Un départ annoncé et réfléchi
La nouvelle a surpris le monde de la montagne. Le 6 décembre 2025, Alain Carrière, figure emblématique et président de la Fédération Française de Montagne et d’Escalade (FFME) depuis 2021, a annoncé sa démission. Loin d’un coup de tête, cette décision prendra effet fin février 2026, juste après les Jeux Olympiques d’hiver de Milano-Cortina.
Face aux interrogations, l’homme de 70 ans a tenu à rassurer : « Tout va bien, je n’ai pas de problèmes de santé », a-t-il confié. Sa motivation est avant tout personnelle. Après 18 ans au sein de la gouvernance de la fédération, il aspire à retrouver le terrain. « J’en aurai plus pour moi, pour pratiquer nos différentes activités plus que je ne peux le faire actuellement. C’est ça, ma vraie motivation. Le temps passe », explique-t-il. Un retour aux sources pour ce passionné originaire de Chambéry.
Mais ce départ est aussi stratégique. Alain Carrière estime que le moment est idéal pour une transition. La FFME entre dans une nouvelle ère, forte d’un plan solide et d’une équipe de direction renouvelée. « Je pense que c’est bien de passer la main », assure-t-il, soulignant une fédération en bonne santé et prête pour l’avenir.
Une succession soigneusement préparée
Le départ d’Alain Carrière ne laissera pas la fédération dans l’incertitude. Tout semble indiquer une succession anticipée et organisée. En restant en poste jusqu’aux JO d’hiver, il assure une transition en douceur et s’offre une sortie symbolique, assistant aux débuts olympiques du ski-alpinisme, un sport qu’il a contribué à promouvoir.
Sandra Berger, la future présidente ?
Le nom de Sandra Berger, actuelle secrétaire générale et numéro deux de la fédération, est sur toutes les lèvres. Alain Carrière ne cache pas sa confiance envers elle : « J’ai posé ma démission après avoir vérifié qu’il y a des élus qui étaient prêts à reprendre les postes libérés ». Bien qu’un processus électoral doive être respecté, il semble peu probable qu’un autre candidat se présente, témoignant de la cohésion de l’équipe en place.
Cette passation de pouvoir organisée vise à maintenir le cap stratégique de la fédération, un point essentiel pour Carrière : « La fédération a un plan stratégique qui me convient bien, je suis très optimiste sur l’avenir ».
Bilan d’une présidence : entre succès olympiques et tensions sur les falaises
Le mandat d’Alain Carrière restera marqué par une dynamique de croissance impressionnante et des défis majeurs, reflétant les évolutions des sports de montagne.
Une fédération « tri-olympique » en pleine croissance
Sous sa gouvernance, la FFME a connu une transformation profonde. Le nombre de licenciés a plus que doublé, une croissance portée par l’essor de l’escalade en salle et la reconnaissance olympique.
L’un des plus grands succès de son mandat est sans conteste le statut « tri-olympique » de la fédération. Après l’escalade, le ski-alpinisme a rejoint la famille des sports olympiques, une consécration pour la discipline et un accomplissement majeur pour la FFME. Cette reconnaissance a renforcé la position de la fédération sur la scène du sport de haut niveau.
La crise du déconventionnement des falaises
Cependant, la présidence d’Alain Carrière a aussi été marquée par une controverse majeure : la gestion de l’accès aux sites naturels d’escalade. La décision de la FFME, initiée avant son mandat mais appliquée sous sa direction, de mettre fin aux conventions de responsabilité a provoqué une onde de choc. Auparavant, la fédération endossait la responsabilité juridique en cas d’accident sur une falaise conventionnée.
« L’évolution sociétale fait que ça pesait trop lourd sur la seule fédération, surtout que la majeure partie des pratiquants ne font pas partie de nos adhérents », justifie Alain Carrière. Cette décision a entraîné la fermeture de dizaines de sites emblématiques, les propriétaires préférant interdire l’accès plutôt que d’assumer seuls la responsabilité.
Un travail de longue haleine a été mené pour transférer cette responsabilité aux collectivités locales, avec la FFME dans un rôle de conseil. Si la situation s’est améliorée sur de nombreux sites, le dossier reste sensible et symbolise un basculement historique pour la pratique en extérieur.
Quels défis pour l’avenir de la FFME ?
Le ou la successeur(e) d’Alain Carrière héritera d’une fédération dynamique mais confrontée à des enjeux cruciaux. Le premier chantier sera de pérenniser l’accès aux falaises, un combat essentiel pour l’ADN des sports de montagne.
Un autre défi de taille sera de renforcer le lien avec la communauté grandissante des grimpeurs. Avec l’explosion des salles privées, de nombreux pratiquants ne sont plus licenciés. La FFME devra innover pour rester l’interlocuteur de référence pour tous les passionnés, qu’ils pratiquent en salle ou en nature, en loisir ou en compétition.
Le départ d’Alain Carrière marque la fin d’un chapitre important pour la montagne et l’escalade en France. Un chapitre de croissance, de reconnaissance olympique, mais aussi de profondes remises en question. La page se tourne, avec la promesse d’une transition maîtrisée pour continuer à porter haut les valeurs de ces sports d’exception.
