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Jean-Marc Rochette & Paul Bonhomme : l’art de réinventer l’imaginaire de la montagne

Et si la montagne était plus qu’un simple terrain de jeu ? Et si, au-delà de la performance et de l’exploit, elle était une toile vierge, une source d’inspiration infinie ? C’est la vision que nous proposent deux figures majeures de cet univers : l’artiste Jean-Marc Rochette et l’alpiniste de haut niveau Paul Bonhomme. Leur dialogue fascinant nous invite à renouveler notre regard et à explorer l’imaginaire de la montagne, là où l’art et l’alpinisme se rencontrent.

La montagne comme une révélation

Pour comprendre leur démarche, il faut remonter à l’origine, à ce premier choc visuel et sensoriel. Pour Jean-Marc Rochette, tout commence enfant, lors d’une randonnée avec sa mère aux lacs Achard, au-dessus de Grenoble. Il est alors saisi par ce qu’il appelle « l’odeur » du monde sauvage. Une empreinte indélébile qui marquera toute son œuvre.

De son côté, Paul Bonhomme, jeune garçon de la banlieue parisienne, connaît une révélation similaire. L’immensité du val d’Hérens en Suisse le submerge. Plus tard, la vision de la face nord des Bans, un « couloir nord quand on a douze ans », ancre en lui une passion qui ne le quittera plus.

Ces deux expériences fondatrices, bien que différentes, partagent un point commun : la montagne ne se présente pas à eux comme un défi, mais comme une évidence, une force primitive qui s’impose et transforme la perception du monde.

Jean-Marc Rochette : du piolet au pinceau

Le parcours de Jean-Marc Rochette est une histoire de passion et de résilience. Adolescent, il se destine à une carrière de guide de haute montagne, dévorant les récits de Terray et Rébuffat. L’Oisans devient son jardin, un lieu d’apprentissage et d’engagement total.

Mais à 20 ans, un grave accident d’alpinisme brise son rêve. Contraint d’abandonner la verticalité des parois, il se tourne vers un autre type d’expression : le dessin et la peinture. La montagne, qu’il ne peut plus conquérir physiquement, il va la recréer. Elle devient, selon ses mots, « à l’intérieur de son œil ».

### « Ailefroide », une œuvre fondatrice

Cette transition donne naissance à une œuvre majeure de la bande dessinée : « Ailefroide, altitude 3954 ». Dans ce récit autobiographique poignant, il ne raconte pas seulement ses ascensions, mais la fusion entre un homme et un massif. Il popularise l’imaginaire de la montagne auprès d’un large public, loin des clichés héroïques.

### La peinture comme un corps-à-corps

Au-delà de la BD, c’est dans la peinture que Rochette exprime la puissance brute de la montagne. Ses toiles, souvent sombres et expressionnistes, capturent l’âme des Écrins. Il voit dans le paysage une forme de corps, avec sa violence, son harmonie et son « érotisation du réel ». Comme il l’explique dans un entretien avec Fabrice Gabriel pour Alpine Mag, peindre un paysage ou un corps relève de la même démarche, celle de capter une vérité charnelle du monde.

Paul Bonhomme : l’alpinisme comme une quête de sens

Face à l’artiste, il y a le praticien. Paul Bonhomme incarne une génération d’alpinistes qui cherchent dans la performance plus qu’un simple record. Pour lui, l’engagement en montagne est une forme d’expression totale, un moyen d’interagir avec les éléments et de se confronter à soi-même.

Son parcours illustre une approche de la performance outdoor où le « comment » importe autant que le « quoi ». L’élégance du geste, la pureté de la ligne et le respect de l’environnement sont au cœur de sa pratique. Il ne s’agit pas de dominer la montagne, mais de dialoguer avec elle.

Un dialogue pour réinventer l’imaginaire de la montagne

La rencontre entre ces deux hommes, orchestrée notamment autour de la BD « Ailefroide », a ouvert un espace de réflexion passionnant. Leur dialogue, exploré lors d’une rencontre pour Alpine Mag, tisse un lien puissant entre la pratique artistique et la pratique montagnarde.

### Le risque comme moteur de création

Au centre de leur échange se trouve la notion de prise de risque. Le risque physique de l’alpiniste qui s’engage dans une paroi est mis en miroir avec le risque artistique du peintre face à sa toile. Dans les deux cas, il s’agit de sortir de sa zone de confort, de se confronter à l’inconnu pour faire émerger quelque chose de nouveau, une vision, une émotion.

Cette démarche commune vise à recréer ce qu’ils appellent la « chair du monde ». C’est une tentative de capturer l’essence même de la haute montagne : sa beauté âpre, son silence, et cette sensation de fusion avec la nature qui valorise l’existence.

### Au-delà de l’exploit, l’expérience

Ensemble, Rochette et Bonhomme nous poussent à dépasser la simple narration de l’exploit. Ils nous montrent que l’alpinisme, tout comme l’art, est avant tout une expérience transformatrice. Grimper un sommet ou le peindre sont deux manières de se l’approprier, de le comprendre et de le traduire en une émotion partageable.

Leur vision commune enrichit profondément notre perception. Elle nous rappelle que la montagne est un espace culturel et sensible, un lieu où l’on peut non seulement tester ses limites physiques, mais aussi nourrir son esprit et sa créativité.

En conclusion, le dialogue entre Jean-Marc Rochette et Paul Bonhomme est une invitation à regarder plus haut et plus loin. Il nous montre que la performance, qu’elle soit sportive ou artistique, trouve son sens le plus profond lorsqu’elle sert à exprimer notre lien intime avec le monde sauvage. Une leçon inspirante pour tous les passionnés de montagne, qu’ils tiennent un piolet, un pinceau ou simplement un regard émerveillé.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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