regardé la fête à la télé », nous explique Savio Peri, une figure locale. « Les JO sont beaux, mais ça n’a pas de sens de les faire ici s’il n’y a pas les infrastructures pour accueillir les gens. »

Le quotidien perturbé

Au-delà de l’aspect financier, c’est toute la vie quotidienne qui est chamboulée. Pour circuler, il faut obtenir un autocollant spécial, un sésame difficile d’accès pour beaucoup. Dans certaines communes, les enfants doivent suivre les cours en ligne pour ne pas engorger les routes. Un véritable casse-tête pour les familles qui voient les contraintes s’accumuler sans profiter des festivités.

Le malaise des athlètes

Ce sentiment étrange, cette absence d’âme olympique, est même partagé par les principaux concernés : les athlètes. La star du ski alpin, Marco Odermatt, n’a pas mâché ses mots en parlant d’un « aucun esprit olympique à Bormio ».

Un avis partagé par la spécialiste du skicross, Fanny Smith. « J’ai l’impression qu’ils ne sont pas allés au bout des choses », a-t-elle confié. « C’est un peu triste des JO sur une piste aussi simple, aussi bas de gamme. Autour, il n’y a rien. J’en ai vécu des Jeux avec un vrai esprit olympique. Mais ici… » Ces critiques, venant des héros du spectacle, résonnent douloureusement dans les vallées.

L’écologie, grande perdante de l’événement ?

L’organisation avait promis les Jeux « les plus responsables de l’histoire ». Sur le terrain, la réalité est bien différente, et de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer un “pari raté”, comme le titre le média Vert.eco.

Les navettes qui transportent les équipes et les médias ? Elles roulent au diesel. Pour alimenter les infrastructures temporaires, des groupes électrogènes tournent 24 heures sur 24. « Je suis entouré de groupes électrogènes, il y a de la police partout. Je ne sais plus où je suis », se désole un habitant.

Des projets d’infrastructure, comme la controversée piste de bobsleigh ou de nouvelles routes, soulèvent l’ire des associations écologistes. Mountain Wilderness déplore un manque total de consultation et un dialogue absent avec le comité d’organisation.

Un héritage en question

Bien sûr, tout n’est pas négatif. Cortina, qui avait déjà accueilli les Jeux en 1956, bénéficie d’une réhabilitation majeure de ses infrastructures, comme le Stade Olympique ou le Centre de glisse Eugenio Monti. Un Village des Athlètes, conçu pour être démontable, verra le jour à Fiames. Ces chantiers représentent un héritage tangible, comme l’analyse le site Sport et Société.

Mais cet héritage de béton et d’asphalte suffira-t-il à effacer le sentiment d’une occasion manquée ? Celle de faire de ces Jeux une véritable fête partagée, ancrée dans son territoire et respectueuse de ses habitants. Pour l’instant, à Cortina, la flamme olympique semble briller pour tout le monde, sauf pour ceux qui vivent à son pied.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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