Exodia 9A+ : Elias Iagnemma Écrit l’Histoire de l’Escalade avec le Premier Bloc de ce Niveau au Monde
Le 11 novembre 2025 est une date qui marquera à jamais l’histoire de l’escalade. Ce jour-là, dans le calme du Val Pellice en Italie, le grimpeur italien Elias Iagnemma a accompli une performance qui semblait jusqu’alors du domaine de l’impossible. Après une bataille acharnée de quatre ans et demi, il a conquis un projet titanesque : « Exodia ». En proposant la cotation de 9A+, il n’a pas seulement signé une première ascension ; il a inauguré une nouvelle ère pour l’escalade de bloc, redéfinissant les limites du possible.
Cet exploit n’est pas seulement l’histoire d’une prouesse physique, mais celle d’un engagement total, d’une persévérance sans faille et d’un dialogue intime entre un homme et un rocher. Au fil de 211 séances, Elias a tout sacrifié pour percer les secrets de ce toit de granit. Dans une interview exclusive, il nous emmène au cœur de cette aventure hors norme, de la découverte du bloc à l’accomplissement d’une vie.
Exodia : La Découverte d’un Projet d’Escalade Hors Norme
Tout a commencé en 2021. En rentrant d’une session d’escalade, Elias Iagnemma découvre, grâce à sa femme, un projet abandonné par une légende de la discipline, Christian Core. La simple mention de ce nom a suffi à planter une graine dans son esprit.
« Ma première pensée a été : s’il n’y est pas arrivé, c’est que ça doit être vraiment extrême », confie Elias. La curiosité l’a poussé à sortir de sa voiture. Face à lui, un immense toit de granit, une ligne à la fois terrifiante et magnétique. « Je suis resté stupéfait devant cet énorme toit. Cette sensation s’est immédiatement transformée en une motivation profonde et une euphorie totale. »
Pour Elias, qui a grandi en admirant Christian Core, s’attaquer à un bloc qui lui avait résisté représentait un défi immense. Pourtant, loin de la pression médiatique, ce projet situé près de chez lui, à 1500 mètres d’altitude, est devenu son jardin secret, le théâtre de sa quête personnelle.
Le Processus d’Ascension : 4 Ans et 211 Séances pour Vaincre Exodia
L’ascension d’Exodia n’a rien d’un hasard. C’est le résultat d’un travail méthodique et d’un dévouement absolu. Pendant plus de quatre ans, la vie d’Elias a tourné autour de ce défi d’escalade. Chaque cycle d’entraînement, chaque décision était orientée vers un seul but : enchaîner Exodia.
« Chaque entraînement, chaque pensée tournait autour de ce projet. Le reste passait au second plan », explique-t-il. Cette obsession était telle qu’il ressentait de la frustration en grimpant sur d’autres sites, craignant une blessure qui l’éloignerait de son objectif principal.
Au total, il aura consacré 211 séances à ce projet. Un chiffre qui donne le vertige, surtout comparé à ses réalisations précédentes qui n’avaient jamais dépassé 35 jours de travail. « Exodia restera sans doute le processus le plus long et le plus éprouvant de toute ma carrière. Je ne consacrerai plus jamais autant de temps à un seul bloc. Cela a été long, épuisant, et ça m’a vidé à tous les niveaux. »
Anatomie d’Exodia : Pourquoi ce Bloc Vaut-il 9A+ ?
Mais qu’est-ce qui rend Exodia si extraordinairement difficile ? Ce bloc de légende se décompose en deux sections distinctes, séparées par un repos précaire, qui sont à elles seules des chefs-d’œuvre de difficulté en escalade.
Une première section en compression pure
Le défi commence par une séquence de mouvements de compression extrêmes sur des prises fuyantes. Le crux, ou mouvement le plus difficile, se situe dès le départ assis. Elias estime cette première partie autour de 8B+/8C, un niveau déjà réservé à l’élite mondiale de l’escalade de bloc.
Une deuxième partie encore plus extrême
Après un repos très aléatoire, la deuxième section pousse le curseur de la difficulté encore plus loin. Elle consiste en une série de mouvements sur des plats, des tenues de micro-réglettes, des talons instables et encore de la compression. Pour Elias, cette seconde moitié atteint le niveau de 8C+. « Exodia rassemble les meilleurs mouvements du bloc en extérieur dans une seule ligne. Cette beauté fait partie des raisons pour lesquelles j’ai tenu toutes ces années », précise-t-il.
