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Exodia (9A+) : Elias Iagnemma entre dans l’Histoire de l’Escalade de Bloc

Exodia 9A+ : Une Première Ascension Historique en Escalade de Bloc

Le 17 novembre 2025, une nouvelle a fait l’effet d’une bombe dans la communauté de l’escalade de bloc. Le grimpeur italien Elias Iagnemma annonçait avoir réalisé la première ascension d’un passage d’une difficulté inédite, Exodia, et proposait une cotation jamais vue auparavant : 9A+. Après quatre ans d’une obsession dévorante et plus de 200 jours passés au pied du bloc, le grimpeur de 30 ans venait de repousser les limites de son sport.

Cette annonce a immédiatement soulevé autant d’admiration que de questions. Un nouveau cap venait-il d’être franchi dans l’escalade de bloc ? Exodia est-il réellement le bloc le plus dur jamais gravi ? Pour Elias, la réponse est ailleurs. Comme il le confie, cette ascension est avant tout une victoire personnelle : « J’ai enchaîné Exodia pour moi-même, pas pour le chiffre derrière ». Plongeons dans l’histoire d’un combat titanesque entre un homme et un rocher.

La Genèse d’Exodia : Un Projet Hors Norme Découvert par Hasard

L’histoire d’Exodia commence en 2021. Alors qu’il rentre d’une journée de grimpe, Elias Iagnemma se laisse convaincre par sa femme, Stefania Colomba, de jeter un œil à un projet abandonné. Ce projet, repéré initialement par la légende Christian Core, n’avait jamais été enchaîné. La raison était simple : sa difficulté semblait surhumaine.

« S’il n’avait pas réussi, c’est que ça devait être vraiment dur », explique Elias. En sortant de sa voiture, il est immédiatement captivé par l’imposant dévers du bloc. « Je suis sorti de la voiture, émerveillé par cet énorme toit. Cet émerveillement s’est très vite transformé en une énorme motivation. » Ce jour-là, sans le savoir, il venait de trouver le projet de sa vie, une quête qui allait le consumer pendant quatre longues années. Le magazine Outside.fr parlera plus tard de « Quatre ans d’obsession » pour décrire cette aventure hors du commun.

Anatomie d’Exodia : La Difficulté Inédite du Premier 9A+ Bloc

Pour comprendre l’exploit, il faut disséquer le monstre. Exodia n’est pas un bloc qui se laisse dompter facilement. Il se décompose en deux parties distinctes, dont la difficulté cumulée dépasse tout ce qui avait été fait jusqu’à présent en escalade de bloc.

Première Section : Un 8B+ de Compression Intense

La première section est un véritable test de puissance et de technique. Elias a d’abord travaillé un départ accroupi, le départ assis lui paraissant tout simplement irréalisable. « Valoriser l’inversée en étant assis me dépassait complètement… à l’époque », confie-t-il. Il lui faudra un an pour enchaîner cette première partie avec ce départ.

Ce n’est que bien plus tard, au sommet de sa forme physique, qu’il parviendra à déverrouiller le départ assis, ajoutant une complexité supplémentaire à la ligne. Cette première moitié est un enchaînement de mouvements de compression sur des prises fuyantes et difficiles à tenir. Elias l’évalue autour de 8B+, tout en précisant : « peut-être plus, puisque j’ai enchaîné pas mal de 8C en moins de temps ».

Seconde Section : La Résistance d’un 8C+ Extrême

Après un repos précaire, la seconde partie attaque le grimpeur avec une violence inouïe. Selon le média Planet Mountain, Elias décrit le bloc comme étant composé de deux moitiés : « d’abord un 8B+ difficile, un repos en coincement de genou de 40 secondes, puis un 8C+ ».

Cette deuxième section est un concentré de difficulté pure. Elle débute par deux mouvements extrêmes : partir d’une prise fuyante pour atteindre une petite arête de 1,5 cm, puis lancer un mouvement dynamique vers une pince parfaite. Mais le crux, le passage le plus dur, se situe juste après. Il faut maintenir une tension corporelle extrême avec deux talons sur une roche lisse comme du verre (de la serpentinite) pour aller chercher une autre pince dans le toit. La fin est une dernière compression difficile avant de sortir. À elle seule, cette section est évaluée à 8C+.

Le Combat Mental et Physique pour Vaincre le Bloc le Plus Dur du Monde

Enchaîner Exodia n’était pas seulement un défi physique, mais aussi une immense bataille psychologique. Pendant plus de deux ans, Elias savait que chaque section était réalisable individuellement. Pourtant, l’enchaînement complet lui paraissait toujours hors de portée.

« Je savais que je pouvais le faire, et je venais chaque fois devant le bloc avec l’espoir de l’enchaîner, mais le bloc m’envoyait au sol à chaque fois », raconte-t-il. La frustration, le doute et l’épuisement sont devenus ses compagnons de route.

Le déclic est venu d’un lâcher-prise inattendu. Le 10 novembre 2025, alors qu’il pensait sa saison terminée, il s’est présenté devant le bloc avec un esprit libéré de toute pression. « Ironiquement, quand je l’ai enchaîné, j’avais accepté que la saison était terminée. J’étais libre, dans la meilleure forme de ma vie, et les conditions étaient parfaites. Mon corps avait intégré chaque mouvement, ma tête avait arrêté de penser. » Et c’est à ce moment précis que la magie a opéré.

Le Repos Actif : Une Clé Controversée de l’Ascension

Une particularité d’Exodia est son repos, situé entre les deux sections. Un repos complet sur un bloc aussi intense peut sembler peu esthétique pour certains puristes. Cependant, Elias précise que ce repos est loin d’être une simple pause.

« C’est vrai, il y a un repos intégral, mais on place le genou sur de la serpentinite lisse. On repose les bras, mais le repos demande tellement de gainage et de tension dans les ischios, exactement ce dont on a besoin pour les crux de la deuxième partie. » Arriver à ce point avec un rythme cardiaque élevé et s’engager dans la suite avec lucidité est un défi en soi.

Pourquoi Proposer la Cotation 9A+ ? La Justification d’Elias Iagnemma

Proposer une nouvelle cotation maximale est toujours un acte audacieux dans le monde de l’escalade. C’est s’exposer aux critiques et au scepticisme. Pour Elias, ce fut une « énorme bataille interne ». Il a même envisagé de ne donner aucune cotation, mais il craignait que son œuvre ne soit alors oubliée.

Sa justification est pragmatique et basée sur une comparaison simple. « Je me suis aussi dit que la plupart des 9A sont composés d’une section en 8B et d’une autre en 8C. Exodia c’est un 8B+ suivi d’un 8C+. Il devait y avoir quelque chose en plus. Et cette chose selon moi, c’est ce +. »

Loin de vouloir créer une polémique, Elias présente sa proposition comme une opinion personnelle, une invitation à la discussion. « Bien sûr, ce n’est qu’une opinion personnelle, mais je ne pouvais me résoudre à lui donner une autre cotation que 9A+. J’espère que des grimpeurs viendront essayer et, avec un peu de chance, le répéter. »

L’avenir dira si la cotation 9A+ est confirmée par d’autres grimpeurs de classe mondiale. Mais au-delà des chiffres et des débats, l’ascension d’Exodia par Elias Iagnemma restera dans les annales comme le fruit d’une détermination sans faille, d’une passion pure et d’un engagement total. Une véritable ode à l’esprit de l’escalade de bloc.

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