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Impact du Trail sur la Faune : Comprendre les « Couloirs de la Peur » pour Protéger la Biodiversité

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Le trail, ou course en pleine nature, est une passion qui procure un sentiment de liberté unique. Cependant, une étude scientifique révèle l’impact insoupçonné de cette pratique sur la faune sauvage. Nos passages répétés créent des « couloirs de la peur », des barrières invisibles qui modifient le comportement des animaux. Cet article décrypte les conclusions d’une étude menée pendant 10 ans dans les Alpes et propose des solutions pour une pratique du trail plus respectueuse de la biodiversité.

Étude Scientifique : 10 Ans d’Observation de l’Impact du Trail sur les Bouquetins

Au cœur du massif du Bargy, en Haute-Savoie, des scientifiques ont mené une étude d’envergure. Pendant une décennie, ils ont suivi les déplacements de 139 bouquetins équipés de colliers GPS. Ce travail colossal, mené par l’Office français de la biodiversité (OFB), a permis de cartographier avec une précision inédite les habitudes de ces animaux emblématiques.

Si l’objectif initial était différent, les données ont mis en lumière une réalité surprenante concernant l’impact du trail sur la faune. « En observant les déplacements des bouquetins, […] nous avons constaté que les sentiers étaient des marqueurs structurants », explique Pascal Marchand, le scientifique en charge de l’étude. Les chemins que nous utilisons pour nos loisirs influencent donc directement le comportement de la faune.

Le « Couloir de la Peur » : Une Barrière Invisible pour la Faune Sauvage

Cette observation a permis de définir le concept de « couloir de la peur ». Il ne s’agit pas d’un lieu physique, mais d’une zone d’influence autour des sentiers que la faune évite activement en présence d’humains.

Les chiffres de l’étude sont sans appel :

  • Le jour : Les bouquetins gardent une distance de sécurité de 100 à 500 mètres avec les sentiers fréquentés par les traileurs et randonneurs.
  • La nuit : Une fois les humains partis, ils se rapprochent pour accéder aux meilleures zones de pâturage.

Ce stress constant force les animaux à dépenser une énergie précieuse et les prive d’un accès à des ressources alimentaires essentielles, notamment pour accumuler les graisses nécessaires à leur survie en hiver. Même si un coureur ne représente pas une menace directe, notre présence est perçue comme un danger. « Dans leurs têtes et dans leurs gênes, nous restons leur principal prédateur », souligne Pascal Marchand.

Compétitions de Trail : Un Impact Démultiplié, Surtout la Nuit

L’impact d’un randonneur seul est déjà notable, mais celui d’une course de trail rassemblant des centaines de participants est bien plus important. L’étude a démontré que durant ces événements, la zone d’évitement s’étend de 500 à 1 000 mètres autour du parcours.

La perturbation est particulièrement critique lors des trails nocturnes. La nuit est un moment crucial pour la faune, dédié à l’alimentation et aux déplacements en toute quiétude. L’irruption de nombreux coureurs avec leurs lampes frontales fragmente leur territoire et brise ce cycle essentiel.

L’impact ne se limite pas au passage des coureurs. Les points de ravitaillement, le bruit et la présence de spectateurs aggravent la perturbation. « Les passages de nuit ne devraient pas se trouver dans les zones sensibles pour les animaux », recommande le scientifique de l’OFB.

Un Enjeu Écologique Global pour la Biodiversité en Montagne

Le phénomène observé dans le Bargy n’est pas un cas isolé. Des études similaires sur les chamois dans le massif des Bauges arrivent aux mêmes conclusions. Avec environ 1,4 million de pratiquants et près de 5 000 compétitions en France, la popularité croissante du trail transforme cette perturbation locale en un enjeu écologique majeur.

Cette pression s’ajoute à des défis comme le réchauffement climatique, qui rend la faune de montagne encore plus vulnérable. L’objectif n’est pas de stigmatiser les traileurs, qui sont souvent les premiers à aimer la montagne. « Je pense en toute honnêteté que les pratiquants ne pensent pas avoir cet impact-là », analyse Maxime de Banizette de l’Office national des forêts (ONF). Il s’agit d’une prise de conscience pour trouver un équilibre durable.

Comment Pratiquer un Trail Responsable et Respectueux ?

La solution est d’adapter notre pratique. Voici 5 conseils pour devenir un traileur plus respectueux de la faune et de la flore :

1. Restez sur les Sentiers Balisés

Le hors-piste augmente la surface de perturbation, dérange les animaux et peut endommager la flore. Suivre les chemins minimise votre impact.

2. Soyez Discret et Silencieux

La montagne est un écosystème vivant. Évitez la musique et les cris. Le silence respecte la quiétude des lieux et augmente vos chances d’observer la faune.

3. Gardez Vos Distances avec les Animaux

Si vous croisez un animal, ne cherchez pas à l’approcher, le nourrir ou le poursuivre pour une photo. Observez-le de loin et continuez votre route calmement.

4. Renseignez-vous sur les Zones et Périodes Sensibles

Avant une sortie, informez-vous sur les zones de quiétude (mise bas au printemps, rut à l’automne) auprès des parcs naturels pour les éviter.

5. Choisissez des Courses Éco-responsables

En tant que participant, privilégiez les événements engagés dans la protection de l’environnement (parcours adaptés, nombre de coureurs limité, sensibilisation).

Concilier Trail et Biodiversité : Vers un Avenir Durable

L’étude sur les « couloirs de la peur » est un appel à la prise de conscience. Elle nous rappelle que la montagne est un habitat avant d’être un terrain de jeu. Loin d’opposer sport et écologie, elle nous invite à faire évoluer nos comportements.

En adoptant une pratique plus humble et responsable, nous pouvons assurer la pérennité de notre passion sans nuire à la survie de la faune sauvage. La véritable performance de demain sera celle qui intègre pleinement la préservation de la biodiversité.

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