Un accident spectaculaire, un redoux menaçant et une décision radicale. L’escalade sur les célèbres cascades de glace du Hérisson, dans le Jura, est désormais interdite par arrêté municipal. Une mesure de sécurité qui intervient après la chute d’une grimpeuse et qui met en lumière la tension permanente entre la passion de la montagne et les dangers objectifs liés aux conditions naturelles.
Un drame évité de justesse sur la cascade de l’Éventail
Le Jura, avec ses paysages spectaculaires, est un terrain de jeu prisé des amateurs de sports outdoor. En hiver, lorsque le gel fige les cours d’eau, les Cascades du Hérisson se transforment en un spot d’escalade sur glace aussi magnifique qu’exigeant. Mais le 7 janvier 2026, le rêve blanc a viré au cauchemar pour une alpiniste.
Ce jour-là, une femme de 35 ans, originaire de Mouthe, s’engage dans l’ascension de la cascade de l’Éventail. L’escalade se déroule sans encadrement professionnel. Soudain, c’est la chute. Une chute de 7 mètres qui se termine sur un palier intermédiaire, la laissant blessée et dans l’incapacité de bouger. Le décor féérique devient alors un piège de glace.
Récit d’une intervention à haut risque
L’alerte est rapidement donnée. Les gendarmes du peloton de haute montagne (PGHM) de Morez sont mobilisés, mais la situation impose des moyens exceptionnels. C’est l’hélicoptère Dragon 25 de la Sécurité civile qui est appelé en renfort pour une évacuation périlleuse. Comme le rapportent les quotidiens Le Progrès et L’Est Républicain, l’opération a été d’une grande complexité.
Les secouristes ont dû faire face à un danger supplémentaire : un pan de glace, fragilisé, menaçait de s’effondrer à tout moment sous l’effet des vibrations du rotor de l’hélicoptère. Il a fallu déployer près de 90 mètres de câble pour atteindre et hélitreuiller la victime en toute sécurité. Une intervention qui souligne l’engagement et la technicité des secours en montagne, mais aussi la précarité d’un environnement en apparence solide.
Une décision inédite pour protéger les sportifs
Face à cet événement et à l’évolution rapide des conditions météorologiques, le maire de Ménétrux-en-Joux, Thierry Roze, n’a pas tardé à réagir. Dès le lendemain, le 8 janvier 2026, un arrêté municipal était signé, une première pour ce site naturel classé.
« Avec le redoux, c’est encore plus dangereux »
La décision est claire : l’escalade sur la cascade de l’Éventail et l’accès à la rivière Hérisson gelée sont formellement interdits jusqu’au 8 mars 2026. La raison principale invoquée par l’édile est le redoux soudain qui a suivi la vague de froid. « Avec le redoux, c’est encore plus dangereux, on ne pouvait pas se permettre de prendre le risque », a-t-il déclaré.
Cette hausse des températures fragilise considérablement la structure de la glace. Le risque de voir des sections entières de la cascade s’effondrer est réel, tout comme celui de passer à travers la glace sur la rivière. La sécurité des pratiquants, qu’ils soient grimpeurs chevronnés ou simples promeneurs, est devenue la priorité absolue.
Comprendre les risques : quand la glace devient un piège
Pour les non-initiés, une cascade gelée peut sembler être un bloc de roc solide. Pour un grimpeur, c’est une structure vivante, sensible à la moindre variation de température. Le redoux est l’ennemi numéro un de la sécurité en montagne hivernale.
Lorsque le thermomètre remonte, même de quelques degrés, la glace perd sa cohésion. L’eau de fonte s’infiltre, créant des fractures internes invisibles. Les points d’ancrage pour les piolets et les broches à glace deviennent peu fiables. Le risque de décrochage de « lustres » ou de « cigares » de glace, pesant parfois plusieurs centaines de kilos, est maximal. Grimper dans de telles conditions hivernales relève non plus de la performance sportive, mais de l’inconscience.
Entre incompréhension et acceptation : la voix des grimpeurs
Cette mesure d’interdiction, bien que fondée sur un principe de précaution, ne fait pas l’unanimité dans la communauté des grimpeurs. Raphaël Py, qui a lui-même gravi une des cascades le jour de l’accident, exprime un sentiment partagé. Il déplore ce qu’il perçoit comme une « judiciarisation » de la pratique de la montagne, une « atteinte à la liberté » rare dans les Alpes où il a l’habitude d’évoluer.
Pour lui, l’accident serait avant tout lié à une erreur humaine, et il juge « malheureux » de « pénaliser tout le monde » pour une situation isolée. Cependant, le grimpeur fait preuve de pragmatisme et reconnaît lui-même que, de toute façon, « les conditions ne sont plus adaptées ». Un constat lucide qui illustre le dilemme des passionnés : le désir de liberté face à la responsabilité individuelle et collective.
Les Cascades du Hérisson : un joyau naturel sous haute surveillance
Le site des Cascades du Hérisson est un lieu d’une beauté à couper le souffle, qui attire chaque année de très nombreux visiteurs. Pour en savoir plus sur ce site d’exception, vous pouvez consulter le site officiel des Cascades du Hérisson. Cependant, sa popularité ne doit pas faire oublier sa dangerosité.
Les accidents, y compris pour de simples randonneurs sur les sentiers glissants, sont fréquents et mobilisent régulièrement les secours. Si l’accès au sentier des cascades reste pour l’heure autorisé, il est fortement déconseillé en cas de neige ou de verglas. L’arrêté municipal vient rappeler une vérité fondamentale en montagne : la nature impose ses règles. La performance ne peut exister sans une évaluation rigoureuse des risques et une humilité constante face aux éléments.
