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Jean-Claude Droyer : Rencontre avec le gardien de l’escalade libre en France

Jean-Claude Droyer : Rencontre avec le gardien du temple de l’escalade libre

Il suffit de quelques minutes en sa compagnie pour le comprendre : à 79 ans, Jean-Claude Droyer n’a rien perdu de sa flamme. La passion pour l’escalade libre, celle qui se pratique sans autre artifice que le talent et la force, brûle toujours en lui. Rencontré au Festival international du film d’aventure de La Rochelle, son nouveau port d’attache, celui que l’on surnommait la « ventouse chevelue » a toujours cette étincelle dans le regard quand il évoque l’éthique de la grimpe.

Pionnier, visionnaire, parfois controversé, Jean-Claude Droyer est bien plus qu’un simple grimpeur. Il est l’homme qui a importé et imposé une véritable révolution en France dans les années 70. Une révolution qui a changé à jamais le visage de l’escalade, la faisant passer d’une conquête de sommets à un art du mouvement. Retour sur le parcours d’une légende vivante qui a marqué l’histoire de la performance en montagne.

L’homme qui a défié les conventions

Pour saisir l’impact de Jean-Claude Droyer, il faut se replonger dans l’escalade des années 1970. À cette époque, l’objectif principal est d’atteindre le sommet, peu importe la manière. On utilise alors massivement des pitons, des étriers, des cordes fixes pour se hisser le long de la paroi. C’est ce qu’on appelle l’escalade artificielle.

La naissance d’une éthique

De retour d’un voyage aux États-Unis, Droyer rapporte dans ses bagages une philosophie radicalement différente, inspirée de l’éthique anglo-saxonne. Pour lui, le jeu change : les pitons ne doivent servir qu’à assurer sa sécurité en cas de chute, et non à progresser. C’est la naissance de sa croisade pour l’escalade libre.

Cette vision, il va la défendre avec une détermination sans faille. Son approche est parfois jugée brutale. Il n’hésite pas à retirer les pitons qu’il juge superflus dans certaines voies, une pratique appelée le « dépitonnage », s’attirant les foudres d’une partie de la communauté des grimpeurs. Mais pour lui, l’essentiel est ailleurs : il s’agit de préserver la pureté du geste et le défi physique et mental face au rocher. L’histoire de l’escalade des années 70 est profondément marquée par son rôle, comme le souligne le site Escalade Montagne.

Des réalisations qui ont marqué l’histoire

Le discours de Droyer n’aurait pas eu le même poids sans des démonstrations de force sur le terrain. Alpiniste aguerri, il se distingue dès 1971 avec la première ascension en solitaire de la Directe Américaine au Dru. Mais c’est sur les falaises qu’il va véritablement graver son nom dans la roche.

Le Saussois, laboratoire de la haute difficulté

La petite falaise du Saussois, en Bourgogne, devient son terrain de jeu et le berceau de l’escalade de haut niveau en France. C’est là qu’il va repousser les limites du possible :
* L’Arête Jaune (6b) en 1976 : Considérée comme la deuxième voie de ce niveau au monde.
* L’Échelle à Poissons (7a) en 1977 : La toute première voie cotée 7a au monde, un véritable séisme dans le milieu.
* La Der et Jardin Suspendu (6c) en 1977
* La Dudule (7a) en 1978

Ces réalisations ne sont pas de simples performances sportives. Elles sont la preuve que son éthique de l’escalade libre permet d’atteindre des niveaux de difficulté alors inimaginables.

Du Verdon aux Dolomites

Son influence s’étend bien au-delà du Saussois. Il ouvre des voies mythiques dans les gorges du Verdon, comme Necronomicon ou Triomphe d’Eros. Il s’illustre également sur d’autres sites majeurs comme Saffres ou Buoux, avec la réalisation de Gougousse (7b) en 1980.

Son amour pour la montagne ne le quitte jamais. Il réalise des ascensions majeures dans les Alpes, notamment sur la face Est du Grand Capucin en 1977, et dans les Dolomites avec les faces Nord de la Cima Grande et de la Cima Ouest. Vous pouvez retrouver le détail de sa biographie et de ses performances impressionnantes sur le site de référence Climbing Away.

Un héritage toujours vivant

Aujourd’hui, les principes défendus par Jean-Claude Droyer sont devenus la norme. L’escalade libre est la pratique la plus répandue, et l’éthique qu’il a portée, parfois contre vents et marées, est au cœur de ce sport. Son intransigeance a pu déranger, mais elle a été le moteur d’une évolution nécessaire.

Comme le rapporte un article d’Alpine Mag suite à sa rencontre au festival de La Rochelle, sa passion est intacte. Il continue de porter un regard affûté sur le monde de la grimpe, ses évolutions et ses dérives potentielles.

En fin de compte, l’histoire de Jean-Claude Droyer est celle d’un homme qui a eu raison trop tôt. Il a offert à l’escalade française ses lettres de noblesse en la recentrant sur l’essentiel : le dialogue entre le grimpeur et le rocher. Un héritage immense, dont les grimpeurs d’aujourd’hui sont, consciemment ou non, les héritiers. Il reste, et restera, le véritable gardien du temple de l’escalade libre.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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