De 100 kg à finisher de la Diagonale des Fous : l’incroyable transformation de Mathieu
Un simple pari peut-il changer une vie ? Pour Mathieu, connu sur Instagram sous le nom de @ma_tribuu, une promesse lancée sur un coup de tête est devenue le point de départ d’une métamorphose spectaculaire. En un an, cet ancien militaire est passé de 100 kilos à finisher de l’un des ultra-trails les plus redoutables au monde. Récit d’un parcours où le mental et le cœur ont dépassé les limites du corps.
La parenthèse caribéenne et le poids des excès
Après cinq ans dans l’armée, Mathieu change radicalement de cap. Direction Saint-Barthélemy avec sa compagne, Cindy. Il plonge dans le monde de la restauration et de la nuit. Si la rigueur de son passé militaire reste dans son éthique de travail, son hygiène de vie, elle, se transforme. Le rythme devient festif, le sport s’efface et l’alcool s’invite plus souvent.
Les kilos s’accumulent insidieusement. Pour son 1m72, la balance frôle les 100 kilos. Une réalité qu’il ne perçoit pas comme un problème majeur, jusqu’à ce que la vie le rattrape. La pandémie de COVID-19 force leur retour en métropole, sans économies et avec un enfant à naître. Tout est à refaire.
L’électrochoc sur les sentiers de La Réunion
Quelques années plus tard, un voyage de noces improvisé les mène à La Réunion. C’est là que le déclic se produit. Une simple randonnée de dix kilomètres aux Trois Bassins se transforme en calvaire. Mathieu est essoufflé, épuisé, incapable de suivre le rythme. La confrontation avec sa condition physique est brutale.
C’est aussi là qu’il entend parler pour la première fois de la Diagonale des Fous. Un nom qui résonne comme une folie. Une course de 175 kilomètres et 10 500 mètres de dénivelé positif, un défi que des milliers de coureurs viennent affronter chaque année. Le site officiel du Grand Raid confirme la démesure de l’épreuve. L’idée lui paraît absurde, inaccessible. Piqué au vif par un ami, il lance, presque par défi : « Vas-y, je la ferai ».
Cette fois, la promesse ne sera pas oubliée.
Reprendre le contrôle : la naissance d’un coureur
De retour en France, la réalité le frappe à nouveau. Pour s’inscrire, il faut des points de qualification. Sa première tentative sur une course de 80 km se solde par un abandon avant même le tiers du parcours.
Loin de le décourager, cet échec devient son moteur. Il met en place une discipline de fer :
* Réveils aux aurores pour s’entraîner.
* Régularité sans faille, même pendant l’hiver.
* Progression méthodique, pas après pas.
Les débuts sont laborieux. Courir cinq kilomètres lui demande près d’une heure. Mais il s’accroche. En l’espace de quatre à cinq mois, les résultats sont là : 25 kilos en moins. Pas de régime miracle, simplement l’arrêt de l’alcool et des sodas, couplé à une activité physique régulière. Son corps se transforme, sa capacité à l’effort augmente. Le plaisir de courir remplace peu à peu la douleur.
Courir pour une raison plus grande
Alors que sa préparation bat son plein, un drame familial vient tout bouleverser. Sa mère est hospitalisée en urgence pour une BPCO sévère. Le pronostic vital est engagé. Le choc est terrible. L’entraînement est mis en pause.
Contre toute attente, elle survit. Pour Mathieu, cet événement change tout. Sa motivation n’est plus seulement liée à un défi personnel. Il court désormais pour elle, pour sa famille, pour la vie. Cette nouvelle force intérieure le portera bien au-delà de ses limites.
Après avoir validé ses points de qualification, le sort s’en mêle. Son nom est tiré au sort pour la Diagonale. Le rêve devient un objectif concret.
Dans l’enfer de la Diagonale des Fous
Le départ à Saint-Pierre est une vague d’énergie collective. Porté par la foule, Mathieu commet l’erreur classique du débutant : il part trop vite. La montagne le rappelle vite à l’ordre. Le froid glacial en altitude, la technicité des sentiers volcaniques et la descente du Bloc le mettent à rude épreuve.
À Cilaos, bien qu’en avance sur les barrières horaires, l’envie d’abandonner est plus forte que tout. Il s’autorise vingt minutes de sommeil et repart, presque machinalement.
Le basculement dans Mafate
En entrant dans le cirque de Mafate, il sait qu’il n’y a plus de retour possible. C’est là que l’esprit prend le dessus. Les douleurs semblent s’atténuer, son corps passe en mode automatique. Il affronte deux nuits sans sommeil, luttant contre des hallucinations, mais gardant une lucidité surprenante.
Comme le décrivent de nombreux témoignages et récits, notamment sur MX3.fr, la Diagonale est un test extrême pour le corps et l’esprit, où la gestion de la fatigue et de la douleur est la clé. Il traverse les paysages mythiques de l’île, du Piton de la Fournaise au Piton des Neiges, sur des terrains boueux et imprévisibles.
La ligne d’arrivée à Saint-Denis se rapproche. Dans les dernières descentes, il retrouve une énergie insoupçonnée. Il franchit la ligne, finisher. Plus qu’une médaille, c’est une nouvelle vie qu’il vient de gagner.
L’histoire de Mathieu est la preuve qu’une transformation radicale est possible. Elle nous rappelle que derrière chaque performance sportive se cache souvent une motivation profonde, une résilience et une histoire humaine qui dépasse de loin le simple fait de courir.