Le « faux » repos qui change tout
Entre ces deux enchaînements démoniaques se trouve un repos sans les mains, grâce à un coincement de genou. Mais ce repos est un piège. « Il se fait sur un coincement de genou très précaire, qui consomme énormément d’énergie en terme de gainage et de tension dans les cuisses », analyse Elias. Arriver la tête en bas, avec un rythme cardiaque au maximum, rend la récupération quasi impossible et complique la lucidité nécessaire pour aborder la suite.
Le Jour de l’Ascension : Un Enchaînement en État de Flow
Pendant des années, Elias a cru le projet possible, mais sans jamais savoir quand il parviendrait à l’enchaîner. Chaque séance était une nouvelle bataille, une nouvelle déception. Ironiquement, le succès est arrivé au moment où il s’y attendait le moins.
« Le jour où je l’ai finalement enchaîné, j’avais cessé de penser au succès. J’avais accepté que la saison était terminée et je pensais déjà à la suivante », raconte-t-il. Le 11 novembre 2025, tout s’est aligné. La forme physique était à son apogée, les conditions météorologiques étaient parfaites. « Mon corps savait exactement quoi faire ; mon esprit s’est arrêté. La suite… vous la connaissez. »
Dans un état de flow total, les mouvements se sont enchaînés avec une fluidité déconcertante, comme programmés par des milliers de répétitions. L’improbable est devenu réalité.
Cotation 9A+ : Une Responsabilité Historique pour l’Escalade
Après l’euphorie de la réussite est venu le temps de la réflexion. Comment coter un bloc si manifestement plus dur que tout ce qui avait été fait auparavant ? La proposition de 9A+, une première mondiale, n’a pas été une décision facile à prendre.
« Proposer la cotation de 9a+ est une lourde responsabilité, mais je suis en paix avec ce choix », affirme Elias. Il a envisagé de ne pas donner de cotation, mais cela aurait condamné Exodia à rester une énigme. Il a donc pris ses responsabilités, s’appuyant sur une logique simple : « Beaucoup de blocs actuels cotés 9A comportent généralement une section en 8B et une section en 8C. Exodia possède une section en 8B+ et une autre en 8C+. Il devait donc y avoir quelque chose en plus. »
Conscient des débats que cette proposition allait engendrer, il reste serein. « Peu importe que la cotation soit confirmée ou ajustée : j’ai grimpé Exodia pour moi-même, pas pour un chiffre. C’est l’accomplissement le plus important de ma vie de grimpeur. »
La Clé du Succès : La Persévérance, Plus que la Patience
Quand on l’interroge sur la patience extraordinaire dont il a fait preuve, Elias corrige : « Je remplacerais le mot « patience » par « persévérance » ». Il avoue ne pas être quelqu’un de patient, mais sa force réside dans sa capacité à ne jamais abandonner. « Je sais que je ne suis pas le grimpeur le plus fort du monde, mais je suis certain de posséder un immense don pour la persévérance. »
Cette philosophie de l’engagement total, où le temps consacré à un projet est une clé pour repousser ses limites, le rapproche de l’approche des grimpeurs japonais, qu’il admire profondément. Exodia est devenu pour lui une « quête de la limite absolue », un voyage intérieur pour découvrir jusqu’où il pouvait aller.
L’Origine du Nom ‘Exodia’ : Une Référence à Yu-Gi-Oh!
Le nom du bloc, « Exodia », n’a pas été choisi au hasard. Il provient du célèbre manga et jeu de cartes Yu-Gi-Oh!, où Exodia est un monstre si puissant qu’il a été divisé en cinq parties. Pour l’invoquer et gagner instantanément la partie, il faut réunir les cinq pièces.
Le parallèle avec le bloc était évident pour Elias. Les cinq « pièces » nécessaires à la réussite étaient :
- La première section extrême (8B+/8C)
- La deuxième section extrême (8C+)
- Le mental
- Le physique
- Les conditions environnementales parfaites
De plus, les couleurs et une forme dans le rocher lui rappelaient le visage du monstre. Le nom était une évidence.
Et Après Exodia ? Les Prochains Défis du Grimpeur
Après un tel investissement physique et mental, Elias Iagnemma compte prendre du temps pour lui, pour retrouver le plaisir simple de l’escalade, notamment dans la forêt de Fontainebleau. Mais le chasseur de projets extrêmes n’est jamais en repos très longtemps. Il a déjà un autre monstre en ligne de mire : « Soudain Seul », un autre 9A bloc potentiel, situé lui aussi à Fontainebleau.
L’ascension d’Exodia par Elias Iagnemma est bien plus qu’une simple performance sportive. C’est une leçon de vie, une ode à la persévérance et à la poursuite de ses rêves, aussi fous soient-ils. En inscrivant son nom au sommet de ce bloc, il a montré au monde de l’escalade qu’il n’y a pas de limites, seulement des défis à relever.
