
Une nouvelle page de l’histoire de l’escalade s’est écrite. Le 12 décembre 2025, le jeune grimpeur français Esteban Daligault, à seulement 24 ans, a réalisé une performance exceptionnelle en venant à bout de « Bon Voyage », l’une des voies d’escalade traditionnelle les plus difficiles au monde.
Située sur les falaises de grès d’Annot, dans les Alpes-de-Haute-Provence, cette ligne est un véritable monument de difficulté. En réussissant cette ascension, Esteban Daligault ne fait pas que repousser ses propres limites ; il rejoint un cercle très fermé de grimpeurs d’élite et confirme son statut d’athlète hors norme, aussi à l’aise sur le rocher qu’en haute montagne.
“Bon Voyage” : Un défi pour l’élite mondiale
Pour bien comprendre la portée de cet exploit, il faut d’abord saisir ce qu’est “Bon Voyage”. Il ne s’agit pas d’une voie d’escalade classique. C’est une voie d’escalade traditionnelle, ou “trad”. Contrairement à l’escalade sportive où les points d’assurage (les “dégaines”) sont déjà en place, le grimpeur “trad” doit poser ses propres protections au fur et à mesure de son ascension.
Cette pratique exige non seulement une force physique et une technique irréprochables, mais aussi un mental d’acier, une grande expérience et une confiance absolue en son matériel. La chute est moins permise et les conséquences peuvent être plus sérieuses.
Une cotation qui donne le vertige : 9a
“Bon Voyage” est cotée 9a. Dans le monde de l’escalade, ce niveau de difficulté est réservé à une poignée d’athlètes sur la planète. Combiner cette difficulté physique extrême avec les exigences mentales de l’escalade traditionnelle place cette voie dans une catégorie à part.
Ouverte en 2023 par la légende britannique James Pearson, elle est rapidement devenue une référence. Avant Esteban, seuls quelques noms illustres avaient réussi à la gravir, comme le Tchèque Adam Ondra, considéré par beaucoup comme le meilleur grimpeur de tous les temps, ou encore le Belge Sébastien Berthe et l’Italien Jacopo Larcher.
Le parcours du combattant d’Esteban Daligault
La réussite d’Esteban Daligault n’est pas le fruit du hasard, mais celui d’un travail acharné et d’une détermination sans faille. Il lui aura fallu au total huit sessions de travail intensif pour enfin clipper le relais.
Son approche méthodique, divisée en deux sessions au printemps puis six autres à l’automne 2025, témoigne de la complexité du défi. Chaque session était une occasion d’apprendre, de mémoriser les mouvements complexes et de trouver les placements de protection parfaits.
Il y a deux ans, Esteban avait déjà grimpé “Le Voyage”, la version originelle et légèrement plus facile de la voie. Cette première expérience lui a sans doute servi de tremplin pour s’attaquer à ce projet d’une toute autre envergure.
Une voie aussi belle que difficile
Tous ceux qui ont eu la chance de la grimper sont unanimes : “Bon Voyage” est l’une des plus belles lignes du monde. Elle se caractérise par deux parties bien distinctes :
1. Un premier passage crucial (le “crux”) : une section de bloc extrêmement technique et physique qui constitue le cœur de la difficulté.
2. Une fin interminable : une longue envolée finale où la difficulté physique diminue légèrement, mais où la gestion de l’effort et la concentration sont primordiales. Le tout avec des protections parfois espacées, ajoutant une bonne dose de piment psychologique.
Un grimpeur aux multiples facettes
Réduire Esteban Daligault à un simple spécialiste du trad serait une erreur. À 24 ans, il incarne la nouvelle génération de grimpeurs polyvalents, capables de performer au plus haut niveau dans toutes les disciplines de la verticalité.
Son carnet de courses parle pour lui. Il s’est notamment illustré par des réalisations majeures en alpinisme, comme :
– La première ascension en libre de la “Directe de l’amitié” sur la face nord des Grandes Jorasses, un sommet mythique du massif du Mont-Blanc.
– La première ascension du “Poussin”, une voie d’escalade artificielle très exigeante dans les Gorges du Verdon.
Cette polyvalence est sa plus grande force. L’endurance acquise en montagne, la technique développée en escalade sportive et le mental forgé dans les grandes voies se sont combinés pour lui permettre de réaliser son rêve à Annot.
Une performance qui inspire
L’ascension de “Bon Voyage” par Esteban Daligault est bien plus qu’une simple ligne ajoutée à un palmarès. C’est une source d’inspiration. Elle prouve que la jeune génération de grimpeurs français a le talent, l’audace et la détermination pour briller sur la scène internationale.
Cette performance met en lumière la beauté et l’exigence de l’escalade traditionnelle, une discipline où l’aventure et l’engagement priment. En rejoignant le club très fermé des répétiteurs de “Bon Voyage”, Esteban Daligault ne fait pas que marquer l’histoire de l’escalade ; il nous rappelle que les plus grands voyages sont ceux que l’on entreprend pour repousser les limites de ce que l’on croyait possible.
