Escalade et Engagement : Pourquoi la Communauté Grimpe Contre l’ICE
Quand les salles d’escalade ferment leurs portes, ce n’est généralement pas pour des raisons politiques. Pourtant, un vent de protestation souffle sur la communauté de la grimpe américaine, unissant entreprises, salles et athlètes dans un mouvement de solidarité sans précédent contre les actions de l’agence fédérale ICE.
Le 30 janvier prochain, de nombreuses portes resteront closes. Non pas pour des travaux ou un jour férié, mais pour une grève nationale. Des salles d’escalade aux fabricants de matériel, le message est clair : la communauté outdoor ne restera pas silencieuse face aux violences et aux politiques migratoires jugées répressives. Ce mouvement, déclenché par des événements tragiques au Minnesota, révèle un engagement citoyen de plus en plus affirmé dans le monde des sports de montagne.
Une Vague de Fermetures Inédite dans le Monde de la Grimpe
L’annonce a eu l’effet d’une onde de choc. Le 28 janvier, le géant de l’escalade, Touchstone Climbing, a pris une décision forte : fermer l’intégralité de ses 17 salles réparties en Californie. Dans un communiqué, l’entreprise a justifié ce choix comme une participation à la “grève générale nationale en opposition à l’ICE et à la violence, la peur et le mal qu’ils continuent d’infliger aux communautés immigrées”.
Cette décision a rapidement fait des émules. D’autres salles emblématiques ont rejoint le mouvement, montrant une solidarité qui dépasse les frontières des États :
- Ascent Studio dans le Colorado
- Boulders Gym dans le Wisconsin
- Bluestem Boulders dans l’Iowa
Le mouvement ne s’est pas limité aux lieux de pratique. Des fabricants de matériel, acteurs clés de l’écosystème de la performance, ont également pris position. Kilter et Tension Climbing, deux entreprises basées au Colorado et réputées pour leurs prises et pans d’entraînement, ont annoncé la suspension de leurs opérations pour la journée du 30 janvier.
L’Étincelle de Minneapolis : Aux Racines de la Colère
Pour comprendre cette mobilisation, il faut remonter au début du mois de janvier au Minnesota. La situation locale est devenue explosive suite à la mort de plusieurs citoyens, dont Renee Nicole Good et Alex Pretti, lors d’interventions menées par des agents de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement).
Ces événements ont été le catalyseur d’un mouvement de protestation beaucoup plus large, baptisé “ICE Out of MN”. Des appels à la grève générale ont été lancés, invitant les citoyens à cesser le travail, l’école et toute consommation pour protester contre une opération fédérale d’envergure, “Metro Surge”, impliquant le déploiement de 3000 agents. Comme le souligne le journal La Croix, la tension est montée d’un cran, alimentant la colère populaire. C’est dans ce contexte de forte mobilisation citoyenne, décrite par des médias comme Initiative Communiste, que la communauté de l’escalade a décidé d’agir.
Plus que des Entreprises, des Grimpeurs Engagés
La force de ce mouvement réside dans le fait qu’il est porté à la fois par les structures commerciales et par les figures emblématiques du sport. Les athlètes professionnels, souvent vus comme des modèles de performance et de dépassement de soi, utilisent leur voix pour porter un message politique fort.
Le Soutien des Athlètes Professionnels
La grimpeuse professionnelle Kyra Condie, originaire du Minnesota, a été l’une des premières à alerter la communauté via ses réseaux sociaux. Son témoignage a été un déclencheur pour beaucoup, y compris pour des entreprises comme Kilter.
Eddie Taylor, grimpeur et enseignant, a également partagé un message poignant : “Ceci n’est pas un post sur l’escalade”. Il y dénonce les actions de l’ICE, affirmant que l’agence “ne rend pas les communautés plus sûres”.
Même des légendes plus discrètes comme Tommy Caldwell sont sorties de leur réserve. Reconnaissant qu’il évite habituellement la politique, il a confié que le silence commençait à “ressembler à de la violence”, interrogeant sa communauté sur la responsabilité des personnalités publiques. L’un de ses sponsors, Patagonia, a emboîté le pas en annonçant des dons à des organisations locales et en interpellant les sénateurs.
L’Escalade Peut-elle Rester Neutre ?
La question divise parfois, mais pour les entreprises engagées, la réponse est non. Dans une publication Instagram, Kilter a déclaré : “Nous croyons que l’escalade ne peut exister en dehors de la politique”. Un sentiment partagé par Tension Climbing, qui a rejoint la grève “en solidarité avec les mouvements en cours”.
Pour Jackie Hueftle, co-fondatrice de Kilter, “vivre sans reconnaître la politique est un privilège”. Cette prise de conscience semble se diffuser. L’idée que l’accès aux falaises, aux salles et le bien-être de la communauté sont intrinsèquement liés à des enjeux de justice sociale fait son chemin. Le sport, et particulièrement les sports outdoor qui prônent des valeurs de liberté et de respect, ne peuvent se dérouler dans une bulle, déconnectée des réalités du monde.
Les réactions au post de Tommy Caldwell sont révélatrices. Teresa Baker, fondatrice du projet “In Solidarity” pour la diversité dans l’outdoor, lui a répondu : “Au moment où vous reconnaissez que vous avez une voix, vous l’utilisez”.
Ce mouvement de grève est bien plus qu’une simple pause dans l’activité économique. Il marque une étape importante dans la maturation politique de la communauté de l’escalade. En choisissant de fermer leurs portes, ces entreprises et ces athlètes ne font pas que protester ; ils affirment que les valeurs de leur sport – la solidarité, l’entraide, la communauté – doivent s’appliquer bien au-delà des falaises et des salles d’entraînement.
