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Divine Providence en solo : Charles Dubouloz raconte son ascension d’exception au Mont-Blanc

Charles Dubouloz : Récit d’un exploit en solo sur la Divine Providence

Un homme, une paroi de légende et une aventure hors-norme. L’alpiniste français Charles Dubouloz vient de marquer l’histoire en réalisant l’ascension en solitaire et en plein hiver de la voie Divine Providence, sur le Grand Pilier d’Angle du Mont-Blanc. Un périple de huit jours, débuté à vélo sous la pluie, qui a repoussé les limites de l’endurance humaine. Il nous raconte cette épopée, qu’il qualifie lui-même comme « l’une de ses plus belles entreprises ».

Un défi à la hauteur des plus grands

Avant même de parler de l’ascension, il faut comprendre le monument auquel Charles Dubouloz s’est attaqué. La Divine Providence n’est pas une voie comme les autres. Située sur le Grand Pilier d’Angle, à 4243 mètres d’altitude dans le massif du Mont-Blanc, elle est considérée comme l’une des plus difficiles et des plus engagées des Alpes.

Imaginez 900 mètres de paroi verticale, un terrain mixte où la glace et le rocher se succèdent, avec des passages d’escalade cotés jusqu’à 7b+. Réaliser cette ascension en été est déjà un exploit. La tenter en hiver, lorsque le froid est intense et les journées terriblement courtes, relève de l’exceptionnel. Mais la gravir en solitaire, c’est entrer dans une autre dimension.

Un exploit rare dans l’histoire de l’alpinisme

Cette performance est si exigeante qu’elle n’avait été réussie qu’une seule fois en solo hivernal avant Charles, par le légendaire Alain Ghersen en 1993. L’histoire de cette voie est jalonnée de grands noms, comme Jean-Christophe Lafaille, premier à l’avoir gravie en solo en été 1990. En s’inscrivant dans cette lignée, Charles Dubouloz ne fait pas que répéter un exploit ; il le réinterprète avec une approche moderne et une détermination hors du commun.

L’aventure commence sur deux roues

Pour Charles Dubouloz, l’alpinisme ne se résume pas à la seule paroi. C’est une aventure globale, une philosophie. Fidèle à ses convictions, il a débuté son périple de la manière la plus pure qui soit : par la force de ses jambes. Le 7 décembre 2025, il a enfourché son vélo à Annecy pour parcourir les 120 kilomètres qui le séparaient de Chamonix, tractant une remorque chargée de tout son matériel sous une pluie battante.

Cette approche, dite “human-powered” (sans assistance motorisée), est la marque de fabrique de son projet. Le lendemain, accompagné d’amis pour l’aider à porter son lourd équipement, il a chaussé les skis de randonnée pour remonter la Mer de Glace jusqu’au refuge Torino. Une ascension de 2500 mètres de dénivelé avant même d’avoir touché le premier rocher du pilier.

Six jours suspendu entre ciel et terre

Le 9 décembre, l’aventure solitaire commence véritablement. Seul face à l’immensité glacée, Charles s’est lancé dans la paroi. Six jours et cinq nuits durant, il a lutté contre les éléments.

Une immersion totale et glaciale

Les conditions hivernales rendent chaque geste plus difficile. Le froid mordant s’infiltre partout, les journées ne durent que quelques heures et le poids du sac, contenant vivres et matériel de bivouac, pèse sur les épaules. Chaque soir, il devait s’extraire de la paroi pour installer son bivouac, une petite tente suspendue dans le vide. Cinq nuits passées ainsi, seul, avec pour seule compagnie le silence des montagnes et le bruit du vent.

Comme le rapporte le média spécialisé ExplorersWeb, cette ascension représente un engagement mental et physique total, où chaque décision est cruciale.

L’arrivée au sommet du Mont-Blanc

Le 13 décembre, après une lutte acharnée, il atteint le sommet du Grand Pilier d’Angle. Mais l’aventure n’est pas terminée. Il lui reste à parcourir la célèbre et aérienne arête de Peuterey pour finalement atteindre le sommet du Mont-Blanc le 14 décembre vers 14h.

Le plan initial était de redescendre en parapente, mais la météo en a décidé autrement. Épuisé, Charles a dû entamer la longue et périlleuse descente à pied jusqu’à Chamonix. Au total, cette aventure lui aura coûté 8 kilos sur la balance, un témoignage de l’intensité de l’effort fourni.

Première étape d’une trilogie alpine inédite

Cet exploit sur la Divine Providence n’est que le début d’un projet encore plus ambitieux. Charles Dubouloz s’est lancé dans une trilogie hivernale qui le verra enchaîner trois voies mythiques dans trois massifs différents : le Mont-Blanc, les Écrins et les Pyrénées.

Le concept est simple mais extrêmement exigeant : relier ces trois ascensions uniquement par des moyens humains, à vélo, à ski ou à pied. Une quête d’aventure pure qui place la performance sportive au service d’une éthique et d’un respect profond pour la montagne.

En repoussant les limites de l’alpinisme solo, Charles Dubouloz ne se contente pas d’ajouter une ligne à son palmarès. Il inspire une nouvelle génération et nous rappelle une chose essentielle, comme il le dit lui-même : « Il faut essayer ses rêves ». Une philosophie qui le portera, sans aucun doute, vers d’autres sommets.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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