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Jean Annequin : Portrait d’un guide qui place l’humain avant le sommet

Un guide-philosophe au camp de base

Janvier 2025. Le chalet de Jean Annequin à Servoz, en Haute-Savoie, est un havre de paix. Dehors, le vent glacial sculpte la neige fraîche. Dedans, l’ambiance est chaleureuse. Le guide de haute montagne et skieur-voyageur nous accueille entre deux aventures, une habitude pour cet explorateur infatigable. À peine rentré du val d’Aoste, il prépare déjà son départ pour l’Autriche, avant de s’envoler vers le Tadjikistan et l’Ouzbékistan. Pour lui, ces destinations sont presque la porte à côté.

Mais qui est vraiment cet homme qui a fait du monde son terrain de jeu, tout en gardant un profond respect pour ses dangers ? Portrait d’un alpiniste qui place l’aventure humaine bien au-dessus de la conquête des sommets.

Des pentes de Lyon aux plus hauts sommets

L’appel précoce de la verticalité

Né à Lyon en 1970, Jean Annequin n’était pas prédestiné à devenir une figure de l’alpinisme. Pourtant, la montagne s’est imposée à lui très tôt. Son père, un amateur de très haut niveau, lui transmet le virus. Les vacances familiales se passent dans le val Ferret italien, au pied des géants. C’est là que le jeune Jean fait ses premières armes.

Et quelles armes ! À seulement 13 ans, il gravit la mythique face nord des Drus. Une ascension qui en dit long sur sa précocité et sa détermination. L’adolescence est marquée par d’autres courses prestigieuses, mais aussi par une certaine rébellion. Le système scolaire ne lui convient pas. Il préfère l’école de la grimpe et des copains, quitte à frôler la ligne jaune. Pour lui, la montagne a été un garde-fou, un exutoire qui a canalisé son énergie débordante.

« Je n’ai pas le bac mais à dix-huit ans, j’ai une liste d’ascensions qui me permet d’envisager d’aller à l’aspi », confie-t-il. Sans le diplôme de fin d’études, il se présente à l’examen probatoire pour devenir guide. Son expérience et sa maturité en paroi font la différence.

L’ENSA, une révélation

En 1991, il intègre l’École Nationale de Ski et d’Alpinisme (ENSA) comme stagiaire. Cette période est un tournant. Il y vit « les plus belles semaines de [sa] vie », apprenant auprès de figures emblématiques comme Georges Payot ou Marco Troussier. La même année, une première expédition au Népal lui ouvre les portes du voyage. Le virus est planté, et il ne le quittera plus.

À 22 ans, il obtient son diplôme de guide de haute montagne. Un parcours atypique qui forge un caractère unique, mêlant excellence technique et une approche profondément humaine du métier.

Skier pour voyager : une philosophie de vie

Pour Jean Annequin, le ski n’est pas une fin en soi, mais un moyen. Un moyen de découvrir, de rencontrer, de s’immerger. « Voyager pour skier ou skier pour voyager ? Pour Jean, c’est plutôt la deuxième option qui le transporte », une philosophie qui guide chacune de ses aventures.

Avec plus de 29 ans d’exploration au compteur, son carnet de route est impressionnant. Selon Plein Nord, il a participé à 22 expéditions sur des sommets de plus de 7000 mètres et exploré 35 destinations de ski de montagne, de l’Alaska à la Sibérie, en passant par l’Antarctique. Il est notamment l’auteur de la première traversée intégrale des montagnes de Sharr, dans les Balkans.

L’aventure humaine avant tout

Ce qui le motive, ce ne sont pas les records ou les exploits. « Je ne peux pas nier que la montagne m’attire mais ce sont d’abord les possibilités de rencontres qui me conduisent à un endroit et les liens tissés me font y retourner ». Cette quête de l’autre culmine lors d’une expédition en Afghanistan, où il organise l’ascension du plus haut sommet du pays, le Noshaq (7 492 m), pour une équipe d’alpinistes afghans. Une aventure partagée, loin de l’alpinisme de performance.

Cette approche se retrouve dans sa collaboration de longue date avec ses compagnons de cordée, comme Simon Destombes et Michel Zalio, avec qui il a co-écrit le livre « À ski autour du monde ».

La sagesse des cimes : « Aucune montagne ne vaut qu’on meure pour elle ! »

Cette phrase, transmise par son père, est devenue son mantra. Elle résume toute sa vision de la montagne : un espace de liberté et de plaisir, mais jamais un lieu de sacrifice. Dans un portrait pour Montagnes Magazine, il insiste sur cette idée fondamentale : la vie prime toujours sur le sommet.

Cette philosophie irrigue aujourd’hui son enseignement à l’ENSA, où il est professeur depuis 2002. Il y transmet bien plus que des techniques. Il forme les futurs guides à une gestion fine des risques, à la compréhension du milieu et, surtout, à l’accompagnement bienveillant de leurs clients. Pour lui, un bon guide n’est pas celui qui emmène ses clients au sommet à tout prix, mais celui qui les ramène en bas, heureux et enrichis par leur expérience.

Un passeur d’histoires

Quand il n’est pas en expédition ou à l’ENSA, Jean Annequin écrit. Ses livres, comme « La Grande Traversée des Alpes » (2022) ou le plus récent « Neiges lointaines » (2024), ne sont pas de simples récits de voyage. Ce sont des invitations à voir le monde autrement, à travers le prisme du skieur-voyageur.

À travers ses mots, il partage sa passion pour les cultures lointaines et les paysages immaculés. Il inspire, sans jamais donner de leçons. Il invite simplement à suivre son conseil, inspiré par l’explorateur Bill Tilman : « Prenez plaisir à aller voir ce qu’il y a derrière ».

Jean Annequin incarne une vision moderne et humaniste de l’alpinisme. Un homme pour qui la plus belle trace n’est pas celle laissée dans la neige, mais celle gravée dans les mémoires et les cœurs.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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