À quelques kilomètres de la frontière suisse, la station italienne de Livigno s’apprête à vibrer au rythme des Jeux Olympiques d’hiver de 2026. Mais avant que les athlètes ne s’élancent sur les pistes de snowboard et de freestyle, un défi logistique de taille se prépare en coulisses, orchestré par le canton des Grisons. Comment gérer l’afflux de milliers de fans suisses à travers un unique et étroit tunnel de montagne ?
Livigno 2026 : une arène olympique aux portes de la Suisse
Avec 26 médailles en jeu dans les disciplines spectaculaires du snowboard et du freestyle, Livigno sera l’un des points chauds des JO de Milano-Cortina 2026. Sa situation géographique est unique : nichée dans les Alpes lombardes, elle est à seulement cinq kilomètres de la Suisse. Cette proximité en fait une destination de choix pour les supporters helvétiques.
Les organisateurs estiment qu’environ 12 000 spectateurs se rendront chaque jour sur le site. Parmi eux, près d’un tiers, soit entre 3000 et 4000 personnes, viendront de Suisse. Un chiffre colossal, surtout quand on sait que l’accès en hiver se résume à une seule route passant par le canton des Grisons.
Le tunnel de Munt-la-Schera : un défi logistique majeur
L’unique porte d’entrée hivernale vers Livigno depuis la Suisse est le tunnel de Munt-la-Schera. Long de 3,5 kilomètres, il a la particularité d’être à voie unique, avec une circulation alternée régulée par des feux. En temps normal, durant les vacances d’hiver, ce passage est déjà un point de congestion bien connu.
Pendant les Jeux, qui se dérouleront en pleine saison touristique, le risque d’embouteillages monstres est donc maximal. Pour éviter le chaos, les autorités grisonnes ont dû élaborer un plan de mobilité audacieux et restrictif, en collaboration avec la police, les services des travaux publics et les entreprises de transport.
Le plan de mobilité des Grisons : comment se rendre à Livigno ?
Si vous prévoyez de vous rendre à Livigno pour encourager les athlètes, oubliez l’idée de prendre votre voiture jusqu’au pied des pistes. Le canton des Grisons a mis en place un dispositif complet pour privilégier les transports publics et assurer la fluidité du trafic.
Des navettes CarPostal à haute fréquence
Le pilier de ce plan est un système de navettes géré par CarPostal. Le tunnel de Munt-la-Schera sera fermé à la circulation privée (sauf pour les véhicules autorisés).
- Depuis Zernez : Des navettes partiront toutes les 15 minutes aux heures de pointe, de 6h du matin à minuit.
- Depuis Müstair : Une navette est également prévue toutes les 30 minutes.
Pour optimiser le passage dans le tunnel, les bus circuleront en convois de trois, une stratégie visant à maximiser le nombre de passagers transportés à chaque créneau de circulation.
Le train et les parkings relais (P+R)
Pour encourager les spectateurs à laisser leur voiture bien avant la frontière, le dispositif s’appuie sur le réseau ferroviaire et des parkings relais.
- Trains renforcés : Les Chemins de fer rhétiques (RhB) augmenteront la cadence de leurs trains, notamment le matin et le soir, pour acheminer les fans jusqu’en Engadine.
- Parkings P+R : Des parkings seront disponibles à Landquart, Zernez et Müstair. C’est là que vous devrez laisser votre véhicule avant de monter dans une navette.
Le coût de l’expérience olympique : à quoi s’attendre ?
Assister aux Jeux Olympiques aura un coût, et le transport ne fera pas exception. Le plan de mobilité grison, bien que nécessaire, représente un budget conséquent pour les spectateurs.
- Le stationnement sur les parkings relais coûtera 70 francs par jour (hors TVA).
- Un billet de train aller-retour entre Landquart et Zernez s’élèvera à environ 106 francs en plein tarif.
Ces tarifs élevés ont un double objectif, comme l’a expliqué Carmelia Maissen, conseillère d’Etat grisonne en charge des Infrastructures : « Nous voulons couvrir une partie des coûts à notre charge avec cette taxe et souhaitons créer une incitation pour que les spectateurs des JO se déplacent en transports publics sur l’ensemble de leur parcours », a-t-elle déclaré à la RTS. Ces frais de transport s’ajouteront bien sûr au prix des billets pour les compétitions, qui peuvent atteindre 150 euros pour une finale.
Tensions financières : les Grisons face à l’Italie
L’organisation de ce plan de transport représente un coût total de plus de cinq millions de francs pour le canton des Grisons. Un accord initial prévoyait que les organisateurs italiens de Milano-Cortina 2026 participent à hauteur de 10 % de cette somme. Cependant, cette confirmation se fait attendre.
En décembre dernier, Carmelia Maissen exprimait déjà son mécontentement : « Le gouvernement des Grisons attend encore et toujours une confirmation de la partie italienne. Nous sommes irrités qu’elle ne soit pas arrivée », confiait-elle. Cette situation est d’autant plus sensible que les citoyens grisons ont refusé par deux fois, en 2013 et 2017, d’organiser les Jeux Olympiques sur leur territoire, notamment pour des raisons de coûts et d’impact environnemental. Aujourd’hui, le canton se retrouve à payer pour gérer les conséquences d’un événement organisé par son voisin.
Le plan final de mobilité doit être présenté d’ici la fin octobre 2025. D’ici là, les spectateurs suisses peuvent déjà commencer à planifier leur voyage, en gardant à l’esprit que les transports publics ne seront pas seulement une option, mais une quasi-obligation pour vivre la magie olympique à Livigno.
