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Connor Herson et Drifter’s Escape (9a+) : La voie d’escalade traditionnelle la plus dure du monde ?

Un jeune grimpeur américain vient de réaliser ce qui pourrait être l’ascension en escalade traditionnelle la plus difficile jamais réussie. Le 14 juillet 2025, Connor Herson a atteint le sommet de « Drifter’s Escape » au Canada, une voie d’une difficulté extrême. Il propose une cotation de 9a+, un niveau jamais atteint dans cette discipline. Retour sur un exploit qui redéfinit les limites de la performance en montagne.

Un exploit historique sur le granit de Squamish

C’est sur les parois mythiques du Stawamus Chief, un immense dôme de granit en Colombie-Britannique, que l’histoire s’est écrite. Loin des foules et des réseaux sociaux, Connor Herson, un Américain de 22 ans, a travaillé en silence sur un projet qui semblait presque impossible. Le 14 juillet 2025, après des mois d’efforts, il a finalement réussi la première ascension en libre de « Drifter’s Escape ».

Ce n’est que six mois plus tard que le monde de la grimpe a appris la nouvelle. Herson et son équipe ont officialisé l’ascension, en y associant une proposition de cotation qui a fait l’effet d’une bombe : 9a+. Si cette cotation est confirmée par de futurs répétiteurs, « Drifter’s Escape » deviendrait officiellement la voie d’escalade traditionnelle la plus dure du monde.

Pour Herson, cette ascension est l’aboutissement d’un long processus. Il lui aura fallu une vingtaine de sessions, réparties sur deux étés, pour venir à bout de ce défi. C’est le plus long investissement de sa carrière sur une seule voie, ce qui témoigne de la difficulté exceptionnelle de la ligne.

« Drifter’s Escape » : anatomie d’une voie hors-norme

Mais qu’est-ce qui rend cette voie si spéciale ? L’escalade « traditionnelle » (ou « trad ») est un style où le grimpeur place lui-même ses protections (appelées « coinceurs » ou « friends ») dans les fissures du rocher pour s’assurer en cas de chute. Il n’y a pas de prises ou de points d’ancrage permanents. C’est une discipline qui exige non seulement une force physique et une technique exceptionnelles, mais aussi un mental d’acier et une grande expertise en matière de sécurité.

Une ligne parfaite et exigeante

« Drifter’s Escape » est une ligne d’une pureté rare. Elle suit une série de fissures extrêmement fines qui strient une paroi de granit verticale et lisse. Sur une vingtaine de mètres, le grimpeur doit progresser avec des mouvements complexes, en utilisant des techniques de coincement de doigts et de pieds très précises. La quasi-totalité de la voie est protégée par de minuscules coinceurs que Herson a dû placer dans des conditions précaires.

Le « pogo », un mouvement clé spectaculaire

Le passage le plus difficile de la voie, le « crux », est un mouvement si unique que les grimpeurs l’ont surnommé le « pogo ». Il s’agit d’un mouvement dynamique où Connor Herson a dû utiliser l’élan d’un balancement de jambe pour se propulser et atteindre une prise très éloignée. Le tout, en étant assuré par un coinceur de quelques millimètres à peine. La voie comporte deux sections de bloc évaluées autour de 8A+, un niveau de difficulté déjà extrême en soi.

« C’est rare de trouver une ligne aussi parfaite », confie Herson. « Même faire quelques mouvements dessus vaut le détour. »

L’homme derrière la performance : qui est Connor Herson ?

Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais Connor Herson est considéré comme l’un des grimpeurs les plus talentueux de sa génération, particulièrement en escalade traditionnelle.

Un prodige de la grimpe traditionnelle

Il a fait une entrée fracassante sur la scène internationale à l’âge de 15 ans en réalisant l’ascension en libre de « The Nose » sur la paroi légendaire d’El Capitan au Yosemite. Depuis, il n’a cessé de repousser ses limites, s’attaquant aux voies traditionnelles les plus difficiles de la planète.

Un palmarès qui force le respect

Avant « Drifter’s Escape », son carnet de croix incluait déjà des monuments de la discipline comme « Meltdown » (8c+), « Magic Line » (8c+) ou encore « Cobra Crack » (8b+). Sa polyvalence est également remarquable, comme en témoigne sa première ascension en libre de « Triple Direct » (8b+, 30 longueurs) au Yosemite. Ce palmarès solide donne un poids considérable à sa proposition de cotation à 9a+.

9a+ en trad : un nouveau chapitre pour l’escalade ?

L’annonce de Herson ouvre un nouveau chapitre dans l’histoire de l’escalade. Jusqu’à présent, les voies trad les plus difficiles au monde flirtaient avec le niveau 9a. Avec « Drifter’s Escape », un cap symbolique est franchi.

Le débat éthique : purement « trad » ?

Un détail a toutefois lancé un débat au sein de la communauté : la voie comporte deux spits (points d’ancrage permanents) au départ. Ces derniers étaient déjà en place et protègent le grimpeur d’une chute potentiellement dangereuse sur une plateforme rocheuse. Pour les puristes, leur présence pourrait remettre en cause le caractère « 100 % trad » de l’ascension.

Herson, lui, ne rentre pas dans la polémique. Il explique : « Les points étaient déjà en place. Je ne prétends pas avoir réalisé une ascension “trad”. La cotation n’est qu’une proposition. Pour moi, c’était surtout un projet magnifique sur un rocher exceptionnel. » Pour lui, l’important reste la qualité de l’expérience et la beauté de la ligne.

Plus que la performance, l’expérience

Au-delà du chiffre et du record, Connor Herson insiste sur une autre dimension de sa pratique. Il a souligné que, bien que la cotation soit importante pour les médias, ce qui compte vraiment pour lui est la qualité de l’expérience vécue sur le rocher et les moments partagés avec ses partenaires de cordée. Une philosophie qui rappelle que le sport de haut niveau est avant tout une aventure humaine.

L’ascension, restée secrète pendant des mois, sera au cœur d’une série vidéo en quatre parties produite par Black Diamond. Elle sera diffusée au printemps 2026, permettant au grand public de découvrir les coulisses de cet exploit. En attendant la confirmation de la cotation par d’autres grimpeurs, une chose est certaine : Connor Herson a montré que le potentiel de progression en escalade traditionnelle est immense. Il a ouvert une porte vers un futur où les limites de la gravité seront encore repoussées.

Camille
Camillehttps://www.vo2-digital.com/
Auteur et passionné de verticalité, Camille vit la montagne autant qu'il la raconte. Pratiquant de trail running, ilmet ses chaussures de course et ses crampons à l'épreuve du terrain pour en tirer des récits authentiques. Sa mission : partager l'adrénaline des cimes et la culture outdoor avec précision et passion.
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