Exodia 9A+ : Elias Iagnemma a-t-il gravi le bloc le plus dur du monde ?
L’escalade de bloc vient peut-être de vivre un nouveau tournant historique. Le 11 novembre 2025, le grimpeur italien Elias Iagnemma a annoncé la première ascension d' »Exodia », un projet de longue date situé dans la vallée de Val Pellice, en Italie. Sa proposition de cotation ? 9A+, une première mondiale qui repousse les limites connues de la discipline. Cet exploit monumental intervient près de dix ans après l’établissement du premier 9A, « Burden of Dreams », par Nalle Hukkataival. Alors, que représente vraiment cette performance ? Le 9A+ est-il né ? Plongeons au cœur des blocs les plus extrêmes de la planète.
Le 9A : une cotation d’élite désormais bien établie
Avant de parler de 9A+, il est essentiel de comprendre le contexte du 9A. Lorsque Nalle Hukkataival a gravi « Burden of Dreams » en 2016, cette cotation semblait presque surhumaine, une anomalie réservée à un seul homme. Aujourd’hui, la situation a bien changé. Le 9A n’est plus une simple suggestion, mais un standard bien réel pour l’élite mondiale de l’escalade de bloc.
En février 2026, on dénombre environ 15 blocs proposés à 9A à travers le monde. Certains ont été confirmés par plusieurs répétiteurs, consolidant leur statut, tandis que d’autres attendent encore une validation par la communauté. Cette multiplication des lignes extrêmes montre à quel point le niveau global a progressé de manière spectaculaire.
Qui sont les maîtres du neuvième degré ?
Le club des grimpeurs ayant vaincu un bloc en 9A reste incroyablement restreint. On parle d’une vingtaine d’athlètes au sommet de leur art. Parmi eux, deux noms se détachent par leur régularité et leur volume de performances : le Britannique William Bosi et le Belge Simon Lorenzi. Avec cinq 9A chacun à leur actif, ils sont actuellement les plus prolifiques à ce niveau.
Juste derrière, on retrouve des figures emblématiques comme Shawn Raboutou, Aidan Roberts et, bien sûr, Elias Iagnemma, qui ont tous plusieurs réalisations majeures à leur nom. Des légendes comme Adam Ondra ou Jakob Schubert ont également coché leur 9A, prouvant leur polyvalence exceptionnelle.
« Exodia » : la naissance annoncée du 9A+
C’est dans ce contexte de consolidation du 9A qu’Elias Iagnemma a frappé un grand coup. Son ascension d' »Exodia » n’est pas le fruit du hasard, mais l’aboutissement d’un dévouement hors norme. Le projet, initié par une autre légende italienne, Christian Core, était resté à l’état de chantier pendant des années. Iagnemma s’y est attelé corps et âme.
Un investissement colossal pour un exploit historique
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : quatre années de travail, 211 séances et plus de 200 jours passés au pied du bloc. Comme le rapporte le magazine Kletterszene, il s’agit d’une ascension historique qui marque une étape majeure pour la discipline. Cet investissement colossal témoigne de la difficulté extrême de la ligne.
Situé dans un toit impressionnant, « Exodia » se déroule sur un gneiss compact qui n’offre que peu de répit. Le crux n’est pas un seul mouvement, mais une accumulation de difficultés intenses. Dans une interview accordée à LaCrux, Iagnemma décrit la structure du bloc :
- Une première section très physique, évaluée à 8B+.
- Un coincement de genou précaire qui offre un semblant de repos.
- Une deuxième section finale, un véritable combat de résistance estimé à 8C+, sans aucune possibilité de se relâcher avant le sommet.
Pourquoi proposer une nouvelle cotation ?
Pour Elias Iagnemma, la justification du 9A+ réside dans cette continuité extrême et cette addition de deux sections déjà très difficiles. Ayant déjà répété des références comme « Burden of Dreams » (9A) en 2024 et établi le premier 9A italien avec « The Big Slamm » en 2025, il possède les éléments de comparaison nécessaires. Selon lui, « Exodia » représente un cran de difficulté supplémentaire, justifiant le passage à une nouvelle cotation.
Bien entendu, comme pour toute proposition à ce niveau, la cotation d' »Exodia » devra être confirmée par de futurs répétiteurs. Le débat est ouvert au sein de la communauté, mais la performance d’Iagnemma a indéniablement ouvert une nouvelle porte et lancé un nouveau défi aux meilleurs grimpeurs du monde.
Val Pellice, futur épicentre du bloc extrême ?
L’ascension d' »Exodia » met également en lumière le potentiel incroyable de la vallée de Val Pellice. Cette région du Piémont italien, relativement discrète jusqu’à présent, pourrait bien devenir un nouveau terrain de jeu pour les chasseurs de blocs extrêmes. La qualité du rocher et le nombre de projets encore à développer en font une destination à surveiller de près.
Conclusion : une nouvelle page de l’escalade s’écrit
L’ascension d' »Exodia » par Elias Iagnemma est bien plus qu’une simple performance. C’est un jalon qui pourrait marquer le début d’une nouvelle ère pour l’escalade de bloc. En proposant le 9A+, l’Italien ne fait pas que repousser une limite ; il invite toute une génération de grimpeurs à rêver plus grand et à explorer de nouvelles frontières de la difficulté. Si le consensus sur la cotation prendra du temps, une chose est certaine : l’histoire de l’escalade est en marche, et elle s’écrit aujourd’hui sur les prises infimes d’un toit en Italie.
