Howard Knob : La renaissance d’un spot de bloc légendaire après 30 ans d’interdiction
Imaginez un lieu mythique, des rochers parfaits que les légendes de la grimpe ont foulés, soudainement interdit d’accès pendant plus de trois décennies. C’est l’histoire de Howard Knob, un trésor de l’escalade en Caroline du Nord qui, grâce à la persévérance d’une communauté passionnée, s’apprête enfin à renaître de ses cendres.
Howard Knob, le “Hueco Tanks de l’Est”
Perché au-dessus de la ville de Boone, dans les Appalaches, Howard Knob n’est pas un simple site de bloc. Depuis les années 1970, ce lieu est devenu une véritable référence pour les grimpeurs. Sa roche, un gneiss noir d’une qualité exceptionnelle, offre des centaines de passages aux prises solides et franches.
Mais ce qui a forgé sa légende, ce sont ses mouvements dynamiques, les “dynos” (ou jetés). Le site en regorgeait à tel point qu’il a rapidement gagné le surnom de “Hueco Tanks de l’Est”, en référence au célèbre spot texan. Des pionniers comme Royal Robbins et John Sherman y ont laissé leur marque, faisant de Howard Knob un terrain de jeu et d’entraînement incontournable.
Joey Henson, l’une des figures de la lutte pour sa réouverture, le décrit comme un “gymnase d’escalade en plein air”, parfait pour les débutants comme pour les experts.
1993 : La fermeture qui a tout changé
Le rêve a pris fin en 1993. Un promoteur immobilier rachète 74 acres de terrain, incluant la majorité des blocs, et y interdit l’accès pour y construire un lotissement. Pour la communauté des grimpeurs, le choc est immense. Mais au lieu de se résigner, une poignée d’irréductibles décide de se battre.
Menée par Joey Henson et un jeune militant écologiste nommé Jeffrey Scott, la résistance s’organise. L’un des actes fondateurs de cette lutte est resté dans les mémoires : pour empêcher les bulldozers d’abattre un arbre et de détruire un rocher emblématique, Jeffrey Scott y est resté perché pendant près de 10 heures.
Cet acte de désobéissance civile a créé une dynamique incroyable. Comme le raconte Climbing.com, un rassemblement a réuni près de 1 000 personnes dans les rues de Boone, prouvant que la cause dépassait le simple cercle des grimpeurs.
La naissance d’un mouvement de conservation
Cette mobilisation a été le terreau de plusieurs initiatives majeures pour la protection des sites naturels dans la région.
Des organisations nées du combat
Face à l’urgence, les grimpeurs ont structuré leur action.
– Le Watauga Land Trust a été créé en 1995 par Henson et Scott. Cette organisation a ensuite évolué pour devenir le Blue Ridge Conservancy, l’acteur clé de la victoire finale.
– La Carolina Climbers’ Coalition (CCC), fondée la même année, est également née en partie de cette lutte pour l’accès à Howard Knob.
Un soutien national
La cause a rapidement attiré l’attention d’organisations nationales. L’Access Fund, qui défend l’accès aux sites d’escalade à travers les États-Unis, a apporté un soutien financier crucial de 15 000 $. Cette solidarité a montré que le combat pour Howard Knob était devenu un symbole national.
Une victoire historique, 32 ans plus tard
Le 16 décembre dernier, après plus de trois décennies d’efforts inlassables, le dénouement est enfin arrivé. Le Blue Ridge Conservancy a officiellement racheté 73 acres de terrain, sécurisant ainsi l’avenir du site.
Eric Hiegl, du Blue Ridge Conservancy, souligne l’importance de ce moment : “Sauver Howard Knob a été une priorité absolue pour le Blue Ridge Conservancy depuis le premier jour. C’est la raison même de notre création !”.
Pour Jeffrey Scott, l’annonce fut un choc. Il raconte avoir reçu un message vocal lui disant : “Jeffrey, je crois que je vois des cochons voler dans le ciel.” Une expression pour dire que l’impossible venait de se produire. “Nous étions des rêveurs, mais nous avons mis nos valeurs en action et fait ce que nous pouvions”, confie-t-il.
Et maintenant ? Patience avant de regrimper
Cette victoire historique soulève une question que tous les grimpeurs ont sur les lèvres : quand pourra-t-on retourner à Howard Knob ?
La réponse est : pas tout de suite. Le terrain est désormais sécurisé, mais il n’est pas encore officiellement ouvert au public. Le Blue Ridge Conservancy et ses partenaires doivent maintenant travailler à l’aménagement du site pour garantir un accès sécurisé et durable. Cela inclut la création de parkings, de sentiers d’accès et la mise en place d’un plan de gestion.
Une “révolution de l’accès” dans le Sud-Est
Le succès de Howard Knob n’est pas un cas isolé. Il s’inscrit dans une tendance plus large de victoires pour la communauté des grimpeurs en Caroline du Nord. Récemment, la CCC a également réussi à acquérir une partie du site de Ghost Town, une autre zone d’escalade majeure.
Selon les experts, ces réussites sont le fruit d’un travail de longue haleine et d’une reconnaissance croissante des grimpeurs comme des acteurs légitimes de la conservation et des loisirs de plein air. La persévérance paie, et la communauté a prouvé qu’en “grignotant petit à petit, on peut remporter de grandes victoires”, comme le rapporte le magazine Gripped.
L’histoire de Howard Knob est bien plus qu’une simple réouverture d’un site d’escalade. C’est le témoignage inspirant du pouvoir d’une communauté unie par la passion et la détermination. C’est la preuve que même après 30 ans, l’espoir et l’optimisme peuvent déplacer des montagnes.
