Chronique alpine de janvier : Un saut historique en Patagonie et des exploits de glace en Europe
Le mois de janvier est souvent synonyme de froid glacial et de conditions difficiles en montagne. Pourtant, pour les athlètes de l’extrême, c’est une période d’opportunités uniques. Ce début d’année 2026 a été marqué par une série de performances exceptionnelles, de l’ouverture de nouvelles voies en escalade sur glace dans les Alpes à un exploit retentissant en BASE jump depuis un sommet mythique de Patagonie. Retour sur un mois de janvier riche en émotions et en adrénaline.
Une cascade d’ouvertures dans les Alpes
L’Europe a été le théâtre d’une véritable frénésie d’ouvertures de voies, confirmant la vitalité de la scène de l’alpinisme hivernal.
France : le Vercors et le Dévoluy à l’honneur
Dès le 1er janvier, le ton était donné dans le Fournel, un spot réputé du Briançonnais. Jonathan Joly, Symon Welfringer et Octave Garbolino y ont tracé une nouvelle ligne exigeante cotée D9+/WI5.
Le 7 janvier, le Vercors a vu naître une nouvelle voie majeure : “Grand’Goule” (250m, M8/WI5+). Ses ouvreurs, Symon Welfringer et Jonathan Crison, ont partagé une expérience presque mystique. Symon Welfringer décrit cette ascension avec poésie : « Telle un conte d’antan, cette cascade, sans être la plus majeure des Alpes, a su se faire oublier et s’abriter des regards curieux des glaciéristes souvent affamés. Elle nous a offert à tous les deux un instant précieux, dompter le dragon et rentrer victorieux à la maison, rejoindre nos familles au coin du feu. »
Dans le massif voisin du Dévoluy, Kilian Moni et son équipe ont également été très actifs, ouvrant notamment “Saute Aure et God Homme” (AI5, M11), un itinéraire mixte audacieux.
Ailleurs en Europe : Italie, Suisse, Écosse et Autriche
L’Italie n’a pas été en reste, avec plusieurs nouvelles voies ouvertes dans la vallée d’Aoste par le duo Niccolò Bruni et Giovanni Ravizza. Leur réalisation, “Le Fantôme du Bricolage” (M7, WI6), est une variante technique qui, selon Ravizza, exige “beaucoup de délicatesse”.
En Suisse, la cordée féminine composée de Fay Manners et Melanie Gruenwald a marqué les esprits en ouvrant “Elles aussi” (M7+ A0) sur la Tête au Chamois. Une première qui, comme le souligne Fay Manners, « représente un petit pas, mais significatif, vers le changement » dans un milieu où les ouvertures 100% féminines restent rares.
L’Écosse et l’Autriche ont également vu leur lot de réalisations, avec des premières sur l’île de Skye et la répétition d’une voie oubliée depuis 34 ans dans le Tyrol.
L’exploit du mois : un saut historique depuis le Fitz Roy
Le 7 janvier, tous les regards se sont tournés vers la Patagonie. Une équipe russe composée de Boris Yegorov, Vladimir Murzayev et Konstantin Jäämurd a réalisé une première mondiale : le tout premier BASE jump depuis le sommet du Fitz Roy (3 405 m).
Ce pic de granit est une véritable icône de l’alpinisme, réputé pour ses parois verticales et ses conditions météorologiques extrêmes et imprévisibles. Après avoir gravi la face est, les trois hommes ont profité d’une fenêtre météo miraculeuse pour s’élancer dans le vide.
Cet exploit est d’autant plus remarquable que le BASE jump est une pratique très rare en Patagonie. Le massif reste un terrain de jeu dangereux, non seulement à cause de ses conditions alpines, mais aussi de menaces environnementales comme les incendies de forêt qui ont récemment ravagé la région. Pour mieux comprendre la fascination qu’exerce ce sommet, le reportage de l’émission Faut Pas Rêver offre des images spectaculaires du massif.
Des pentes raides au drame himalayen
Le ski extrême a également connu son moment de gloire. Le 18 janvier, Christina Lustenberger, Brette Harrington et Guillaume Pierrel ont signé la première descente à skis du glacier nord du mont Deltaform, au Canada. Une performance technique qui a nécessité plusieurs rappels pour franchir les barres de séracs.
Pendant ce temps, dans l’Himalaya, la performance a côtoyé le drame. Le 15 janvier, une équipe népalaise a réussi la deuxième ascension hivernale du Makalu (8 481 m). Malheureusement, la joie fut de courte durée. La descente a été endeuillée par la chute mortelle de Phurba Ongel Sherpa et la disparition de son client iranien, Abolfazl Gozali. Un rappel brutal des dangers inhérents à la très haute altitude.
Ce mois de janvier 2026 restera dans les annales comme un concentré de ce que la montagne offre de plus beau et de plus terrible. Entre les performances techniques sur la glace européenne, l’audace d’un saut historique en Patagonie et les risques assumés sur les plus hauts sommets du monde, les athlètes ont une fois de plus repoussé les limites de la performance en sports outdoor.
