ClemQuiCourt : Rencontre avec la Tornade Rose qui Révolutionne le Trail
Un maillot rose fluo, une énergie débordante et plus de 500 000 abonnés sur les réseaux sociaux. Si vous suivez l’actualité du trail running, vous n’avez pas pu passer à côté du phénomène ClemQuiCourt. Derrière ce pseudo se cache Clément Deffrenne, un jeune homme de 25 ans qui a bousculé les codes de la discipline en seulement trois ans de pratique.
Comment un coureur amateur est-il devenu l’influenceur le plus suivi du trail français, créant des rassemblements dignes de rock stars sur des événements comme l’UTMB ? Nous avons voulu comprendre les raisons de cette ascension fulgurante. Voici les coulisses d’une véritable tornade médiatique.
Une Ascension Express : De l’Île Maurice aux Sommets du Trail
L’histoire de Clément Deffrenne avec la course à pied est récente. Installé à l’Île Maurice, il découvre le trail il y a à peine trois ans. Loin de commencer par des petites distances, il est immédiatement attiré par l’ultra, par le goût de l’aventure et du dépassement.
Son premier dossard ? Le Dodo Trail, un format de 50 km. Pourquoi ce choix ? Il l’explique avec l’humour qui le caractérise : « En fait, il faut bien le reconnaître, je suis très nul en vitesse ; c’est sur la durée que mes qualités sportives peuvent s’exprimer. » Cette franchise est l’une des clés de son succès : il ne se présente pas comme un athlète d’élite, mais comme un passionné qui explore ses limites.
Cette passion le pousse à enchaîner, trois mois seulement après sa première course, avec un monument du trail : la Diagonale des Fous. Un pari audacieux qu’il termine à la 690ème place en 2023. Loin de se décourager, il revient en 2024 pour décrocher une incroyable 23ème place, prouvant que derrière le créateur de contenu se cache un athlète redoutable.
La « Tornade Rose » : Bien Plus qu’un Simple Coureur
Le Maillot Rose, un Symbole de Ralliement
Le succès de ClemQuiCourt ne se mesure pas seulement en kilomètres ou en dénivelé positif. Il se mesure aussi à la couleur de son maillot. Le rose est devenu sa signature, un étendard qui rassemble une communauté fidèle et engagée. Ce maillot, c’est ce qui lui a valu le surnom de « tornade rose ».
Lors de l’UTMB, cet engouement a pris une nouvelle dimension. Des « fan zones » spontanées se sont créées, notamment à Trient ou Notre-Dame-de-La-Gorge, où des dizaines de supporters vêtus de rose attendaient leur idole. Un phénomène qui peut surprendre dans un sport souvent perçu comme solitaire.
Clément Deffrenne voit ces moments comme un juste retour des choses, une manière de connecter avec ceux qui le suivent au quotidien. « La Fan Zone était avant tout pour moi une façon de partager un moment avec ma communauté que, par la force des choses, je ne vois quasiment jamais, puisque ne l’oublions pas, je vis à Maurice à l’année », confie-t-il dans une interview pour Esprit Trail.
Un Créateur de Contenu avant Tout
Si ses performances sportives sont remarquables, Clément se définit avant tout comme un créateur de contenu. Ses vidéos courtes, dynamiques et pleines d’humour détonnent dans l’univers parfois très sobre du trail. Il transforme l’effort en une aventure joyeuse et accessible.
Mais derrière chaque vidéo de deux minutes se cache un travail colossal. « Une vidéo de 2 minutes représente souvent 2 à 3 jours de travail », révèle-t-il. Ce perfectionnisme montre que son objectif premier n’est pas le chrono, mais la qualité de l’histoire qu’il raconte.
Influenceur ou Athlète ? La Performance Redéfinie
La question de son statut agite souvent les débats. Est-il un influenceur qui se prend pour une élite, ou une élite qui utilise les codes des influenceurs ? Sa réponse est claire : « Je suis et je reste un influenceur ». Il ajoute que sa communauté ne le suit pas pour ses classements.
Lors de l’UTMB 2025, il termine 144ème en 29h19, alors qu’il visait 26 heures. Un « échec sportif » personnel qui est pourtant passé totalement inaperçu auprès de ses fans. « Sur la quasi-totalité des commentaires, aucun ne fait référence à ce que je pourrais considérer comme un échec sportif », analyse-t-il. Pour sa communauté, la vraie performance est ailleurs : dans l’émotion, le partage et l’authenticité de l’aventure.
Gérer la Vague : Entre Critiques et Authenticité
Un succès aussi rapide attire inévitablement les critiques. Ses nombreux voyages en avion entre l’Île Maurice, La Réunion et l’Europe lui sont parfois reprochés. Il aborde le sujet sans détour, expliquant que ces déplacements sont devenus professionnels et qu’il s’efforce de les rationaliser. Il met en avant un mode de vie simple au quotidien, sans voiture, et rappelle qu’il n’était pas rentré en France pendant trois ans pour des raisons économiques.
Cette transparence est sa marque de fabrique. Malgré son exposition, il avoue ne pas être toujours à l’aise avec l’exercice de se filmer. « Je me vois plus comme un comédien qui fait ou tente de faire de l’humour sur son univers », explique-t-il. Une humilité qui, paradoxalement, renforce encore plus l’attachement de sa communauté.
En humanisant le trail, en le rendant plus drôle et plus accessible, ClemQuiCourt n’est pas seulement en train de marquer les esprits. Il est peut-être en train de redéfinir ce que signifie être un athlète outdoor à l’ère numérique, où l’émotion partagée vaut parfois plus que n’importe quel podium.
