Un exploit historique en approche
L’air du large est chargé d’une tension palpable, celle qui précède les grands exploits. Après plus de 70 jours en mer, le navigateur breton Guirec Soudée est en passe de réaliser une performance historique : le premier tour du monde à l’envers, en solitaire et en multicoque. À bord de son Ultim MACSF, il ne se bat pas seulement contre la montre, mais contre les éléments les plus hostiles de la planète.
Faire le tour du monde « à l’envers », c’est naviguer d’est en ouest, contre les vents et les courants dominants. C’est un défi que peu de marins osent relever. Sur un multicoque, un bateau puissant mais exigeant qui ne pardonne aucune erreur, l’entreprise relevait de l’impossible pour beaucoup. Avant Guirec, d’autres s’y sont essayés et ont dû renoncer, comme Yves Le Blévec en 2017 ou le duo Romain Pilliard/Alex Pella en 2021. Mais aujourd’hui, l’exploit est à portée d’étrave.
Le passage des trois caps : une course contre les éléments
Le parcours d’un tour du monde est jalonné par trois points de passage mythiques, trois caps redoutables qui marquent les étapes clés de cette circumnavigation. Pour Guirec Soudée, chacun a été une victoire.
Le Cap Horn, la porte du Pacifique
Franchi à la mi-janvier, le Cap Horn a marqué l’entrée de Guirec dans l’océan le plus vaste du monde. Une épreuve de force qui l’a contraint à un immense détour de 10 000 milles dans le Pacifique Nord pour éviter des conditions extrêmes. Loin de le décourager, cette épreuve a mis en lumière sa détermination sans faille.
Le Cap Leeuwin, l’avance se confirme
Le 25 février, après 57 jours de mer, le navigateur breton a passé le Cap Leeuwin, au sud-ouest de l’Australie. À ce moment-là, il avait déjà repris une avance considérable de 1000 milles sur le temps de référence. La machine était relancée, et le record de Jean-Luc Van Den Heede (122 jours et 14 heures en 2004 sur un monocoque) semblait de plus en plus accessible.
Bonne-Espérance, le dernier géant est vaincu
Le tournant de cette aventure a eu lieu le 6 mars 2026. En franchissant le cap de Bonne-Espérance, Guirec Soudée laissait derrière lui le dernier des trois géants. Une étape cruciale passée avec brio, malgré un safran endommagé quelques jours plus tôt après une collision avec un filet de pêche. Cet incident, qui aurait pu mettre fin à son rêve, n’a fait que renforcer sa résolution. Il comptait alors une avance colossale de 3700 milles.
« La question n’est plus de savoir si le record va tomber, mais quand »
Pendant des semaines, la prudence était de mise. Mais le passage de Bonne-Espérance a libéré sa parole. Contacté peu après, Guirec Soudée ne cache plus sa confiance : « Avec 20 jours d’avance, la question n’est plus de savoir si le record va tomber, mais ‘quand’ ». Cette phrase, lourde de sens, témoigne du chemin parcouru et de la sérénité qui l’habite désormais.
L’aventurier breton savoure cette nouvelle phase de la course, plus clémente. « Là c’est un peu mou, j’ai 9 nœuds de vent, j’avance à 13-14 nœuds, donc c’est correct », expliquait-il. « Il commence à faire super beau et il y a beaucoup moins de trafic. Je peux vraiment récupérer : me reposer, bien manger, prendre un peu de temps pour moi et bricoler sur le bateau. » Un repos bien mérité après avoir navigué dans les latitudes les plus hostiles du globe.
La dernière ligne droite vers Ouessant
Le retour vers la Bretagne est maintenant entamé. La ligne d’arrivée, au large d’Ouessant, se rapproche chaque jour un peu plus. Si tout se passe comme prévu, Guirec Soudée pourrait boucler son tour du monde d’ici la fin du mois de mars, pulvérisant le record existant et inscrivant son nom dans l’histoire de la voile.
Cependant, la vigilance reste maximale. La fatigue accumulée et la nature exigeante de son trimaran géant demandent une concentration de tous les instants. La remontée de l’Atlantique n’est jamais une simple formalité. Mais porté par une avance confortable et un moral d’acier, Guirec Soudée navigue désormais vers la consécration.
Son aventure est bien plus qu’une simple performance sportive ; c’est une démonstration de résilience, de stratégie et d’engagement total. En repoussant les limites du possible, il inspire toute une génération d’amoureux de la mer et de l’aventure. La Bretagne, et tout le monde de la voile, retient son souffle en attendant le retour de son héros.
