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Courir pour éliminer les excès du Nouvel An : ce que dit (vraiment) la physiologie

Le réveil sonne le 1er janvier. La tête est un peu lourde, les souvenirs de la veille sont joyeux mais brumeux, et une idée traverse l’esprit de nombreux coureurs : « Et si j’allais courir pour éliminer tout ça ? ». Une résolution instantanée, une envie de laver les excès à grandes foulées. Mais si cette intention est louable, est-elle vraiment une bonne idée pour votre corps ? La réponse de la physiologie est claire, et elle pourrait bien vous surprendre. Loin des mythes tenaces, comprenons ensemble ce qui se joue réellement dans votre organisme et quelle est la meilleure stratégie à adopter pour bien démarrer l’année.

Le grand mythe : peut-on vraiment « transpirer » l’alcool ?

Commençons par déconstruire l’idée la plus répandue : non, il n’est pas possible d’accélérer l’élimination de l’alcool en transpirant. C’est une croyance populaire qui a la vie dure, mais qui ne résiste pas à l’analyse scientifique.

Le foie, seul maître à bord

Sur le plan biologique, le processus est sans appel. Plus de 90 à 95 % de l’alcool que vous consommez est métabolisé par votre foie. C’est lui, et lui seul, qui se charge du travail de détoxification. Des enzymes spécifiques, comme l’alcool déshydrogénase (ADH), transforment l’éthanol en diverses substances jusqu’à son élimination finale sous forme de dioxyde de carbone et d’eau. Comme le confirment plusieurs études, dont celles relayées par Alcoologie-conseil.be et une publication de l’Université de Liège, la part éliminée par d’autres voies est infime.

La sueur, l’urine ou même l’air que vous expirez ne se débarrassent que d’une part marginale de l’alcool, estimée entre 5 et 10 %. Aller courir pour transpirer abondamment n’aura donc qu’un impact négligeable sur votre alcoolémie.

Un rythme d’élimination incompressible

L’autre point crucial est que le foie travaille à un rythme constant et non négociable. Il est capable de métaboliser en moyenne 7 à 10 grammes d’alcool par heure, ce qui correspond à peu près à un verre standard. Ni un café serré, ni une douche froide, ni une séance de course à pied ne peuvent accélérer cette cadence. Votre corps a son propre tempo, et la seule chose qui fonctionne vraiment est… le temps.

Courir après les fêtes : un stress de plus pour le corps

Forcer son organisme à un effort intense après une nuit de fête n’est pas seulement inefficace pour éliminer l’alcool, c’est aussi potentiellement contre-productif pour votre santé et votre récupération.

Un organisme déjà en difficulté

Une soirée arrosée place déjà votre corps dans un état de stress physiologique important :

  • Déshydratation : L’alcool a un effet diurétique, il vous fait uriner plus et déshydrate vos tissus, y compris vos muscles.
  • Sommeil perturbé : Même si l’alcool aide à s’endormir, il dégrade profondément la qualité du sommeil réparateur.
  • Inflammation : La métabolisation de l’alcool génère des composés qui peuvent créer une réponse inflammatoire dans le corps.
  • Travail hépatique : Votre foie est déjà surchargé par son travail de détoxification.

Ajouter une séance de course, surtout si elle est intense, revient à imposer un effort violent à un système déjà affaibli et occupé à gérer une situation de crise. Le risque est d’accentuer les maux de tête, de provoquer des crampes à cause de la déshydratation, ou encore de subir une baisse de tension.

La bonne stratégie : que faire le 1er janvier ?

Alors, faut-il rester immobile toute la journée ? Pas nécessairement. La clé n’est pas l’intensité, mais la douceur. Il s’agit d’accompagner votre corps dans sa récupération, pas de le punir.

Priorité à la récupération active et passive

Le mot d’ordre pour le lendemain d’une fête est simple : récupération. Plutôt que de chausser les running, concentrez-vous sur des actions qui aident réellement votre organisme :

  • Hydratez-vous : Buvez beaucoup d’eau, des tisanes ou des bouillons tout au long de la journée pour restaurer l’équilibre hydrique.
  • Mangez léger : Optez pour des aliments faciles à digérer, riches en nutriments, pour soutenir le travail de votre foie sans le surcharger.
  • Reposez-vous : Une sieste peut faire des merveilles pour compenser un sommeil de mauvaise qualité.

Bouger, oui, mais en douceur

Si l’envie de bouger est présente, privilégiez des activités à faible impact. Une marche tranquille en plein air, une séance de mobilité articulaire ou quelques étirements doux peuvent être bénéfiques. Ces pratiques aident à relancer la circulation sanguine et à se sentir mieux, sans imposer un stress supplémentaire à votre corps.

Pour la course à pied, la patience est votre meilleure alliée. Il est généralement conseillé d’attendre 24 à 48 heures avant de reprendre un entraînement normal. Ce délai permet à votre corps de se réhydrater complètement, à votre foie de terminer son travail et à votre système nerveux de retrouver son équilibre.

Le piège mental de la compensation

Au-delà de la physiologie, il est important d’aborder l’aspect psychologique. Courir pour « brûler les calories » d’un repas de fête est un raisonnement qui peut s’avérer malsain.

Le corps ne fonctionne pas comme une simple calculatrice. Un excès ponctuel fait partie de la vie sociale et du plaisir. Ce sont vos habitudes sur le long terme qui définissent votre condition physique et votre santé, pas un seul repas. Utiliser le sport comme une punition crée une relation négative avec l’entraînement et peut mener à des comportements contre-productifs.

En conclusion, le meilleur cadeau que vous puissiez faire à votre corps de coureur en ce début d’année n’est pas une séance punitive, mais une journée de récupération intelligente. En écoutant les signaux de votre organisme, vous posez les bases d’une année de course à pied saine, performante et surtout, durable. Les kilomètres que vous ne courez pas le 1er janvier vous permettront d’en courir beaucoup plus, et de bien meilleure qualité, tout au long de l’année.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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